Pour la première fois en 10 ans, le secteur de la construction régresse

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Le système d'aides à la rénovation de la Wallonie se transforme. © Getty Images

Après une décennie de croissance quasi ininterrompue, le secteur belge de la construction recule. En 2025, le nombre d’entreprises actives a diminué pour la première fois depuis dix ans. Un signal faible devenu alarme, dans un contexte de demande atone, de coûts élevés et d’incertitudes politiques persistantes.

Si le secteur de la construction tire la sonnette d’alarme depuis un certain temps, cette fois, c’est du très concret. En 2025, la Belgique a perdu 1.402 entreprises de construction et d’installation. Une première depuis dix ans, selon les données de notre partenaire Trends Business Information.

Dans le détail, les créations d’entreprises reculent de près de 7 %, tandis que les cessations augmentent de 4 %. Plus inquiétant encore : les faillites bondissent de 10 % sur un an. La dynamique entrepreneuriale, longtemps robuste, s’essouffle nettement.

« C’est un signal d’alarme clair », résume Niko Demeester, CEO d’Embuild. En cause, une équation devenue défavorable : baisse de la demande, hausse des coûts et climat d’incertitude durable.

Le résidentiel en première ligne

La construction et la rénovation résidentielles sont particulièrement touchées. Le nombre de créations d’entreprises y a chuté de 29 % par rapport à 2024. Un paradoxe, alors même que la Belgique fait face à un besoin structurel de logements et à des objectifs climatiques exigeants.

« Alors que la rénovation est cruciale pour la transition énergétique, nous voyons des entreprises de ces segments disparaître », alerte encore Niko Demeester.

Les perspectives restent toutefois contrastées. Embuild anticipe pour 2026 une baisse plus modérée des nouvelles constructions (–3,1 %, contre –5,5 % en 2025) mais une légère reprise de la rénovation (+1 %, après +0,8 %). Insuffisant, cependant, pour effacer le trou d’air actuel.

Non-résidentiel : la vague de faillites

Du côté de la construction non résidentielle, le diagnostic est plus sévère. Les faillites y augmentent de 17 %, touchant bureaux, bâtiments commerciaux et projets industriels. Ces entreprises subissent de plein fouet les retards d’investissement et une demande très volatile.

La fédération table bien sur un regain d’activité en 2026. Mais là encore, il s’agirait surtout de compenser les pertes de 2025, pas d’enclencher une véritable reprise.

Infrastructures : l’effet élections

Le secteur des infrastructures n’est pas épargné. Les créations d’entreprises chutent de 22 %, les cessations progressent de 13 %, et les faillites explosent de 36 %. En toile de fond, l’incertitude autour des investissements publics.

Après les élections de 2024, plusieurs programmes ont ralenti ou expiré, avec un impact immédiat sur l’activité. Les intentions affichées par les villes et communes flamandes, qui évoquent 18 milliards d’euros d’investissements sur la législature, ne produiront leurs effets que progressivement.

Incertitude bruxelloise et prêt à taux zéro

Côté francophone, le secteur n’a certainement pas été aidé par le monde politique ces dernières années. D’abord avec l’arrêt des primes Renolution à Bruxelles, où 42 millions d’euros restent toujours impayés. Leur avenir reste très incertain, même si la note du dernier formateur bruxellois entendait relancer ces primes. Problème : ce dernier a démissionné et Bruxelles est dans une impasse totale.

Ensuite, il y a eu la suspension des primes à la rénovation en Wallonie. L’exécutif a finalement opté pour un système de prêt à taux zéro, plus soutenable financièrement. Il a également le mérite de la clarté, puisqu’il n’existera plus que deux sortes de primes contre 120 aujourd’hui.

Une embellie en 2026 ?

Pour Embuild, ces chiffres s’inscrivent dans une quasi-stagnation entamée en 2022. L’année 2026 pourrait marquer un léger revirement, sans pour autant dissiper toutes les fragilités.

À long terme, le potentiel reste là. « Compte tenu de l’ampleur des travaux à réaliser dans notre pays, les perspectives sont bonnes », insiste Niko Demeester. À une condition : une politique stable et prévisible. Primes ciblées, incitants fiscaux, permis plus rapides et sécurité juridique sont jugés essentiels pour restaurer la confiance.

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