Donc Donald Trump achèterait le Groenland, l’Islande, voire le Canada. Il fait main basse sur le pétrole du Venezuela. Il dore à outrance le bureau ovale. Il se fait promoteur immobilier privé pour sa salle de bal. Et il vend le ticket d’entrée à son “Conseil de la paix” à un milliard de dollars ! Selon Trump et sa clique, tout s’achète et tout se vend. Surtout la honte, somme toute vite bue. Et personne de Washington à Wall Street pour l’arrêter. C’est dingue.
On raconte que jadis, l’Amérique vendait des rêves. Aujourd’hui, elle liquide les restes. Tout doit partir : la décence, la raison, la vérité – trois lots en fin de série, soldés au prix d’un slogan. Trump, marchand en chef de cette foire planétaire, réclame qu’on applaudisse pendant qu’il offre des chapeaux rouges en guise de civilisation. Son slogan ? “In Cash We Trust”. L’argent est devenu son catéchisme, le billet vert sa Bible annotée. Que les anges se rassurent : la morale n’a pas disparu, elle est simplement passée en Bourse. On la cote chaque matin avant d’ouvrir les marchés. La compassion se négocie à Wall Street ; la honte, elle, n’est plus cotée depuis longtemps.
Dans cette Amérique boursouflée d’elle-même, le bien se mesure en parts de marché et le beau par la taille du yacht. Ce n’est plus un pays, mais une succursale du moi. Chacun veut sa part du show, son moment de gloire pixelisée. Entre deux tweets rageurs, on détruit un peu plus l’idée que la démocratie sert à autre chose qu’à offrir un spectacle. Les temples ne sont plus faits de marbre, mais de néons criards clignotant “SALE” en lettres capitales. Et pourtant, l’Amérique s’étonne que le monde ne lui obéisse plus. Elle croit encore que tout s’achète – la fidélité des peuples, la mémoire des crimes, le silence des vaincus. Mais le dollar est une idole païenne : il promet le salut, mais ne vend que le mirage. Un peuple convaincu que la vertu a un prix finit toujours ruiné, moralement sinon financièrement. Trump n’a pas inventé la comédie, il en a simplement acheté les droits exclusifs. Le tragique, lui, reste gratuit.
L’Amérique de Trump, c’est l’empire du clic-roi : un territoire où la vérité se négocie, où un mensonge bien emballé vaut toujours plus qu’une idée sincère.
On dit souvent que l’histoire bégaie. Aux États-Unis, elle éructe. Rome avait ses gladiateurs ; Washington a ses influenceurs. Même sueur, même vacuité, mais cette fois avec wi-fi. Les arènes ne sentent plus le sang, mais le parfum des sponsors. Le citoyen n’existe plus, remplacé par le consommateur qui “like” sa propre servitude entre deux publicités pour le bonheur à crédit. Le discours civique a troqué sa toge contre un costume de téléachat. “Liberté”, “justice”, “valeurs” – tout s’emballe, se vend et s’oublie à la vitesse d’un cycle médiatique. L’Amérique de Trump, c’est l’empire du clic-roi : un territoire où la vérité elle-même se négocie, où un mensonge bien emballé vaut toujours plus qu’une idée sincère.
Pendant ce temps, on fabrique des ennemis à la chaîne, comme on monte une opération marketing. La haine, c’est probablement le seul produit national encore rentable. On la distribue à bas prix, emballée dans du patriotisme fluorescent. “Make America Hate Again” – c’est plus vendeur, après tout. La morale, jadis fondement de la puissance, n’est plus qu’un vieux slogan au fond d’un entrepôt déserté. Elle gêne. Elle rapporte trop peu. Dans ce grand supermarché du monde, les caisses automatiques remplacent la conscience, et le seul crime impardonnable est de ne pas acheter. Mais à force de se croire immortel, l’Empire oublie que toutes les civilisations tombent un jour en solde. Et le dernier rabais, c’est souvent celui de la dignité.
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