Fyteko, la révolution des plantes
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L’entreprise de Louvain-la-Neuve apporte une réponse au défi climatique en renforçant la résistance des plantes à la sécheresse. Le temps d’une nouvelle expansion est venu avec une levée de fonds, des projets internationaux et de nouveaux produits en développement.
Comment répondre au réchauffement climatique et trouver une riposte aux sécheresses de plus en plus nombreuses ? En 2014, une solution a vu le jour en Belgique, testée avec succès en laboratoire et dans les champs : il est possible de répliquer la molécule produite naturellement par la plante pour signaler une période de stress afin de renforcer sa résistance. La scale-up Fyteko, aujourd’hui installée à Louvain-la-Neuve et avec un site de production à Mons, est née de cette idée simple, mais géniale.
“Nous allons désormais passer à la vitesse supérieure, nous dit Guillaume Wegria, CEO de Fyteko. La société se structure et passe aux étapes ultérieures. Nous venons de finaliser une levée de fonds de 13 millions d’euros, mais ce n’est là qu’un moyen pour parvenir à nos fins.” Cette évolution vers un Fyteko 2.0 passe par un développement de l’activité existante (industrialisation), une internationalisation accrue et de nouvelles recherches. Avec un leitmotiv : mettre la recherche au service de l’avenir de la planète.
Une offre double
L’entreprise entend, depuis sa naissance, apporter sa contribution pour révolutionner le fonctionnement du monde de l’agrochimie. L’offre est double. “D’une part, nous commercialisons un spray foliaire vendu par des distributeurs aux agriculteurs, à répandre directement sur les cultures pour prévenir de la sécheresse, explique Guillaume Wegria. C’est un produit qui fait partie d’un ensemble de solutions pour lutter contre les aléas climatiques. Nos produits peuvent également être distribués aux agriculteurs par des partenaires déjà présents sur le marché.”
“D’autre part, poursuit le CEO, la même molécule peut être appliquée directement sur les semences. C’est notre plus gros développement, grâce auquel on fait notre place mondialement. L’avantage, c’est que c’est un processus industriel et l’on dépend moins des techniques d’application. Nous sommes plus forts dans la capacité de convaincre d’importants partenaires industriels. Dans cette approche, c’est là que l’on a l’impact le plus important, celui que nous voulons donner au niveau environnemental.”
Dans cette niche-là, Fyteko rencontre peu de concurrence dans le monde. La plus-value offerte aux entreprises vaut davantage qu’une promesse. “Tous les grands semenciers travaillent sur la génétique des plantes. Soit on modifie les gènes, soit on fait de l’amélioration des plantes par croisements, ce qui nécessite entre 10 et 15 ans de R&D pour sortir une nouvelle variété. Le problème, c’est que le climat évolue désormais plus vite que cette recherche. Notre produit, lui, apporte directement un gain similaire.”
Le tout de façon entièrement biologique. “Nous ne faisons aucune modification génétique, le produit vient naturellement activer les gènes de défense à la sécheresse, insiste Guillaume Wegria. Cela fonctionne avec toutes les plantes. L’impact est évidemment spectaculaire en Inde ou en Amérique latine, où les sécheresses sont extrêmes. Mais le gain économique est potentiellement plus important dans nos pays, même si on le voit moins à l’œil nu.”
Cap sur les États-Unis
L’Europe est le cœur de marché de Fyteko. Qui a dû faire face à deux contretemps redoutables ces dernières années : la crise du covid et la déstabilisation géopolitique. “Un de nos premiers marchés était l’Ukraine, souligne le CEO. Même si certaines choses restent possibles en matière d’agriculture, c’est difficile de se développer sur ce marché.”
L’entreprise voit désormais plus grand en multipliant les contrats en Amérique latine : elle vient de lancer une filiale au Brésil. Les États-Unis sont l’autre source d’expansion promise, sur laquelle Fyteko se focalisera cette année. “La période qui s’ouvre, avec l’arrivée d’un nouveau président, est pleine d’incertitudes, mais les États-Unis restent ouverts aux solutions technologiques. C’est très business minded. J’espère que nous serons un succès là-bas.”
Des fonds pour trois priorités
Fyteko 2.0 vient de lever 13 millions d’euros. “Un tiers de ce montant sera consacré au développement industriel, précise Guillaume Wegria. Nous avons pour l’instant une ligne de production pilote, avec laquelle nous pourrions monter à 6 ou 7 millions de chiffre d’affaires, ce qui devrait arriver rapidement. Mais nous serons rapidement sous pression sur le plan industriel et devons, en amont, prévoir 2027-2028 pour anticiper une production à grande échelle.”
“On gardera la production en Belgique, nous sommes en phase avec la volonté de réindustrialiser l’Europe, avec des procédés green, sans produits dangereux”, ajoute-t-il. Un deuxième tiers des 13 millions sera consacré au développement commercial et à l’accroissement des équipes.
Deux nouvelles molécules
“Le tiers qui reste, ce sera de la recherche et développement, confie encore le CEO de Fyteko. Deux autres molécules sont en travail. La première permet la réduction des herbicides : elle est en phase préindustrielle. En réduisant la dose d’herbicides, on réduit l’impact environnemental. La solution permettrait également de doubler l’efficacité des bioherbicides actuels, qui ne sont pas réellement efficaces. La deuxième est un biopesticide, mais il y a encore énormément d’investissement R&D et de coûts réglementaires sur ce type de produits.”
Alors que la course contre-la-montre est entamée pour s’adapter au changement climatique, le CEO regrette que l’on ne soit pas à la hauteur dans l’Union européenne : “Nous aimerions être aidés au niveau des réglementations et de l’accès au marché. C’est très compliqué. En ce qui concerne le biopesticide, il y a un délai énorme avant même de pouvoir soumissionner au niveau européen. Ensuite, il faut au minimum quatre ans d’évaluation de la molécule. Le principe actif sera alors disponible.”
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“L’Europe se positionne comme l’acteur principal de l’écologie, mais il y a un tel attachement au principe de précaution que cela met des barrages importants.” – Guillaume Wegria, CEO de Fyteko
Aux États-Unis, le processus est plus simple. “Pour le même processus, cela va prendre la moitié du temps, explique le dirigeant. On compte démarrer là-bas dès que possible. C’est un peu paradoxal. L’Europe se positionne comme l’acteur principal de l’écologie, mais il y a un tel attachement au principe de précaution que cela met des barrages importants. Un biopesticide doit passer par les mêmes phases qu’un produit chimique conventionnel. On parle d’un fast track depuis longtemps, mais cela n’existe toujours pas, contrairement aux États-Unis ou au Brésil.”
Les cinq prochaines années seront passionnantes pour Fyteko. “Le plus important à mes yeux, c’est l’impact que nous aurons pour la planète”, conclut ce chercheur devenu entrepreneur.
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