Investir hors de la Bourse

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Avec une Bourse sous pression et plus imprévisible que jamais, l’intérêt pour les solutions d’investissement alternatives ne cesse de croître. Coopératives, private equity, crowdfunding… autant d’options qui comportent leurs propres risques, mais qui peuvent offrir une diversification bienvenue.

Plus que jamais, la visibilité boursière se brouille. Investissements colossaux dans l’intelligence artificielle dont l’impact reste largement incertain, politique monétaire américaine devenue imprévisible, opacité des perspectives économiques… Le marché avance dans un brouillard dense. Pour se prémunir des hésitations boursières et des réactions parfois brutales dictées par le sentiment des investisseurs envers l’IA tout particulièrement, des alternatives existent.

Plus que l’antichambre de la Bourse

L’alternative la plus proche des investissements boursiers reste le private equity, c’est-à-dire les actions d’entreprises non cotées. Longtemps perçu comme une simple antichambre de la Bourse, le private equity s’est transformé en véritable source de financement à part entière.

D’un côté, les plus grandes entreprises privées ne se dirigent plus nécessairement vers les marchés boursiers. ByteDance (TikTok) ou SpaceX, présentes depuis respectivement 2017 et 2012 dans le classement des licornes de CB Insights, affichent aujourd’hui des valorisations de plusieurs centaines de milliards de dollars. Et ce sans qu’une introduction en Bourse ne soit envisagée.

De l’autre côté, le private equity ne se limite absolument pas aux start-up ou aux licornes. Une part importante du marché concerne des entreprises matures. Notamment des sociétés familiales dont les héritiers ne souhaitent pas toujours reprendre (totalement) l’activité.

Financement stable

Pour les sociétés financées, le private equity comporte plusieurs avantages. Tout d’abord, il permet notamment d’éviter les lourdes formalités liées à une cotation en Bourse. De nombreuses petites et moyennes entreprises, souvent moins visibles à l’heure de la gestion indicielle, estiment ainsi que le jeu n’en vaut plus la chandelle. Plusieurs sociétés familiales ont ainsi quitté – ou tenté de quitter – Euronext Bruxelles ces dernières années, à l’image de Duvel Moortgat, Pairi Daiza, Sioen, Exmar ou encore Greenyard.

Ensuite, le private equity offre des financements stables. Certes, un fonds de private equity n’a pas vocation à rester indéfiniment au capital. Ainsi, la durée de détention d’un investissement se situe généralement entre cinq et sept ans. Et durant cette période, l’accompagnement ne se limite pas à des apports financiers, il est aussi stratégique. De nombreux gestionnaires sont spécialisés par secteur ou par région. Cela leur permet de mettre à disposition un carnet d’adresses utile et/ou d’aider l’entreprise à se développer, tout particulièrement en cas d’opérations de croissance externe.

Peu accessible

Le corollaire pour l’investisseur, c’est qu’un investissement dans un fonds de private equity est très illiquide. Dans la plupart des cas, le capital est immobilisé pendant une dizaine d’années en tenant compte de l’ensemble du processus d’investissement. En outre, le ticket d’entrée est souvent fixé à au moins 250.000 euros.

L’entrée en vigueur du règlement européen ELTIF 2.0 en 2024, ainsi que l’assouplissement de la réglementation belge sur les pricafs privées, ont néanmoins ouvert légèrement le marché. Des sorties anticipées peuvent désormais être envisagées – même si elles restent strictement encadrées. Et le seuil d’investissement minimum a été réduit. Dans la pratique, ces fonds demeurent surtout accessibles à une clientèle de banque privée, avec un ticket d’entrée fixé à entre 25.000 et 100.000 euros selon les établissements.

Cela implique un patrimoine conséquent, pour un produit qui ne devrait représenter au maximum que 5% d’un portefeuille diversifié, et une prise de risque importante, en particulier pour un premier investissement.

Le ticket d’entrée dans un fonds de private equity est souvent fixé à au moins 250.000 euros.

Gestionnaires de private equity

Pour investir un montant plus limité dans le private equity, il est possible de passer par… la Bourse. Plusieurs acteurs majeurs du secteur sont en effet cotés. Certes, leurs cours évoluent au gré du climat boursier. Mais cette approche permet malgré tout d’exposer fondamentalement votre portefeuille à d’autres moteurs de performance. Un atout non négligeable au vu de la concentration grandissante des marchés.

Citons notamment les gestionnaires de fonds de private equity (et d’actifs alternatifs) tels que les géants américains Blackstone (1.260 milliards de dollars sous gestion) et KKR (723 milliards de dollars), le canadien Brookfield (1.151 milliards de dollars), ou encore les leaders européens EQT (267 milliards d’euros) et CVC (142 milliards d’euros).

Au-delà de ces géants, l’ETF iShares Listed Private Equity (code IPRA sur Euronext Amsterdam, frais annuels de 0,75%) offre également une exposition à des holdings qui investissent pour compte propre dans le private equity.

Pour investir un montant plus limité dans le private equity, il est possible de passer par… la Bourse.

