Amid Faljaoui

L’Allemagne croule sous l’or … et manque de cash

Imaginez un coffre-fort gigantesque, rempli de lingots d’or, au point que sa valeur dépasse celle de certaines grandes entreprises de la tech. Ce coffre existe. Il est allemand. Avec près de 3 400 tonnes d’or, l’Allemagne possède la deuxième réserve mondiale, juste derrière les États-Unis. Un trésor évalué à environ 500 milliards de dollars. Et ce trésor pose aujourd’hui une vraie question économique.

Car l’or, pour une banque centrale, est un actif un peu à part. Contrairement à un placement financier classique, il ne rapporte rien. Pas d’intérêts, pas de dividendes. Alors pourquoi le conserver avec autant de zèle ? Parce qu’il incarne la confiance. Pour la Bundesbank, la banque centrale allemande, l’or n’est pas un investissement, c’est une ceinture de sécurité. Une assurance tous risques en cas de crise financière majeure, d’effondrement monétaire ou de choc géopolitique.

L’Allemagne s’est enrichie sans rien faire

Ce qui change aujourd’hui, c’est la valeur de cette assurance. Depuis le passage à l’euro, la valeur des réserves d’or allemandes a été multipliée presque par 19. Dans un monde marqué par le retour de l’inflation, par les tensions internationales et par la méfiance envers certaines monnaies, l’Allemagne s’est enrichie sans rien faire. Le prix de l’or a simplement explosé.

Et pourtant, voilà le paradoxe : dans le même temps, la banque centrale allemande ne verse plus de bénéfices à l’État, alors qu’elle l’a fait pendant des années. Autrement dit, sur le papier, le pays est plus riche que jamais, mais dans la réalité budgétaire, l’argent ne rentre plus.

Et c’est là qu’un débat, longtemps impensable en Allemagne, commence à émerger. Et si l’on vendait une toute petite partie de cet or ? Pas tout, évidemment. Juste une fraction, de manière progressive, sans affoler les marchés. L’idée serait d’utiliser cet argent pour ce qui manque cruellement aujourd’hui : des trains qui arrivent à l’heure, des écoles mieux équipées, des infrastructures modernes, ou encore de la recherche dans des secteurs clés comme l’intelligence artificielle. Bref, transformer une richesse qui dort dans des coffres en investissements concrets pour l’avenir.

Un choix de société

Mais la résistance est forte. D’abord à cause de l’histoire. En Allemagne, l’or est lié au traumatisme de l’hyperinflation des années 1920, quand la monnaie ne valait plus rien. Dans l’inconscient collectif, toucher à l’or, c’est toucher à la sécurité. Ensuite, parce que la banque centrale est indépendante : le gouvernement ne peut pas lui ordonner de vendre son or pour financer ses projets.

L’Allemagne se retrouve donc face à un véritable choix de société. Garder son or, c’est se préparer à une catastrophe hypothétique. L’utiliser, même partiellement, c’est investir dans une urgence bien réelle.

Et au fond, la question est simple : faut-il continuer à se rassurer avec de l’or qui dort… ou accepter de réveiller ce trésor pour financer l’avenir ?

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