L’abonnement est devenu une arme redoutable pour les entreprises, mais un piège budgétaire potentiel pour les consommateurs. L’offre annuelle en particulier, souvent présentée comme un “cadeau”, mérite d’être examinée de près.
Netflix, Spotify, Apple One, Adobe, PlayStation Plus, Amazon Prime, salles de sport ou encore applis de méditation : la liste des abonnements qui grèvent notre budget mensuel ne cesse de s’allonger. Avec l’essor du software as a service (SaaS), on ne paie plus pour un produit, mais pour l’accès à un service. Résultat : l’économie de l’abonnement (subscription economy) s’est imposée dans pratiquement tous les domaines comme le modèle dominant, lissant la dépense et fidélisant le client.
En Belgique, trois consommateurs sur quatre sont abonnés à des services en ligne. En moyenne, chacun paie trois abonnements, pour un budget mensuel d’environ 16,34 euros. Mais derrière cette apparente rationalité se cache une réalité plus piégeuse. Selon une étude de C+R Research, un consommateur sous-estime de près de 250 euros par an ce qu’il dépense réellement en abonnements. Une addition discrète mais bien réelle.
Facilité d’entrée, difficulté de sortie
Souscrire à un service se fait en un clic. Le résilier, en revanche, relève parfois du parcours du combattant. Nul doute que les entreprises maîtrisent l’art de ce que les spécialistes appellent la “friction à la sortie”.
Clauses de préavis de plusieurs mois, conditions contractuelles obscures, procédures volontairement labyrinthiques qui obligent à passer par une application mobile, un ordinateur ou des réglages dissimulés… Tout est conçu pour retarder l’instant de la résiliation. À cela s’ajoutent les relances psychologiques : mails culpabilisants, tarifs “ultime chance” ou encore offres de réactivation destinées à faire hésiter le client.
Le règne des “dark patterns”
La résiliation d’abonnement constitue aussi un terrain privilégié pour les fameux dark patterns, ces stratagèmes qui manipulent subtilement l’utilisateur. L’essai gratuit, par exemple, cache souvent un prélèvement automatique si l’on oublie d’annuler à temps. L’urgence artificielle en est une autre déclinaison : un compte à rebours affiché en rouge, des messages suggérant que “cinq internautes consultent la même offre” ou encore que “deux chambres seulement restent disponibles” incitent à agir sans réfléchir. Quant aux options présélectionnées, elles privilégient presque toujours la formule la plus chère, mise en avant comme “n°1 des ventes” sans jamais fournir la moindre preuve. Même le bouton “Résilier mon abonnement” se retrouve parfois volontairement enfoui sous une avalanche d’options ou nécessite plusieurs clics pour aboutir.
Pourquoi l’annuel n’est pas toujours un bon plan
Les abonnements annuels séduisent par leurs slogans prometteurs : “trois mois gratuits” ou “20 % d’économie”. Mais derrière l’avantage apparent, ils cachent plusieurs écueils. D’abord leur rigidité : une fois engagé pour douze mois, impossible de se désengager si l’on change d’avis ou si l’on n’utilise plus le service. Ensuite, leur impact budgétaire puisqu’ils mobilisent du cash. Payer 120 ou 150 euros en une seule fois n’a pas le même effet qu’un prélèvement mensuel. Enfin, il y a le piège psychologique : une fois la dépense effectuée, on a tendance à oublier l’abonnement et à en surveiller beaucoup moins la rentabilité. Une inertie dont les plateformes sont parfaitement conscientes.
Comment reprendre le contrôle ?
La première étape consiste à faire régulièrement l’inventaire de ses abonnements. Confronter honnêtement usage et coût permet souvent d’identifier des dépenses superflues : écouter Spotify deux fois par mois, par exemple, ne justifie pas forcément un abonnement payant.
Limiter le nombre de services “plaisir” simultanés à trois ou cinq maximum constitue une autre stratégie efficace. Enfin, mieux vaut privilégier le mensuel pour les services dont l’usage reste incertain.
En cas de résiliation, la vigilance reste la meilleure défense. Et en cas d’erreur, rappelons que la plupart des achats en ligne ouvrent droit à une rétractation de 14 jours. Attention toutefois. Ce droit ne s’applique que si le service n’a pas déjà commencé. En pratique, pour de nombreuses plateformes de streaming, vous devrez payer le premier mois, car l’accès est immédiat dès l’inscription.
Bien que généralement accompagnée d’une confirmation automatique envoyée par mail, il est recommandé de faire sa résiliation par écrit et de conserver une preuve. En Belgique, les règles varient cependant selon le type de contrat : un abonnement à durée indéterminée peut être résilié gratuitement, souvent avec un préavis de deux à trois mois. Pour les contrats à durée déterminée, la résiliation anticipée n’est possible que si elle est explicitement prévue dans les conditions générales, souvent avec des frais (élevés).
En cas de reconduction tacite, la loi autorise une résiliation à tout moment, sans frais, avec un préavis maximal de deux mois. Cette règle ne s’applique toutefois qu’à tout contrat conclu avec un commerçant actif sur le marché belge.
Vers la fin des reconductions automatiques ?
Un avant-projet de loi, présenté en juillet par le ministre de la Protection des consommateurs Rob Beenders (Vooruit), pourrait changer la donne. Il vise à interdire les reconductions tacites non signalées. Si la mesure est adoptée, les entreprises devront informer leurs clients au moins quinze jours avant toute prolongation, qu’elle soit mensuelle, trimestrielle ou annuelle. La Belgique deviendrait ainsi le premier pays européen à adopter une telle législation. Mais on n’en est pas encore là.
Méfiez-vous des sites qui proposent un service de résilient de vos abonnements à votre place. Comme le rappelle encore Test-Achat cette semaine, lorsque vous voulez mettre fin à un abonnement, il vaut généralement mieux le faire vous-même. Ce service coûte souvent cher (parfois jusqu’à 32 euros par abonnement), alors qu’un abonnement à durée indéterminée peut toujours être résilié gratuitement. La technique est d’autant plus limite que les prix sont souvent cachés dans les petites lignes. De quoi avoir une bien mauvaise surprise.