Un mariage, avec tout ce qu’il comporte, est devenu près de 50% plus cher en à peine trois ans. Cela n’est pas seulement dû à l’inflation, mais aussi et surtout à ce que nous voulons faire de “la plus belle journée de notre vie”. “L’expérience pour les invités et une fête sur mesure deviennent de plus en plus importantes.” Le mariage n’est plus depuis longtemps un événement intime. Une fête n’est une vraie fête que si elle a été partagée sur les réseaux sociaux.
Les photos accompagnant cet article ont été prises lors de la fête de mariage d’Evy De Fonvent et Pieter Mertens. Le 2 août dernier, ils se sont juré fidélité éternelle. Après quoi le couple s’est rendu à la salle des fêtes Geuzenhof, à Massemen (commune de Wetteren), un lieu réputé pour ses mariages. Le carnet de commmandes de Sylvie Van Hootegem et de son mari Michael De Koninck, les gérants, sont déjà complets jusqu’à la fin 2027.
“Pour notre fête, nous avons dépensé un peu plus de 27.000 euros. C’est plus que ce que nous avions initialement prévu”, explique Evy De Fonvent. Avec un tel budget, les mariés se situaient dans la moyenne. Car un mariage devient de plus en plus coûteux. C’est ce qui ressort des données de House of Weddings (HOW), une organisation qui, selon ses propres dires, regroupe les “prestataires de mariage les plus fiables de Belgique” et dispose d’un site de réservation.
Il y a quelques mois, HOW a sondé 1.000 couples quant à leurs projets de mariage. Le précédent sondage datait de 2022. “À l’époque, le budget moyen pour un mariage en Belgique était de 21.339 euros, explique la porte-parole Joyce Van Damme. Les couples qui se sont mariés cette année ont dépensé en moyenne entre 25.500 et 27.000 euros. Pour les couples fiancés qui souhaitent se marier encore cette année ou dans les prochaines, ce montant continue d’augmenter, jusqu’à atteindre en moyenne 31.750 euros dans les mois à venir.” Cela représente une hausse de pas moins de 49% en trois ans. Même si les écarts sont grands, allant d’environ 15.000 euros à plus de 50.000 euros. La médiane se situe autour de 25.500 euros.
Que les prix diffèrent entre les couples déjà mariés et ceux encore fiancés est normal. Les gens prennent leur temps pour organiser leur mariage : 12 à 18 mois ne sont pas une exception. “Nous avons commencé un an à l’avance avec les grands éléments, raconte Evy De Fonvent. La salle, le DJ, le photographe, l’église, la commune. Ensuite, ce fut plus calme jusqu’à quelques mois avant notre mariage. À ce moment-là, sont arrivés toutes sortes de petits éléments : les invitations, les vêtements, la décoration de la salle, le service religieux. Et dans les derniers jours avant la date fatidique, nous avons dû encore régler certaines choses comme le plan de table, la répétition de la cérémonie…”

Depuis 2000, le nombre de mariages en Belgique se stabilise autour de 45.000 par an. En 2020, première année du coronavirus, ce nombre est tombé à 32.779, soit plus d’un quart de moins qu’en 2019. En 2022 et 2023 (l’année aux chiffres les plus récents), un important rattrapage a suivi.
Avec un prix moyen de 31.750 euros pour une fête de mariage, cela représenterait un chiffre d’affaires d’environ 1,44 milliard d’euros. Un segment en croissance est celui des mariages entre partenaires de même sexe, qui a représenté près de 3% du total en 2023.
“Des hausses de prix extrêmes”
Les prix élevés sont la conséquence de l’inflation, stimulée par une pénurie de matériaux, la guerre en Ukraine et le manque de main-d’œuvre. Sophie Ickmans, organisatrice de mariages, dirige Art of Events. “Depuis la pandémie, tout est devenu plus cher en même temps : les fleurs, par exemple, ont augmenté de plus de 30%. Le transport est devenu plus cher à cause, entre autres, des taxes kilométriques, tandis que l’indexation salariale représentait 11%. Et pourtant, mes clients veulent toujours de la qualité. De belles fêtes pour 150 invités sont devenues très coûteuses. Néanmoins, je remarque que la situation commence à se stabiliser.”
“Pour les couples fiancés qui souhaitent se marier encore cette année ou dans les prochaines, le budget moyen est estimé à 31.750 euros.” – Joyce Van Damme, House of Weddings
À la salle Geuzenhof, à Massemen, on constate une tendance similaire. “Les fêtes de mariage sont notre activité principale, explique la gérante Sylvie Van Hootegem. Nos prix augmentent en moyenne de 3% par an. Mais depuis 2021, cela va beaucoup plus vite, à cause des hausses de prix extrêmes de l’énergie, de la nourriture et des services. Toutefois, nous ne répercutons pas tout cela sur nos clients. Nous prenons volontairement des marges plus petites, et cela fonctionne.”
