Cela fait des années que je partage l’intuition que l’investissement en or est la meilleure protection contre les tumultes financiers qui vont nous assaillir. Une phrase, attribuée à John Pierpont Morgan en 1912, m’avait d’ailleurs frappé : « Gold is money, everything else is credit » (l’or est de l’argent, tout le reste n’est que crédit).
Certes prononcée à l’époque où le système monétaire était basé sur l’étalon-or, elle portait un avertissement : toute monnaie papier finit par revenir à sa valeur réelle, c’est-à-dire celle du papier. À côté de cela, certains économistes rappellent que Keynes avait qualifié l’or de « relique barbare », sans comprendre qu’il se référait à l’étalon-or et pas à l’or lui-même.
Dans cette confusion, que comprendre ? Tout d’abord que l’endettement public augmente structurellement et qu’il y a plusieurs manières de le contrôler, à savoir : la croissance, le défaut, et l’inflation. Faute de croissance suffisante, les solutions deviennent moins optimistes, et je ne serais pas étonné qu’une vague d’inflation submerge nos économies prochainement, ne serait-ce que parce que trop de monnaie a été imprimée par les banques centrales et que le prix des matières premières énergétiques augmente. Le risque majeur est donc une perte de confiance dans la dette des États. Actuellement, le système repose sur l’idée que prêter de l’argent aux gouvernements est sans danger. Si les investisseurs réalisent que ces dettes seront remboursées dans une monnaie dévaluée par l’inflation, ils chercheront à s’en débarrasser. Dans ce cas, l’or devient l’unique valeur refuge, car il est un objet physique qui ne dépend de la promesse d’aucun gouvernement pour garder sa valeur.
Mais ma véritable crainte, qui pourrait expliquer pourquoi le prix de l’or pourrait encore augmenter de manière significative, c’est que les États-Unis ne seront bientôt plus capables d’imposer leur monnaie au reste du monde comme la devise refuge et incontournable. La politique commerciale de Trump est erratique, et son aboutissement une fois que la banque centrale sera mise sous le contrôle de la Maison-Blanche — c’est-à-dire politisée — consistera en des taux d’intérêt américains très faibles, et certainement inférieurs aux taux d’inflation. Cela aura pour conséquence un dollar plus faible, qui appauvrira ses détenteurs étrangers.
C’est pour cette raison que le cours de l’or augmente : cette matière, qui possède une valeur intrinsèque, sert de couverture contre le risque systémique d’un affaissement du dollar. Mais ce n’est pas tout : Trump a menacé les pays qui refuseraient le dollar comme devise de transaction pour l’achat de matières premières ou qui se débarrasseraient de leurs titres de la dette américaine. Tout est dit : c’est donc bien la prééminence du dollar qui constitue l’objectif majeur de la politique américaine, et son point de faiblesse.
Si j’étais encore banquier, je serais extrêmement prudent dans la gestion de mes positions en dollars, sachant que la plupart des dollars détenus en dehors des États-Unis ne sont pas de « vrais » dollars, mais le fruit d’échanges entre banques centrales qui ne tiennent qu’au fil du bon vouloir des autorités américaines. Ces échanges (swaps) sont des accords où deux banques centrales s’échangent leurs monnaies dans le cadre de prêts temporaires entre institutions. Mais ce n’est pas de la richesse réelle, c’est seulement de la comptabilité. Si les banques centrales cessent de se faire confiance, ces circuits se ferment et les dollars circulant hors des États-Unis pourraient disparaître brutalement, car ils ne reposent que sur ces accords politiques.
L’année 2026 n’a donc pas fini de réserver son lot de surprises.
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