Deux travailleurs sur trois en Belgique continuent à travailler malgré la maladie. Un phénomène anodin en apparence, mais qui pèse sur la productivité, l’organisation des équipes et la santé collective. Mais ce présentéisme a un coût invisible pour l’entreprise.
Le présentéisme (ou absentéisme rose), c’est le fait de se rendre au travail, ou de continuer à travailler de chez soi, tout en étant malade ou diminué. Quand on parle de diminution, on ne sous-entend pas ici un petit rhume ou deux ou trois éternuements, mais d’une diminution telle due à la maladie que le travailleur n’est plus en mesure d’assurer correctement ses tâches.
Si le présentéisme a longtemps été perçu comme un signe d’engagement, on remarque aujourd’hui qu’il représente un coût invisible qui dépasse parfois celui de l’absence… et qu’il est rarement vu d’un bon œil par les collègues de travail.
“Venir travailler quand on est malade s’apparente à de l’absentéisme rose, qu’on appelle parfois aussi du présentéisme, explique la professeure Anja Van den Broeck. La personne se trouve à son poste, mais se révèle moins efficace. Pour l’entreprise, le coût ne se limite pas à la perte de productivité, mais augmente le risque de voir d’autres collaborateurs tomber malades. Les employeurs peuvent réduire cet absentéisme rose en clarifiant les conditions dans lesquelles les salariés peuvent ou ne peuvent pas se présenter au travail.”
Deux tiers vont travailler malades
En Belgique, au cours de l’année écoulée, une nouvelle enquête menée par Tempo-Team* a démontré que deux Belges sur trois (65,9 %) ont continué à travailler alors qu’ils étaient malades. Près d’un sur quatre (23,8 %) l’a fait depuis son domicile et 45,3 % se sont rendus sur leur lieu de travail malgré leur état.
Les femmes (50,3 %) sont plus nombreuses que les hommes (40,9 %) à adopter ce comportement, tandis que la différence entre ouvriers (46,3 %) et employés (45,1 %) reste minime.
Le télétravail malade touche davantage les jeunes. Parmi ceux qui ont continué à travailler depuis chez eux malgré la maladie, 28,8 % ont moins de 35 ans, contre 22,4 % des 35-54 ans et 17,4 % des plus de 55 ans.
La culpabilité, comme moteur principal
Mais pourquoi ? La principale raison évoquée par les travailleurs : la culpabilité de s’arrêter (35 %). Au-delà de cette culpabilité, 31,3 % des travailleurs interrogés expliquent vouloir éviter de refiler plus de travail à leurs collègues, tandis qu’un tiers (33,1 %) ne veulent pas que les dossiers stagnent et prennent du retard. Les plus de 50 ans sont particulièrement sensibles au retard potentiel (38,9 %), contre 34,6 % pour les 35-54 ans et 29 % pour les moins de 35 ans.
Cette tendance est plus fréquente chez les femmes (42,4 %) que chez les hommes (27,7 %).
Le plaisir au travail joue aussi un rôle : 25,7 % continuent parce qu’ils aiment leur job. Seuls 10,2 % disent ressentir une pression sociale de leurs collègues pour venir travailler malgré un problème de santé.
Pourquoi avez-vous continué à travailler alors que vous étiez malade?
1. Je me serais senti coupable (35 %)2. Le travail serait resté en attente (33,1 %)
3. Je ne peux pas “abandonner” mes collègues sans les aider (31,3 %)
4. J’aime mon travail (25,7 %)
5. Je ne peux pas ne rien faire de la journée (18,8 %)
6. Parce que mon travail compte pour les autres (15,8 %)
7. Le travail me fait avancer (15,7 %)
8. Parce que je ne veux pas perdre mon job (12,3 %)
9. C’est ce que mon manager attend de moi (11,9 %)
10. Je sens la pression sociale de mes collègues pour venir travailler (10,2 %)
Mieux vaut un malade absent
Ainsi, contrairement à l’absentéisme, le travailleur est physiquement présent (ou bien connecté), mais son efficacité en est fortement réduite. Et il peut, en outre, augmenter le risque de contamination (présentiel) ou créer une charge supplémentaire pour ses collègues vu qu’il n’est pas au top de ses capacités.
Pour une moitié des personnes interrogées, travailler malgré la maladie n’a d’ailleurs pas permis d’accomplir correctement leur mission. Le phénomène touche surtout les plus jeunes : 57 % des moins de 35 ans déclarent avoir été inefficaces, contre 50 % des 35-54 ans et 35 % des plus de 55 ans.Heureusement 68,8 % des salariés interrogés jugent préférable de se mettre en arrêt maladie lorsqu’ils développent une infection virale ou autre souci de santé. Une bonne idée si on veut empêcher la propagation des microbes. Et deux tiers (65,8 %) des travailleurs répondants craignent d’ailleurs de tomber malades après avoir été en contact avec un membre de leur équipe n’ayant pu s’empêcher de venir au bureau alors qu’il était souffrant…
Une solution hybride ?
Mais en cas de maladies très bénignes, des solutions intermédiaires restent possibles comme l’explique Pascal Meyns, Safety Manager chez Tempo-Team : “Tomber malade ne veut pas dire qu’on passe d’un 100 % blanc à un 100 % noir. Chacun doit déterminer sa capacité de fonctionner, éventuellement en télétravail, tout en prenant soin de soi. Une matinée de repos au lit suivie d’un après-midi de travail permet souvent de trouver le compromis idéal. Vous êtes soulagé de ne pas laisser le travail s’accumuler et vous vous donnez le temps nécessaire pour vous rétablir.
Et de conclure : « Bien entendu, cette formule convient mieux à un employé enrhumé qu’à un ouvrier souffrant d’une fracture du bras. »
*Ces observations sont tirées d’une enquête conduite par Tempo-Team en 2025, en collaboration avec la professeure Anja Van den Broeck, experte en motivation au travail à la KU Leuven. L’enquête a été réalisée par un bureau indépendant auprès d’un échantillon représentatif composé de 2000 salariés belges.
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