Acteurs belges

Sur Euronext Bruxelles, Sofina reste l’acteur le plus important. Son portefeuille de 10 milliards d’euros est composé à 52% de participations dans des entreprises non cotées et à 45% de fonds de private equity. Ces dernières années, le holding de la famille Boël a accru son exposition au secteur technologique, avec ByteDance, Vinted ou encore Salto Systems parmi ses principales participations. Avec une décote d’environ 20% par rapport à sa valeur intrinsèque (296 euros par action fin juin), le titre présente encore un profil attractif en termes de valorisation.

Une deuxième option est la GIMV, dont le portefeuille est composé à 99% de private equity. La société d’investissement flamande est essentiellement active en Belgique et dans les pays voisins. Elle cible cinq grands thèmes : consommateur connecté, soins de santé, sciences du vivant, industries intelligentes et villes durables. Sa valeur intrinsèque s’établit à 53,9 euros par action.

Son pendant wallon est le jeune holding Whitestone. Holding, fondé par Frédéric Pouchain et Sandro Ardizzone, deux anciens de la CNP de feu Albert Frère. Sa principale participation est de loin GFI (Gold & Forex International), négociant en or détenu à 100%. Le reste du portefeuille se compose d’investissements dans des entreprises belges actives dans les matériaux, les technologies et les transitions. Au 30 juin, la valeur intrinsèque était estimée à 17,10 euros par action.

Le portefeuille de la société d’investissement Sofina est composé à 52% de participations dans des entreprises non cotées et à 45% de fonds de private equity. © Belgaimage

Crowdfunding

Un des arguments souvent avancés en faveur du private equity est le fait de pouvoir donner du sens à son investissement en finançant concrètement une entreprise. Cet aspect s’estompe toutefois lorsqu’on passe par des fonds, des sociétés de gestion ou des holdings. Si votre objectif est d’investir tout en soutenant directement le développement d’entreprises locales, le crowdfunding constitue alors une alternative tout indiquée.

Le niveau de risque, en revanche, est nettement plus élevé comme le rappelle la plateforme Spreds. “En moyenne, 40 à 50% des jeunes entreprises font faillite (perte totale de l’investissement), 40% survivent en générant une petite perte ou un rendement modeste. Et seuls 10 à 20% réussissent, produisant une plus-value significative”, de l’ordre de sept fois la mise initiale.

Ce risque peut toutefois être partiellement compensé par un avantage fiscal. Le tax shelter pour entreprises débutantes (start-up) et en croissance (scale-up) peut vous permettre de profiter d’une réduction d’impôts de 25% à 45%.

Les projets éligibles au tax shelter sont clairement identifiés sur les plateformes de crowdfunding telles que Spreds (spreds.com), 1001Pact (lita.co), Bolero Crowdfunding (bolero-crowdfunding.be) ou WinWinner (winwinner.be), davantage orientée vers la Flandre.

Parts coopératives

Outre le private equity et le crowdfunding, il est également possible d’investir hors Bourse en finançant des sociétés coopératives. Toutefois, il n’est alors pas question de plus-value. Pour vendre vos parts, vous devez démissionner de votre qualité de coopérateur. Ce qui n’est possible qu’à certaines dates, et les parts sont traditionnellement remboursées à leur valeur nominale.

Le rendement d’une part de coopérative se compose donc principalement du dividende. A ce dividende, peuvent s’ajouter certains avantages sous forme de réductions ou d’offres de partenaires. Légalement, le dividende ne peut excéder 6% brut et est soumis à un précompte mobilier de 30%. À noter que le nombre de parts pouvant être souscrites est souvent limité à environ 5.000 euros par personne.

Finance et énergies renouvelables

On distingue deux grandes familles de coopératives. La plus importante est le secteur financier. Cera, actionnaire de référence du bancassureur KBC, est ainsi la première coopérative du pays avec 400.000 sociétaires. Parmi les banques, citons également Crelan-Co (Crelan), la banque CPH ou Argen-Co (Argenta). Lors du dernier exercice, toutes ont proposé un dividende brut globalement stable de 4% à 4,25%. Il convient toutefois de rappeler que le coupon annuel dépend des résultats de l’établissement financier et peut être suspendu. En cas de crise, les fonds des coopérateurs peuvent même être appelés au renflouement de la banque.

La deuxième famille concerne le financement de projets d’énergies renouvelables, principalement des parcs éoliens. Luminus Wing Together offre les coupons les plus élevés, avec un rendement de 5%. Mais elle n’accueille plus de nouveaux coopérateurs. Lumiwind, une autre coopérative liée au groupe Luminus, a pris le relais. Et elle a distribué un dividende brut de 4% ces deux dernières années. D’autres coopératives comme Aspiravi Ensemble, Eco2050 et Beauvent acceptent toujours de nouveaux membres. Et elles proposent des dividendes compris entre 3% et 4%. Quant à Ecopower, la plus importante coopérative énergétique belge avec 72.000 sociétaires, elle n’a versé que deux dividendes au cours des cinq dernières années. Son modèle est toutefois particulier puisqu’il faut être coopérateur pour devenir client de ce fournisseur d’électricité verte.

Enfin, quelques coopératives sont spécialisées dans la microfinance, comme Alterfin, Incofin ou Oikocredit. Dans leur cas, le projet sociétal prime sur le rendement, qui a été compris entre 0,5% et 2% ces dernières années.

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