Laurent Alexandre et Alexandre Tsicopoulos

Elon Musk veut remplacer la prison par ses robots Optimus

Elon Musk vient, une fois de plus, de jeter un pavé dans la mare. Devant les actionnaires de Tesla, il a proposé le 6 novembre 2025 de remplacer les prisons par des robots. L’un de ses humanoïdes Optimus pourrait suivre les criminels potentiels et les empêcher de récidiver, sans les enfermer. Plus de murs, plus de barreaux mais une escorte robotique algorithmique permanente. C’est la surveillance robotique incarnée. La proposition est vertigineuse. L’utopie technologique se prend soudain pour la Justice. Optimus deviendrait le geôlier le plus doux et le plus implacable de l’histoire puisqu’il ne frappe pas et ne juge pas. Il empêche. Musk imagine une société où la prévention du crime devient si efficace qu’elle rend inutile la punition.

La prison, institution millénaire, serait remplacée par un ange gardien robotisé devenu compagnon de réinsertion ou bras armé du Léviathan numérique. Musk, fidèle à son génie du contournement, applique au droit pénal la même logique qu’à l’automobile ou à l’espace : il ne réforme pas, il disrupte. Là où les États débattent de réhabilitation, il branche un humanoïde sur la morale publique. Mais derrière la provocation, se cache une intuition fascinante. L’IA rend techniquement possible une justice prédictive, proactive et personnalisée. Chaque citoyen aura son Optimus comme nous avons aujourd’hui nos smartphones. Et si ces robots devenaient des prolongements de notre conscience morale, des tuteurs éthiques intégrés ? La frontière entre liberté et sécurité s’y dissoudrait doucement.

Elon Musk n’a pas seulement imaginé la fin des prisons. Il annonce la fin du libre arbitre.

Pourtant, une question demeure : qu’est-ce qu’un homme surveillé en permanence, même sans mur ni clef ? Une société sans prison peut devenir une prison sans murs. Le rêve d’Elon Musk est une utopie post-pénale, mais peut-être aussi une dystopie post-humaine. Car à force de vouloir prévenir le mal, on risque de supprimer le libre arbitre. La faute n’existe plus, seule subsiste l’impossibilité de mal faire. Le modèle “Optimus pénal” rend caduc tout un pan du droit. Il supprime la notion même de responsabilité. Si un robot m’empêche de commettre le crime, suis-je encore un être moral ? Si la liberté est neutralisée pour mon bien, ne devient-elle pas une fiction ? L’humanité s’est construite sur la capacité à choisir, même le mal. Musk, en voulant éradiquer la récidive, invente la première société d’hommes incapables de faillir et donc incapables d’être vertueux.

Derrière le génie de l’homme le plus riche au monde se profile un nouveau pacte social avec la morale déléguée à la machine. Nous avons déjà confié nos émotions aux algorithmes et Musk propose d’y ajouter notre conscience pénale. Cette idée, pourtant délirante, finira par être prise au sérieux. Car elle épouse la tendance lourde du 21e siècle qui est la substitution du code informatique à la loi. Ce que Musk appelle “humanité augmentée” ressemble à une humanité encadrée. Son Optimus ne punit pas, mais il neutralise. Il ne juge pas, mais il interdit. C’est le rêve de tout pouvoir et le cauchemar de toute liberté.

Elon Musk n’a pas seulement imaginé la fin des prisons. Il annonce la fin du libre arbitre. L’avenir qu’il dessine n’est pas celui d’un monde plus juste, mais d’un monde plus sûr et donc moins humain. Si Optimus devient notre ange gardien, il faudra qu’il n’oublie jamais que nous sommes, avant tout, capables de choisir. Même mal. En tout cas, les actionnaires de Tesla adorent sa vision du futur : ils ont voté sa prime de 1.000 milliards de dollars si Tesla devient leader mondial des robots humanoïdes.

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