Depuis ce weekend, c’est l’effervescence. Tout pourrait changer pour l’économie mondiale parce qu’un nouvel homme vient d’être nommé à la tête de la banque centrale américaine (FED), la banque centrale américaine. Kevin Warsh vient d’être nommé par Donald Trump pour remplacer Jerome Powell à la tête de la FED. Et aussitôt, le grand théâtre se met en place : la Fed ne serait plus indépendante, Trump aurait placé quelqu’un à sa main, la politique monétaire serait désormais pilotée depuis la Maison-Blanche. Ça débat. Ça s’échauffe. Ça s’indigne avec beaucoup de sérieux.
Et pendant ce temps-là… on se trompe peut-être complètement de sujet. Car pour croire que cette nomination va bouleverser l’économie mondiale, il faut croire que la Fed dirige réellement l’économie. Qu’elle décide quand ça accélère, quand ça freine, quand les prix montent ou baissent. Bref, qu’elle est aux commandes.
Or, c’est précisément ce que Jamie Dimon a rappelé à Davos en 2026, avec un calme presque désarmant. Jamie Dimon, ce n’est pas un commentateur de plateau. C’est le patron de JPMorgan. La première banque du monde. Quelqu’un qui voit passer l’économie réelle, le crédit, les entreprises, bien avant les communiqués officiels. Et son message était limpide, presque gênant pour le débat ambiant : on surestime largement le pouvoir réel de la Fed.
Pourquoi ? Parce que la Fed ne décide pas de ce qui arrive à l’économie. Elle réagit à ce qui est déjà en train de se passer. Prenons l’inflation, très concrètement. Quand les prix augmentent trop vite, tout devient plus cher. Produire, se loger, consommer. À ce moment-là, la Fed augmente les taux d’intérêt pour une raison très simple : emprunter coûte plus cher, donc on dépense un peu moins, et la hausse des prix finit par ralentir.
À l’inverse, quand l’économie ralentit et que les prix cessent d’augmenter, la Fed baisse les taux pour encourager les gens et les entreprises à dépenser davantage. Mais voilà ce qu’on oublie presque toujours : la Fed ne décide pas que les prix vont monter ou baisser. Elle constate que c’est déjà le cas… puis elle agit.
Autrement dit, l’économie bouge d’abord. La Fed (comme la BCE) arrive ensuite, parfois trop tard, parfois maladroitement.
Dans ce contexte, que Kevin Warsh remplace Jerome Powell ne change pas grand-chose à la mécanique. Peu importe la personne, la Fed ne peut pas faire ce qu’elle veut. Si elle freine trop fort, elle casse l’économie. Si elle laisse filer trop longtemps, les prix repartent. Elle ne pilote pas, elle corrige tant bien que mal. Le vrai malentendu n’est donc pas politique. Il est presque naïf.
On adore s’exciter sur des débats symboliques, sur des noms, sur des récits de pouvoir, parce que ça donne l’illusion que quelqu’un contrôle la situation. Pendant ce temps-là, la machine économique avance, indifférente aux discours. Et au fond, la réalité tient en une phrase : On s’excite sur le chauffeur. Le problème, c’est que la voiture n’obéit plus au volant.