Les dirigeants des universités francophones du pays ne comprennent pas l’IA et ne savent souvent pas l’utiliser. C’est grave pour les étudiants qui bénéficient de technologies éducatives inadaptées et qui sont préparés à des métiers qui n’existeront plus. C’est également dramatique pour la recherche universitaire qui va être écrasée. L’IA accélère la science et place la Belgique face à un risque d’implosion silencieuse. L’époque où la science avançait au rythme biologique des chercheurs est révolue. Avec GPT-5, l’intelligence artificielle n’assiste plus la recherche, elle en modifie la dynamique profonde. Le dernier rapport publié le 20 novembre 2025 par OpenAI, Oxford, Cambridge et plusieurs universités américaines en apporte la preuve expérimentale et non théorique : GPT-5 a redécouvert des résultats mathématiques récents, identifié des symétries cachées dans l’équation des trous noirs de Kerr et proposé des mécanismes immunologiques que les chercheurs ont validés en laboratoire. Là où un humain met des semaines ou des mois, l’IA met quelques minutes.
La science ne dépend plus uniquement du capital humain, mais du capital computationnel. Les étapes lentes comme explorer un espace conceptuel, éliminer des pistes, ou formuler des hypothèses structurées, sont désormais compressées. La structure de la découverte bascule dans un temps qui n’est plus le nôtre. Les exemples du rapport sont saisissants. En optimisation convexe, GPT-5 a amélioré une condition de convergence figurant dans une première version d’article scientifique, se rapprochant spontanément de la version finale que les auteurs publieront ensuite. En physique théorique, il a retrouvé l’algèbre SL(2,R) cachée derrière les ondes stationnaires d’un trou noir rotatif qui est une symétrie qu’un post-doc mettrait des semaines à extraire. En immunologie, il a identifié le rôle déterminant de la N-glycosylation dans des données expérimentales inédites et proposé des expériences décisives que les équipes humaines ont confirmées.
Les meilleurs chercheurs partiront là où les IA sont intégrées dans la chaîne de recherche.
Ce n’est plus de la science lente, c’est une science à cadence algorithmique. Mais cette accélération cognitive, si elle ouvre un âge d’or pour les nations capables d’y investir, constitue une menace très réelle pour les systèmes scientifiques fragiles. Et c’est ici que la Belgique est exposée. La science belge repose sur une architecture institutionnelle qui n’a pas été conçue pour un monde où des IA peuvent effectuer en quelques minutes un travail de recherche. Le risque n’est pas un effondrement brutal : c’est une implosion douce, par déplacement progressif du centre de gravité scientifique hors du territoire. Les meilleurs chercheurs partiront là où les IA sont intégrées dans la chaîne de recherche : Boston, San Francisco, Séoul ou Tel-Aviv. Les universités, segmentées par Communautés et régions, risquent de s’enfermer dans un modèle administratif alors que la recherche se dématérialise et se dérégionalise.
Plus grave, la Belgique ne peut rivaliser seule sur le plan computationnel. Or, dans ce nouveau paradigme, la puissance de calcul est la nouvelle équation de la puissance scientifique. Si l’écosystème belge n’intègre pas immédiatement ces IA, il sera dépassé. L’enjeu n’est plus de rattraper les IA américaines et chinoises. C’est de se brancher dessus avant que les centres de production du savoir ne se relocalisent définitivement ailleurs. À défaut, la Belgique deviendra un paysage de laboratoires respectables mais hors course : un aimable musée de la recherche.
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DOSSIER
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