La politique d’investissement de Christian Verhaeren: “Fais ce en quoi tu es bon et ce que tu connais”

Les descendants de la troisième génération, Christian et Michel Verhaeren, ont fait de Viabuild l’un des leaders du marché dans les travaux d’infrastructure. Tandis que Michel a peu à peu fait ses adieux au secteur de la construction ces dernières années, Christian Verhaeren est resté fidèle à sa passion pour le bâtiment.
Christian et Michel Verhaeren ont grandi avec l’entrepreneuriat dans le sang. “Quand j’étais jeune, j’accompagnais mon père Henri sur les chantiers de construction, se souvient Christian Verhaeren. L’entreprise portait alors encore notre nom de famille, bien avant qu’elle ne s’appelle Viabuild. Pour moi, c’était une excellente école. C’est de là qu’est née ma passion pour l’entrepreneuriat. J’adorais l’activité sur ces chantiers, les types de machines utilisées. Le parc de machines est devenu l’un de mes chevaux de bataille quand mon frère et moi avons repris la direction de l’entreprise. L’entrepreneuriat doit être dans ton sang, mais j’ai surtout beaucoup appris de mon père. Par exemple, la façon dont il négociait avec les clients, les fournisseurs, les sous-traitants, les pouvoirs publics. Observer et retenir, comme on dit.”
L’expérience acquise durant sa jeunesse a fait de Christian Verhaeren un entrepreneur pragmatique et passionné. Ses intérêts sont regroupés dans le holding d’investissement familial CMG Invest, qui affichait fin 2023 un total de bilan de 25 millions d’euros. Il résume sa stratégie par la devise : “Fais ce en quoi tu es bon et ce que tu connais”.
Ce en quoi il est bon et qu’il connaît, c’est surtout la construction et les activités connexes. Contrairement à son frère Michel, qui a opté pour la diversification, Christian Verhaeren est resté fidèle à l’activité principale de la famille. “La construction demeure ma passion. CMG Invest est actif dans différentes branches du secteur de la construction. Au fil des ans, j’y ai développé un vaste réseau.”

Un vent de renouveau
Néanmoins, la famille Verhaeren a fait ses adieux fin janvier à son berceau historique. Elle a vendu ses actions Viabuild au groupe de construction Square Group de l’entrepreneur gantois Jean-Marie de Buck van Overstraeten. Dont la famille, une lignée de gestionnaires de patrimoine, fut actionnaire minoritaire de la banque d’affaires Degroof Petercam jusqu’en 2023.
Viabuild Group avait été fondé en 1933 par Ferdinand Verhaeren sous le nom Verhaeren & CoIn. Quand on est coincé sur le ring de Bruxelles en passant sur le viaduc de Vilvorde, on voit ce spécialiste des travaux routiers et d’infrastructure en pleine action. Les frères Christian et Michel Verhaeren, issus de la troisième génération, possédaient chacun un quart des actions. L’autre actionnaire est la famille Deckx de Dessel.
À l’instar de son frère Michel, Christian Verhaeren a été actif au sein de l’entreprise de 1995 à 2014. “Mon frère était l’homme des chiffres, explique Christian pour décrire la répartition des rôles. Moi, j’étais l’homme de la gestion opérationnelle, comme l’organisation des chantiers et la gestion du parc de machines. En outre, je m’occupais des activités commerciales, comme les relations avec les clients et les événements d’entreprise.”
Après deux décennies, ils ont fait le point. “Mon frère et moi avons dirigé l’entreprise pendant de nombreuses années. Le risque est alors de se figer dans sa fonction. A-t-on encore une vision claire. Où veut-on aller avec l’entreprise ? Entreprendre signifie se remettre en question et s’entourer de personnes talentueuses. En 2014, nous avons confié la gestion opérationnelle à de nouvelles personnes. Cela a insufflé un vent de renouveau dans l’entreprise. Mon frère et moi avons conservé une vue d’ensemble sur le groupe et nous sommes concentrés sur la stratégie et la croissance de Viabuild.”
“Entreprendre signifie se remettre en question et s’entourer de personnes talentueuses.”
Immobilier logistique
Après la vente de Viabuild, les frères Christian et Michel Verhaeren ont chacun suivi leur propre voie. Smartunit est la seule entreprise dans laquelle ils détiennent encore ensemble une participation : chacun possède 20,25%. “Mon frère et moi sommes encore toujours reliés sur le plan professionnel, souligne Christian Verhaeren. Notre participation dans Smartunit en est un exemple. De plus, nous restons chacun l’interlocuteur de l’autre. Nous nous demandons souvent conseil sur certaines décisions ou certains investissements. Etant donné que nous avons travaillé ensemble pendant des décennies, nous nous connaissons parfaitement.”
Smartunit est un fonds d’investissement immobilier spécialisé dans le développement et la location de biens immobiliers semi-industriels urbains. Ses locataires sont des entreprises belges actives dans la logistique, la distribution locale, le commerce de gros et l’assemblage. Smartunit, qui possède notamment des bâtiments à Boom, Enghien, Halen et Wommelgem, gère en Belgique un portefeuille immobilier de 100 millions d’euros. L’entreprise veut aussi se développer dans d’autres pays européens. L’exercice 2023 présente un total de bilan de 36 millions d’euros – uniquement de l’immobilier. Cette année-là, l’entreprise a réalisé un bénéfice net de plus de 4 millions d’euros.
Une autre activité de construction du holding d’investissement familial CMG Invest est l’évacuation de terres. C’est également l’une des activités historiques de la famille, avec notamment des exploitations dans le Brabant wallon. “Quand on réalise des travaux d’infrastructure, on doit évacuer les terres, explique Christian Verhaeren. Nous les transportons vers des carrières de pierre ou de sable désaffectées. Dans certains projets de construction, on enlève chaque jour des milliers de tonnes de terre. Nous la traitons de manière respectueuse de l’environnement. Les carrières sont à nouveau remblayées. À la fin, on procède à un reboisement et on rétablit l’environnement dans son état d’origine.”
L’une de ces sociétés est Berrenheibos à Schelle. C’est un lieu de dépôt de terre d’une superficie de 20 hectares. À la frontière française se trouve la carrière d’argile d’Hautrage près de Saint-Ghislain, on peut aussi citer la société Carrière du Danube.
Faire grandir des entreprises
La famille a encore d’autres activités en Wallonie. En avril de l’année dernière, elle a repris deux entreprises de construction de niche à Chapelle-lez-Herlaimont, près de Charleroi. RCS Balayage est un spécialiste du nettoyage d’infrastructures routières. La société sœur RCS Rabotage s’occupe de fraisage d’asphalte. Les deux sociétés réalisent de beaux bénéfices. “Avec la reprise de ces deux PME et le développement d’un site d’évacuation de terres en Wallonie, je me tourne depuis quelques années déjà vers le sud de notre pays, explique Christian Verhaeren. Depuis quelques années, la Wallonie mise énormément sur l’entrepreneuriat et le soutien aux PME. Le sud de notre pays souhaite tout comme la Flandre faire grandir les entreprises.”
Avec la reprise de RCS, le groupe crée une base d’opérations permanente en Wallonie. Les fraiseuses de CMG Invest fonctionnent désormais depuis la côte jusqu’aux Ardennes.
“La Wallonie mise énormément sur l’entrepreneuriat et le soutien aux PME ces dernières années.”

