Le silence qui drapait autrefois le grand bazar de Téhéran s’est brisé. Depuis le 28 décembre 2025, les rideaux de fer baissés des échoppes ne signalent plus une simple fin de journée, mais un séisme politique majeur. Ce qui a débuté par un cri de colère contre l’effondrement du rial et une inflation dépassant l’entendement s’est mué en une fronde nationale qui fait vaciller les certitudes de la république islamique. En ce début d’année 2026, l’Iran ne manifeste plus seulement pour son pain, mais aussi pour son existence même.
Le ralliement des bazaris à la contestation est un signal d’alarme que les gardiens de la révolution ne peuvent ignorer. Historiquement, le Bazar a toujours été faiseur de rois – ou de révolutions – en Iran, de la révolte du tabac en 1891 à la chute du shah en 1979. En tentant d’inféoder cette classe commerçante par un système de licences et de privilèges, le régime pensait s’être assuré un pilier conservateur inébranlable. Or, lorsque les coffres sont vides et que la monnaie ne vaut plus le papier sur lequel elle est imprimée, la loyauté s’évapore. Ce mutisme rompu du Bazar délégitime le système au cœur même de son assise traditionnelle.
Au-delà de la crise monétaire , c’est une défaillance systémique de l’État qui alimente la révolte. Le pays s’assèche littéralement. Avec un déficit de 50 milliards de mètres cubes d’eau, des régions entières deviennent inhabitables, forçant même le pouvoir à évoquer un possible déménagement de la capitale, Téhéran. Pendant que les nappes phréatiques s’épuisent, les ressources nationales sont aspirées par un programme nucléaire obstiné, le développement de missiles balistiques et le financement de proxies régionaux : Hezbollah, Hamas et autres Houthis. Ce contraste entre l’armement de prestige et l’absence d’eau potable est devenu insupportable pour une population dont le salaire moyen stagne à 170 euros par mois face à des prix alimentaires en hausse de 66%.
Si les fissures au sein de l’élite politico-militaire se confirment, le scénario d’un basculement devient plausible.
La question n’est plus de savoir si la colère existe, mais si elle peut triompher. Pour l’heure, le régime montre les dents : plusieurs centaines de morts ont été recensés en deux semaines de répression sanglante. Le Guide suprême Ali Khamenei a durci le ton, ordonnant de traiter les “émeutiers” sans aucune clémence, tandis que le président Pezeshkian peine à incarner une voie réformiste crédible. Si certains analystes doutent encore de l’imminence d’une révolution faute de leaders identifiés ou d’une paralysie totale du secteur pétrolier, la propagation des grèves à toutes les couches de la société – étudiants, ouvriers, et même une partie du bas clergé – suggère un point de non-retour.
L’issue de cette fronde dépendra de la solidité de l’appareil sécuritaire. Si les fissures au sein de l’élite politico-militaire se confirment, notamment face à la menace de frappes israéliennes sur les infrastructures nucléaires, le scénario d’un basculement devient plausible. Les Iraniens, galvanisés par l’appel de figures comme le fils du shah, semblent prêts à braver une répression qui a déjà conduit à des milliers d’arrestations arbitraires. Le régime des mollahs paraît désormais prisonnier d’une rhétorique belliqueuse qui ne parvient plus à masquer l’agonie sociale d’un grand peuple. Ni l’enlisement d’un régime aux abois.
En 2026, l’Iran ne réclame pas seulement une réforme, mais le droit de respirer dans un pays libéré de son corset théocratique. Si d’aventure cela débouchait sur une restauration royale, l’héritier en appelle déjà à des Accords de Cyrus avec Israël et le Golfe. Et ça, ce serait une vraie révolution.
Suivez Trends-Tendances sur Facebook, Instagram, LinkedIn et Bluesky pour rester informé(e) des dernières tendances économiques, financières et entrepreneuriales.