L’intelligence artificielle s’impose désormais comme un outil incontournable dans les processus de recrutement. Une étude récente révèle que près de trois quarts des recruteurs y ont recours, principalement en amont des embauches, malgré des inquiétudes persistantes liées aux biais et aux discriminations.
C’est une étude commanditée par l’Institut pour l’Égalité des femmes et des hommes, en collaboration avec l’Université de Liège et l’Université d’Hasselt, qui met en lumière l’ampleur du phénomène. Selon ses résultats, 74 % des recruteurs et recruteuses utilisent aujourd’hui l’intelligence artificielle, en particulier lors de la phase préparatoire du recrutement.
« L’IA est très utilisée par les recruteurs et recruteuses, notamment pour préparer les processus de recrutement », explique Véronique De Baets, de l’Institut pour l’Égalité des femmes et des hommes. Un usage qui s’explique notamment par le gain de temps considérable offert par ces technologies.
Des biais toujours bien présents
Mais cette efficacité apparente cache une réalité plus préoccupante. De nombreux recruteurs interrogés estiment que les outils d’IA ne respectent pas toujours les critères d’égalité, notamment en matière de genre ou d’origine.
« Ils se rendaient compte que, pour certains métiers, LinkedIn proposait davantage des hommes que des femmes, ou privilégiait des travailleurs de certaines origines », souligne Simon Wuidar, responsable de l’étude à HEC Liège. « Les algorithmes des réseaux sociaux contribuent clairement à certains biais. »
L’Institut tire la sonnette d’alarme
Face à ces constats, l’Institut pour l’Égalité des femmes et des hommes appelle à la vigilance. Pour Véronique De Baets, le problème est structurel : « L’IA se base sur des données qui contiennent déjà des biais de genre. Il est donc essentiel que les personnes qui alimentent et utilisent ces outils soient formées à ces questions d’inégalités. »
Un cadre encore trop faible
Dans un contexte où l’intelligence artificielle évolue plus rapidement que la législation, l’Institut appelle les pouvoirs publics et les entreprises à agir. Or, les chiffres montrent un retard important : seuls 21 % des bureaux de recrutement ont mis en place des mesures de contrôle, de transparence ou d’encadrement interne liées à l’usage de l’IA.
« Ces mesures sont pourtant indispensables », insiste Véronique De Baets, rappelant que les recruteurs sont censés les adopter lorsqu’ils utilisent ces technologies.
Un enjeu d’égalité fondamental
L’objectif final est clair : garantir que l’intelligence artificielle traite les femmes et les hommes à valeur égale. Sans cadre strict ni vigilance humaine, l’IA risque de reproduire, voire d’amplifier, les inégalités existantes au lieu de les corriger.
Géry Brusselmans
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