Inflation: vers une indexation plus lente mais plus juste des salaires en Belgique

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Muriel Lefevre

La Belgique s’apprête à transformer son mode de calcul de l’inflation, avec des conséquences directes sur l’indexation des salaires.

Depuis la crise énergétique de 2022, l’indexation automatique des salaires a montré toute sa puissance. L’inflation avait alors dépassé les 10 %, une première depuis les années 1970, et les salaires avaient suivi quasi mécaniquement. En 2022, la moitié des Belges a ainsi bénéficié de cinq augmentations successives, tandis que d’autres ont reçu l’équivalent de ces hausses d’un seul coup début 2023. Rarement le pouvoir d’achat n’avait été protégé aussi rapidement.

Mais cette rapidité cachait un biais méthodologique. Jusqu’à présent, Statbel ne prenait en compte que les prix des nouveaux contrats énergétiques conclus chaque mois pour son calcul de l’indice-santé (utilisé comme référence pour l’indexation automatique). Or, la majorité des ménages paient encore d’anciens contrats, souvent moins chers. Des chercheurs de l’Université de Gand (UGent) ont calculé qu’en 2022, la facture énergétique utilisée pour l’indexation avait bondi de 81 % par rapport à 2018, alors que la hausse réelle moyenne n’était que de 17 %, précise la VRT.

Une volatilité énergétique qui distingue la Belgique

Entre 2021 et 2024, l’inflation énergétique belge a donc été particulièrement volatile, creusant au passage l’écart avec ses voisins européens, révèle un rapport de la Banque Nationale Belge. Les prix de gros du gaz et de l’électricité se répercutent très rapidement sur les contrats à prix variables, désormais majoritaires, ce qui rend l’inflation énergétique belge plus sensible aux fluctuations que celle observée en Allemagne ou aux Pays-Bas, où les anciens contrats sont pris en compte.

De plus, certaines mesures gouvernementales ont renforcé cette volatilité. Le forfait énergétique de base, par exemple, a limité les factures des ménages mais amplifié les variations statistiques de l’inflation en 2023-2024, en étant étalé sur douze mois dans l’indice des prix. L’extension du tarif social entre octobre 2021 et juin 2023 a, elle, atténué les chocs. Des ajustements fiscaux comme la modification du taux de TVA ou des droits d’accises ont aussi été adoptés en Belgique pour modérer l’impact des hausses de prix.

Vers une indexation plus réaliste

Pour atténuer cette volatilité et mieux refléter la réalité des factures énergétiques, le bureau de statistiques Statbel a décidé de revoir sa méthode en intégrant désormais les anciens contrats de gaz et d’électricité, selon Wendy Schelfaut, la porte-parole de Statbel. Avec la nouvelle méthode, inspirée des pratiques allemandes et néerlandaises, l’inflation énergétique sera calculée de manière plus progressive et plus juste.  « On enrichit les données en proposant un calcul plus complet et surtout plus conforme à la réalité », dit encore Wendy Schelfaut.

Concrètement, lors d’une future crise énergétique, les salaires n’augmenteront plus en flèche mais de façon plus graduelle, ou lisée en terme technique. Les travailleurs ne perdront donc pas de pouvoir d’achat, ils seront simplement compensés de manière plus stable et progressive, évitant les effets de surcompensation initiale suivie d’un retard.

Cette réforme, qui doit encore passé par la commission de l’index, devrait entrer en vigueur en 2026 ou au plus tard en 2027 nous confirme Wendy Schelfaut. Ce n’est donc pas pour le prochain hiver.

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