Une chronique d’Amid Faljaoui.
L’arrestation spectaculaire de Nicolás Maduro par les États-Unis a tourné en boucle sur les réseaux sociaux chinois. Des centaines de millions de vues en quelques heures. Et une réaction très parlante : des dizaines de milliers d’internautes chinois expliquent déjà que cette opération pourrait servir de modèle pour Taïwan. En clair, le message a été reçu 5 sur 5.
Et c’est vrai que quand Washington décide d’agir, il agit vite, loin de chez lui, et sans prévenir. Avec des renseignements précis, un effet de surprise total, et au final, un chef d’État capturé avec son épouse en plein sommeil. Militairement, c’est une démonstration de force très impressionnante. Mais il faut aller un peu plus loin que l’image. Parce qu’une victoire militaire n’est jamais automatiquement une victoire politique ou économique.
Maduro est arrêté, oui. Mais le Venezuela reste un pays ruiné, dépendant du pétrole, avec des institutions à terre et une population épuisée. Remettre ce pays sur pied prendra des années. Et ce genre de travail de fond, les États-Unis ne l’aiment pas beaucoup. D’ailleurs, l’exemple de l’Irak montre que les Américains sont meilleurs pour déstabiliser un pays que pour le reconstruire. Il y a aussi un autre effet, plus inquiétant. En capturant un chef d’État au nom de sa propre justice, Washington crée un précédent. Et dans un monde qui n’est plus dominé par une seule superpuissance, ce genre d’exemple circule très vite.
À Pékin, certains se disent déjà : si les États-Unis peuvent le faire, pourquoi pas nous ? La Chine n’a sans doute pas encore les capacités militaires pour une opération du même type à Taïwan. Mais elle observe. Elle teste. Elle regarde surtout comment le reste du monde réagit… ou ne réagit pas. Et pour l’heure, à part quelques déclarations, personne ne bouge.
Donald Trump a donc marqué un point spectaculaire. Mais il a aussi contribué à durcir les règles du jeu international.
Dans ce monde-là, la force impressionne à court terme. Mais n’oubliez pas, l’économie, l’influence, les investissements, eux, façonnent le long terme. Et sur ce terrain-là, la Chine avance lentement, calmement… et sans faire de bruit. C’est d’ailleurs, dans ce contexte que l’intervention américaine prend tout son sens. Quand Donald Trump affirme que les États-Unis vont ”diriger” le Venezuela et “reconstruire” son industrie pétrolière, il ne parle pas de philanthropie. Il parle de contrôle stratégique. De reprise d’influence énergétique face à la Chine. À court terme, cela ne bouleversera pas les prix mondiaux du pétrole. Mais à moyen terme, remettre le pétrole vénézuélien sur le marché, sous contrôle américain, c’est redonner de l’oxygène à certaines raffineries américaines… mais aussi contrôler indirectement Pékin sur le plan énergétique puisque 80% du pétrole vénézuélien était destiné à la Chine.
En résumé, Maduro est tombé parce qu’il était devenu inutile, voire gênant. Le Venezuela est sous tutelle parce qu’il est économiquement à bout de souffle. Et le pétrole, une fois encore, n’est pas une ressource : c’est une arme.