Eddy Caekelberghs
Le syndrome de Potsdam: ce sont les intérêts, et non les valeurs, qui gouvernent le monde
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, à Potsdam, en Allemagne non encore scindée en deux, les Alliés pour quelque temps encore se partageaient les zones d’influence dans le monde. Et le président américain Truman faisait déjà plus confiance à Staline qu’à Churchill, tout comme son prédécesseur Roosevelt sur la fin de sa vie. Tout comme Trump aujourd’hui.
Truman, à peine élu vice-président deux mois avant la mort de Roosevelt et la Conférence interalliée, n’a pas d’expérience ni d’étoffe. Mais en bon commercial, vendeur de costumes et cravates de son état, il se fie à son “flair” d’homme d’affaires et croit “sentir” le “Père Joseph”, comme on surnomme alors le maréchal Staline. Seul, isolé, Churchill médite sur la cécité (volontaire ?) des Européens, tout à la joie de la fin du conflit en Europe. C’était sans regarder ni comprendre les intérêts des États-Unis. Leur regard totalement tourné et vissé sur la guerre en Asie avec le Japon et la puissance américaine à établir pour à la fois obtenir de Staline d’intervenir pour faire basculer ce dernier conflit, mais sans lui laisser toute la main en Asie.
Aujourd’hui – à l’heure où j’écris ceci – nous sommes dans une configuration semblable voire pire. Macron est à Washington pour courber l’échine et supplier Trump de ne pas abandonner l’Ukraine, donc l’Europe. Mais le maître de la Maison Grise n’en a cure : avec ou sans lui, l’Amérique aurait lâché l’Europe parce que son intérêt est dans la surveillance de l’extension dangereuse de la Chine, son nouveau concurrent au leadership mondial.
Une Europe frileuse
Or, le “motto” de Trump et des siens est “America first“, l’Amérique en premier. Donc la stratégie est de satisfaire Moscou pour tenter de désolidariser la Russie de la Chine. La guerre en Ukraine, les sanctions internationales, tout a en effet concouru à scotcher Moscou à Pékin. Pour Trump (et Musk), il s’agit d’inverser ces alliances. Donc de satisfaire Poutine et ses exigences. Quoi qu’il en coûte à une Europe frileuse et geignarde, incapable de s’armer, littéralement. Bref, d’exister !
Ce 24 février, le jour du troisième anniversaire de la guerre de Poutine, les États-Unis ont voté avec la Russie et la Chine (et quelques autres) en faveur d’une résolution de ce Conseil de sécurité qui est leur pré carré, résolution qui appelle à une fin de conflit rapide, sans mention d’intégrité territoriale ukrainienne, et en ne qualifiant pas Moscou d’agresseur. Les Européens du Conseil de sécurité se sont abstenus. La messe est dite !
Zelensky vient de recevoir une véritable leçon de realpolitik, aussi triste soit-elle : ce sont les intérêts, et non les valeurs, qui gouvernent le monde.
Trois ans après le début de la guerre en Ukraine, le pays lutte pour préserver l’appui de son principal allié, écrit le politologue ukrainien Maksym Jali sur Facebook : “Je nous souhaite à tous de ressortir de cet affrontement entre les présidents américain et ukrainien avec le moins de dommages possibles. L’Ukraine ne peut malheureusement pas se permettre de perdre le soutien des États-Unis en cet instant précis, alors que sont décidées les conditions d’un futur accord de paix.
Quoi qu’il en soit, Zelensky et le peuple ukrainien viennent de recevoir une véritable leçon de realpolitik, aussi triste soit-elle : ce sont les intérêts, et non les valeurs, qui gouvernent le monde ; rien ne dit que l’agresseur finit toujours par être sanctionné, et la justice par triompher.”
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