Assez de liberté
Début 2022, CMG Invest a repris la société limbourgeoise Holgo, active dans la niche du fraisage et du balayage d’asphalte pour de grands projets d’infrastructure. Holgo appartenait à Marina Goijens et Emile Holtappels, qui n’avaient pas de successeurs. Dans le magazine de construction spécialisé GWW Bouwmat, le couple de Lanaken s’est montré très élogieux quant à la reprise. “Nous connaissons la famille Verhaeren depuis longtemps et nous sommes convaincus qu’elle continuera à faire grandir notre entreprise avec passion. Cette décision nous paraît donc très satisfaisante.”
Christian Verhaeren, quant à lui, a des successeurs. Ses enfants Céline et Michiel Verhaeren sont devenus administrateurs de CMG Invest en 2020, Goran Verhaeren début 2022. Les trois sont aussi actifs dans plusieurs sociétés de la famille. Ainsi, Christian Verhaeren a racheté Holgo avec ses fils Goran et Michiel. Le holding qui chapeaute Holgo, Gomic, affiche un total de bilan de 4 millions d’euros. Les deux fils et le père contrôlent chacun un tiers des actions.
Goran et Michiel Verhaeren dirigent les opérations et la gestion quotidienne chez Holgo et chez RCS. “Je trace les lignes directrices et j’assiste mes enfants de mes conseils et de mon soutien, explique Christian Verhaeren. Je leur donne suffisamment de liberté. Ils doivent choisir leur propre voie et se développer personnellement. Se cogner la tête de temps à autre fait partie de l’apprentissage. Cela ne me dérange pas, tant qu’ils s’investissent à 200%. Ils savent que je place la barre haut.”
Le cœur organisationnel
Sa fille, Céline Verhaeren, est “le cœur organisationnel du holding CMG Invest”, explique Christian. “La gestion du holding et des participations sous-jacentes repose sur une bonne organisation. Pour le travail préparatoire des réunions et des conseils d’administration, je peux compter quotidiennement sur ma fille. Elle veille à ce que je puisse prendre des décisions en étant bien informé et elle suit les points d’attention. Pour Céline, c’est une excellente école, comme celle que j’ai eue avec mon père.”
Céline est aussi directrice marketing des sociétés Homeground et Smarthome. Et cette dernière est un promoteur de biens immobiliers résidentiels à Bruxelles et en Flandre. Smarthome vend des habitations à Baasrode, Denderhoutem, Denderleeuw, Eppegem, Erembodegem, Haren, Laeken et Strombeek-Bever. Les dernières années n’ont pas été simples pour le secteur immobilier. “Tout a commencé avec la pandémie et la hausse des prix des matières premières, se remémore Christian Verhaeren. Cela a pesé sur nos marges. Aujourd’hui, il y a l’incertitude géopolitique et les taux d’intérêt élevés. Les particuliers hésitent à acheter un logement. À cela s’ajoute l’incertitude fiscale autour de la démolition et de la reconstruction. En Flandre, les permis sont accordés difficilement.”
CMG Invest possède encore d’autres projets immobiliers, en Belgique et à l’étranger. Belgian Building Projects, par exemple, qui loue des appartements à Liège et affiche un total de bilan de 12 millions d’euros.
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