Amid Faljaoui
Et si la Chine rendait l’IA gratuite… juste pour ruiner le business américain ?
Imaginez la scène : les États-Unis font tout pour garder leur avance en intelligence artificielle. Ils interdisent à la Chine l’accès aux puces Nvidia les plus puissantes du marché, ils posent des barrières technologiques, ils verrouillent les licences, bref… ils construisent une forteresse autour de l’IA.
Et là, retournement spectaculaire : la Chine ne tape pas du poing sur la table. Non. Elle sourit… et elle répond avec un coup de maître : “Vous nous bloquez ? Très bien. Alors nous, on rend l’IA… gratuite.”
Oui, gratuite. Depuis janvier, les géants chinois comme Alibaba, Baidu ou Tencent lâchent dans la nature des modèles d’intelligence artificielle de plus en plus puissants, et surtout en open source. C’est-à-dire en accès libre, modifiables, adaptables. DeepSeek R1, QwQ-32B, Yi-34B… Des noms un peu obscurs pour le grand public, mais qui commencent sérieusement à faire suer les stratèges de la Silicon Valley.
Pourquoi ? Parce que ces modèles sont de plus en plus proches — voire équivalents — à ceux d’OpenAI, de Google ou d’Anthropic. Sauf que là où les Américains font payer leur IA comme des abonnements Netflix, la Chine les distribue comme des tracts dans le métro. Gratuitement. À qui veut.
Alors vous me direz : mais pourquoi la Chine ferait ça ? Elle, si contrôlante, si peu adepte de la transparence numérique ? Réponse : parce que ce n’est pas de la générosité… c’est de la géopolitique.
Le Financial Times a parfaitement résumé la stratégie : en ouvrant ses modèles au monde entier, la Chine ne contourne pas seulement les sanctions américaines, elle change les règles du jeu. Au lieu de courir après les États-Unis, elle tente de les faire trébucher. Et pas en les affrontant frontalement, non : en rendant leur business… obsolète.
Car si les modèles gratuits chinois deviennent aussi bons que GPT-4, Claude 3 ou Gemini, à quoi bon payer des fortunes pour les modèles américains ? Le marché de l’IA devient une course à zéro. Et si ce que l’on vend ne vaut plus rien… alors le modèle économique s’effondre.
C’est l’arme atomique version numérique : l’open source comme arme de dissuasion massive. Et ça, c’est un coup de génie. Pas besoin de puces Nvidia pour gagner la guerre de l’IA. Il suffit de rendre la victoire américaine… totalement inutile.
Le plus fou ? C’est que cette stratégie dévoilée par le FT permet à la Chine de récolter, sans rien dépenser, des milliers d’heures de travail à travers le monde. Chaque développeur qui améliore un modèle chinois, chaque entreprise qui l’intègre, chaque chercheur qui le teste… enrichit, sans le savoir, l’écosystème chinois.
C’est là que l’on voit toute la finesse du coup. Ce n’est pas seulement une réponse économique. C’est un piège. Un piège élégant. Et en prime, la Chine se donne l’image d’un pays ouvert, généreux, partageur… Alors que l’Europe — nous — on est là, à regarder la bagarre USA-Chine en spectateur, les bras croisés, sans modèle, sans stratégie, et surtout sans souveraineté numérique.
À ce jeu-là, les Américains sont forts… mais les Chinois sont peut-être encore plus malins.
Et la vraie leçon, c’est celle-ci : dans une partie d’échecs économique, ce n’est pas toujours celui qui a les meilleures pièces qui gagne. C’est celui qui change les règles pendant la partie.
Et cette fois, la Chine a retourné l’échiquier.
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