Le mariage devient plus personnalisé
Mais un autre facteur intervient, en plus de l’inflation. Un mariage et sa fête deviennent beaucoup plus personnalisés. C’est du sur-mesure. Et cela peut coûter très cher. D’après l’enquête de House of Weddings, le prix n’arrive qu’en cinquième position dans les priorités des futurs mariés. Sont plus importants, entre autres, un bon service, la convivialité ou encore la confiance dans une fête parfaite.
La wedding planner Sophie Ickmans constate depuis longtemps une tendance à l’individualisation. Art of Events est de toute façon déjà dans le segment haut de gamme. “Il y a 20 ans, un mariage cher coûtait entre 25.000 et 30.000 euros. Aujourd’hui, 150.000 euros, c’est cher. Le mariage le plus coûteux a atteint 450.000 euros. Nos clients ne veulent pas faire la fête dans une salle où le même menu est proposé chaque week-end. Ils veulent une expérience fantastique. Un sol de 40 mètres entièrement recouvert de fleurs et de miroirs de chaque côté, par exemple. Divers artistes, un big band. Un chef spécifique qui vient cuisiner pour spécialement pour cettefête. Ainsi, le couple peut raconter sa propre histoire.”
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Pour Sylvie Van Hootegem, de la salle Geuzenhof, ce montant de 31.750 euros n’est plus si élevé que cela. “Nous atteignons rapidement les 20.000 euros pour notre salle avec repas et boissons. Ajoutez à cela un photographe pour 3.000 euros, un DJ pour 1.200 euros, des fleurs pour 2.000 à 3.000 euros. Louer un photobooth coûte encore 700 euros supplémentaires. Cela va vite. Nous avons aussi souvent des mariages où tout le monde porte le même costume, selon un thème. Ce sont des vêtements sur mesure. Cela représente à nouveau des dizaines de milliers d’euros.”
Pascal Peene est administrateur délégué de la SRL Femat. L’entreprise d’Izegem loue des chaises, des bars, des nappes et des couverts. “Les couples se marient de manière plus consciente et à un âge plus avancé. Le mariage a parfois été reporté jusqu’à cinq ans à cause du coronavirus. La prise de conscience qu’un mariage est un moment très important qui rassemble les gens s’est accrue. Les couples veulent chérir cela avec chaleur. Les mariés sont au centre et veulent exprimer leur promesse de mariage.”
Selon l’enquête de HOW, la durée moyenne des fiançailles est de 15,5 mois. Seuls 8,5% des couples se marient encore dans les six mois suivant la demande. Le nombre de divorces dans notre pays diminue également, ce qui peut indiquer que le mariage redevient un engagement plus réfléchi.

Prolifération de métiers
“L’expérience pour les invités et une fête sur mesure deviennent de plus en plus importantes, confirme Joyce Van Damme, de House of Weddings. Cela peut se faire avec des tenues de mariage sur mesure, un menu composé des plats et boissons préférés de chacun, une programmation musicale spéciale, des cadeaux personnalisés pour les invités, une décoration avec ses propres logos ou initiales, des alliances personnalisées.”
Toujours selon l’enquête, un couple sur cinq choisit également un week-end de mariage au lieu de la fête classique d’un jour. Ces mariages sur plusieurs jours gagnent en popularité depuis quelques années.
La tendance aux fêtes plus personnelles va de pair avec une prolifération de nouveaux métiers. Pour ceux qui veulent tout savoir sur le mariage, il existe trois sites spécialisés. Il y a bien sûr House of Weddings, mais aussi Trendy Trouwen et la Fédération des prestataires de mariage. Ils mentionnent des centaines d’entreprises, pour les fleurs, les traiteurs, les maîtres de cérémonie, les desserts, l’animation, les lieux de fête, les organisateurs de mariage, les bijoux, les coiffeurs, les vêtements, la musique, la vidéo, les véhicules spéciaux, etc.
Tout pour des clics
Les réseaux sociaux jouent également un rôle important dans la tendance à la personnalisation. Se marier fait désormais partie de “l’économie de l’attention”, où tout tourne autour du nombre de clics comme indicateur de visibilité. Les mariages sont mis en scène et capturés pour les réseaux sociaux. “Nous voyons émerger un tout nouveau métier dans notre secteur, celui de créateur de contenu, constate Joyce Van Damme. Il crée des récits adaptés aux réseaux sociaux du couple, comme des photos et des vidéos en coulisses du mariage. Elles finissent ensuite sur Instagram, TikTok, WhatsApp ou Pinterest.”
