L’incertitude effrite la confiance des Belges : le politique à la cave, certains secteurs d’activité dans le dur

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Jennifer Mertens

La confiance des Belges est sous pression. Entre incertitude économique, tensions géopolitiques, montée en puissance de l’intelligence artificielle et prolifération des fake news, les repères vacillent. Résultat : la défiance progresse vis-à-vis des entreprises, des organisations publiques et, plus encore, du monde politique.

Le constat est sans appel : la confiance des Belges recule dans de nombreux secteurs, avec un décrochage particulièrement marqué du côté des responsables politiques et des autorités publiques, révèle un sondage mené auprès de 1.000 Belges par l’agence Comm2You.

Le monde politique à la cave

« Les Belges ont principalement perdu confiance dans le monde politique. Avec une moyenne de 3,9 sur 10, celui-ci est largement recalé, tant du côté néerlandophone que francophone », souligne Joost Freys, associé chez Comm2You.

« Les jeunes affichent un score légèrement supérieur, à 4,3 sur 10, mais la différence reste marginale. Le fait que la méfiance soit déjà si forte chez ceux qui façonneront l’avenir devrait nous interpeller. Il s’agit d’ailleurs de l’ensemble de la classe politique, majorité comme opposition. L’exécutif, pris globalement, s’en sort un peu mieux, sans toutefois dépasser la moitié de l’échelle de confiance. »

Certains secteurs dans le dur

Les Belges pointent également du doigt les entreprises et professionnels des secteurs pharmaceutique, du sport, de l’IT et de l’informatique, ainsi que les banques et les assurances. Le secteur de l’énergie a lui aussi fortement perdu la confiance du public, tout comme les télécommunications et l’immobilier. Autrement dit, des professions et des secteurs ayant – ou susceptibles d’avoir – un impact direct sur leur argent.

La confiance accordée aux ressources humaines et à la justice (juges, procureurs et avocats) est également en recul, tandis que les vendeurs d’e-commerce ferment la marche du classement, à l’avant-dernière place.

Crise de confiance des médias

La confiance envers les médias s’établit, elle, en moyenne, à 5,3 sur 10. Un chiffre qui mérite toutefois d’être nuancé. Les médias traditionnels – presse écrite, radio et télévision – conservent un solide capital crédibilité, l’actualité régionale apparaissant comme la source d’information la plus fiable.

À l’opposé, les blogs et les réseaux sociaux peinent à convaincre, toutes générations confondues. Les podcasts disposent encore d’une marge de progression en matière de crédibilité, à l’exception notable du public jeune, qui leur accorde davantage de confiance.

La santé et l’enseignement, valeurs refuges

À l’inverse, certains secteurs continuent de faire figure de piliers. Les Belges accordent leur plus grande confiance aux soins de santé : médecins, infirmiers et autres professionnels du secteur arrivent en tête du classement avec une moyenne de 7 sur 10. Une preuve de la solidité perçue du système de soins en Belgique.

Les services d’urgence, tels que la police et les pompiers, ainsi que l’enseignement, tous niveaux confondus, obtiennent également des scores élevés, autour de 6,5 sur 10. Des résultats qui témoignent de l’importance accordée aux professions directement liées à la sécurité, à la santé et à la transmission du savoir.

Honnêteté et humanité, clés de la confiance

Lorsqu’on interroge les Belges sur les facteurs qui influencent leur confiance, la critique revient de manière récurrente : une communication jugée floue, voire trompeuse. Beaucoup reprochent également à certaines organisations de privilégier leurs propres intérêts et d’éluder les questions sensibles.

À l’inverse, trois leviers ressortent clairement : une communication honnête et transparente, la prise de responsabilité en cas de crise et une meilleure accessibilité. “Cela devrait être une évidence, même en période de crise”, insiste Joachim Deman, associé chez Comm2You.

La révolution numérique et la rapidité avec laquelle elle a lieu posent également problème, « surtout la façon dont les organisations et les entreprises préparent leurs employés, partenaires et clients au changement », poursuit-il.

« Des dizaines d’emplois doivent faire place à l’intelligence artificielle (IA), certains services sont uniquement accessibles par voie numérique, des systèmes changent chaque année… Inutile de marteler qu’il ne faut pas aller à l’encontre de l’évolution technologique ni que celle-ci n’est pas nécessaire. Mais la façon dont cela se produit souvent, dont les choses sont communiquées, se heurte à de l’incompréhension avec pour conséquence une piètre confiance », ajoute-t-il.

Le facteur humain, plus que jamais central

Des éléments clés qui sont en réalité intrinsèquement liés à l’humain – ce dont manquent beaucoup de communications et décisions, surtout à l’ère de l’IA. Près de sept Belges sur dix estiment qu’un ton plus humain dans la communication renforcerait leur confiance, une attente particulièrement marquée chez les plus de 55 ans.

Six Belges sur dix accordent également davantage de crédit aux organisations engagées dans le soutien à la communauté locale, un critère surtout valorisé par les jeunes et les seniors. Autre enseignement marquant : ce sont les salariés « ordinaires » qui inspirent le plus de confiance, loin devant les discours jugés trop « corporate » de certaines entreprises ou services clients. Chez les 35-54 ans, l’expertise, l’expérience pratique et la reconnaissance du terrain jouent un rôle central.

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