Après Paris l’enseigne de lunettes low-cost BlackSheep s’apprête à poser ses valises à Bruxelles. Son ambition ? Provoquer un véritable séisme auprès des chaînes d’opticiens et des indépendants du secteur grâce à des prix extrêmement bas.
Bonne nouvelle pour celles et ceux dont la vue laisse à désirer : dès le mois de janvier, une nouvelle adresse bruxelloise permettra de s’équiper à des prix défiant toute concurrence. Montures à moins de 3 euros, verres correcteurs à partir de 5 euros et modèles progressifs affichés à seulement 25 euros : telle est la promesse de BlackSheep, une enseigne fondée par l’entrepreneur français Pierre Wizman, basé à Hong Kong, rapporte L’Echo. Le tout avec traitement antireflet, une résistance aux rayures et une protection UV400 inclus…
Des tarifs qui donnent le vertige lorsqu’on sait qu’en 2020, une paire de lunettes coûtait en moyenne 453 euros en Belgique, selon une étude de Testachats. De quoi, potentiellement, bousculer un marché historiquement cher.
Le magasin bruxellois prendra la forme d’un pop-up store. Mais l’enseigne n’exclut pas une implantation durable. « Si le besoin s’en fait sentir, nous pourrions en faire un flagship store permanent. On verra », a indiqué Pierre Wizman au quotidien économique.
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Comment expliquer des prix aussi bas ?
Le modèle de BlackSheep repose sur une place de marché en ligne, lancée à l’été dernier, et sur l’absence totale d’intermédiaires. Les commandes des consommateurs sont directement transmises auprès des usines partenaires de la marque, sans passer par les circuits traditionnels de l’optique. Une stratégie assumée pour comprimer les coûts au maximum.
L’enseigne revendique d’ailleurs son statut de « mouton noir » du secteur, en s’attaquant aux pratiques des chaines et opticiens indépendants et à leurs prix artificiellement gonflés.
Pour dégager des bénéfices, BlackSheep mise clairement sur le volume, avec une commission d’environ 6 % sur chaque paire vendue. Selon les calculs de Testachats, une paire complète, frais de livraison inclus, revient à moins de 35 euros. Nous avons testé le site français et sommes arrivés à un total de 77,27 euros avec traitement anti-lumière bleue et verres amaincis au maximum, ce qui reste bien inférieur à ce que peuvent proposer d’autres chaines low cost.
Pas cher, mais pas forcément bas de gamme ?
À ce niveau de prix, difficile de ne pas céder à la tentation d’acheter plusieurs modèles pour les assortir aux saisons ou aux occasions. Une logique qui rappelle fortement celle de Shein ou Temu, et qui soulève la question de la surconsommation. D’autant plus qu’une ordonnance n’est pas obligatoire. Une comparaison que le fondateur assume pleinement.
L’entrepreneur français, déjà à l’origine de plusieurs projets – dont Polette, une autre marque de lunettes à bas prix, dite phygitale, principalement en ligne, mais avec tout de même de nombreuses boutiques physiques en Belgique – insiste toutefois sur un point : prix bas ne rime pas nécessairement avec mauvaise qualité. Il réfute l’idée selon laquelle une fabrication en Chine serait synonyme de produits médiocres, assurant que les standards de production sont équivalents à ceux de nombreuses marques occidentales. Il met également en avant la transparence de sa marque avec des images des usines où sont fabriquées ses lunettes.
Testachats reste sceptique
Avant même son arrivée à Bruxelles, la marque avait déjà attiré l’attention de Testachats. En novembre dernier, l’association de consommateurs a commandé dix paires de lunettes BlackSheep, ensuite évaluées à l’aveugle par un expert indépendant.
Verdict sans appel : « montures de mauvaise qualité, centrage des verres incorrect et site web problématique et difficile à utiliser ». En conclusion, Testachats déconseille l’achat de lunettes BlackSheep.
Entre promesse de démocratisation de l’optique et craintes sur la qualité, l’arrivée de BlackSheep en Belgique ne laissera certainement personne indifférent.