Partager des moments intimes sur les réseaux sociaux est la nouvelle norme. Le mariage doit donc être spécial s’il veut avoir du succès en ligne. Chaque étape et sous-étape jusqu’à la fête est soigneusement documentée. Le choix du planificateur ; la demande en mariage ; la soirée d’enterrement de vie de garçon ou de jeune fille ; le maquillage du couple avant le mariage. Ce type de courtes vidéos peut générer des milliers de clics.
“Les réseaux sociaux sont super importants, confirme Sylvie Van Hootegem, de la salle Geuzenhof. C’est là que les couples cherchent l’inspiration, suivent les stories d’autres personnes, trouvent des idées pour la décoration et les fleurs. Les mariés aiment tout partager avec enthousiasme. Seul un très petit pourcentage ne le souhaite pas.”
La planificatrice Sophie Ickmans observe néanmoins un peu plus de discrétion. “Les images que le couple partage sont destinées aux invités de la fête. Le couple veut partager sa fierté, le lieu de la cérémonie, la photo en robe de mariée.”

Quelle rentabilité pour les professionnels du mariage ?
Trends-Tendances a examiné, sur la base des trois sites spécialisés dans le mariage, les données financières de 260 entreprises. Parmi celles-ci, 116 ne publient pas de bilans, comme les entreprises individuelles, les sociétés en commandite ou les sociétés en nom collectif. Pour les 144 entreprises qui publient bel et bien des bilans, nous avons analysé leur santé financière, grâce à la base de données financière et économique Trends Business Information. Le critère principal est le cash-flow.
“C’est le montant de liquidités qui reste en fin d’exercice, après paiement de tous les coûts, y compris les charges d’emprunt et les impôts, explique Pascal Flisch, analyste chez Trends Business Information. Cela donne une image de la rentabilité réelle de l’entreprise. Ce montant doit suffire pour les investissements nécessaires. L’entreprise peut aussi, grâce au cash-flow, verser un dividende à ses actionnaires.”
“Pour de nombreuses entreprises, les mariages sont une activité complémentaire, qui renforce la rentabilité de l’activité principale. Être rentable uniquement avec des mariages est très difficile.” – Pascal Flisch, Trends Business Information
Le panel d’entreprises analysées est très large. Notre numéro un est la SA Floralux, basée à Dadizele, avec un cash-flow de 4,1 millions d’euros. L’entreprise vend, entre autres, des fleurs de mariage, mais réalise surtout son chiffre d’affaires avec trois jardineries. Le secteur n’est de manière générale pas en très bonne santé. Seize pour cent des entreprises affichent un cash-flow négatif, et pour 39% d’entre elles, il est inférieur à 30.000 euros.
“Ce qui est tout de même le minimum nécessaire, estime Pascal Flisch. Pour celles qui ont du personnel, je placerais le seuil autour de 25.000 euros par employé. Tout dépend bien sûr des besoins en capital. Celles qui investissent dans un bâtiment doivent générer plus de cash-flow. Les entreprises avec moins de 20.000 euros de cash-flow sont en grand danger. Sauf s’il s’agit d’une activité secondaire. On parle alors d’un hobby rentable. Pour de nombreuses entreprises, les mariages sont une activité complémentaire, qui renforce la rentabilité de l’activité principale. Être rentable uniquement avec des mariages est très difficile.”
Les entreprises mentionnées dans cet article sont jugées financièrement très saines par Pascal Flisch. La SRL Femat est le numéro six de notre liste, avec une marge brute de 1,8 million d’euros et un cash-flow de 531.000 euros lors de son dernier exercice. Derrière Geuzenhof, à Massemen, se cache la société financièrement très solide SRL Symi, numéro 18 de notre liste. Elle a enregistré, lors du dernier exercice, et avec cinq employés à temps plein, une marge brute de 643.000 euros et un cash-flow de 301.101 euros.
“Chaque employé rapporte 60.000 euros nets. Les marges sont excellentes”, juge Pascal Flisch. La SRL Si Products & Services, qui soutient Art of Events, de Sophie Ickmans, est également en bonne santé. “Avec un cash-flow de 62.000 euros, l’entreprise peut tout payer, y compris les dettes à long terme. Art of Events dispose d’un matelas de trésorerie de 158.000 euros. En résumé : petite, mais costaude.”
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