Le monde évolue et Donald Trump semble un accélérateur de certaines évolutions. En 2025, le terme “partenaire commercial” a pris une tournure différente depuis le choc protectionniste des États-Unis. Ce choc en entraîne d’autres, notamment en raison de la volonté de la Chine d’intensifier ses exportations vers le marché européen. Cette année, les équilibres géopolitiques sont bousculés, que ce soit par des faits (la capture de Nicolás Maduro au Venezuela), des discours, des communiqués ou des menaces. La semaine de Davos a, à ce titre, été très riche, les discours de Trump, Mark Carney ou même Friedrich Merz marquant des ruptures par rapport aux communications feutrées du passé.
Face à de telles évolutions , on serait tenté de penser que les prochaines semaines, les prochains mois tout au plus, vont nous faire basculer dans un autre monde, marqué par des relations beaucoup moins fortes avec les États-Unis, de nouvelles alliances avec d’autres “puissances moyennes”, mais surtout un repli sur le marché européen intérieur. Peut-être que ce sera effectivement le cas. Mais gardons quand même à l’esprit que le temps peut être une notion très relative.
En finance, le temps est très court . S’écarter un peu ou beaucoup d’une zone géographique, d’un secteur ou d’une devise peut aller très vite, pour peu que les marchés soient liquides. Le cours des devises, les taux d’intérêt ou les prix des matières premières évoluent ainsi chaque jour, en réaction à chaque élément significatif, même s’il va en sens opposé d’un autre élément intervenu hier. Tout cela se traduit in fine par de la volatilité, et nous en aurons probablement cette année.
Le temps politique est différent , certainement en Europe. La réactivité s’améliore : rappelez-vous le discours de J.D. Vance en 2025 à Munich, qui a laissé les dirigeants européens en état de sidération. Mais rappelez-vous aussi, il y a deux semaines, les réactions plus musclées et mieux préparées des mêmes dirigeants suite au discours de Donald Trump à Davos. La prise de décision reste cependant très lente. Chaque semaine, la Commission propose un nouveau programme de réformes, une nouvelle orientation, une nouvelle boussole… Mais en octobre, nous fêterons le deuxième anniversaire du rapport Draghi, et son implémentation restera probablement très théorique. En d’autres termes, il ne faut pas s’attendre à ressentir concrètement un changement de cap européen dans les prochains mois.
La dépendance de l’Europe est un risque à court terme si la géopolitique devait s’emballer. Mais cela ne doit pas l’empêcher de travailler à sa résilience.
Enfin, il y a le temps des entreprises , qui doivent prendre des décisions d’investissement dans un environnement très mouvant. Mais il ne leur est pas possible d’adapter leur stratégie d’investissement au jour le jour, comme on peut le faire sur les marchés financiers. De nombreuses entreprises sont conscientes des changements géopolitiques majeurs et des menaces qui pèsent sur l’organisation de leurs activités, de leurs chaînes d’approvisionnement et de leurs clients. Mais devons-nous nous attendre à des changements radicaux de leur part cette année ? Non. Nous parlons ici de structure, pas de cycle économique. Nous parlons d’un impact visible dans 5 ou 10 ans, et non dans 5 ou 10 mois.
En conclusion, à court terme, l’Europe restera dépendante des États-Unis, de la Chine et de l’ensemble des chaînes d’approvisionnement actuelles. Et oui, cette dépendance est un risque à court terme si la géopolitique devait s’emballer. Mais cela ne doit pas empêcher l’Europe de travailler à sa résilience pour ne pas, encore une fois, devoir rattraper le temps (perdu).
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