La manière dont il se concrétisera est encore incertaine, mais une chose est sûre : il arrive à grands pas. Le Brexit sera une réalité le 30 mars 2019, qu'il soit suivi ou non d'une période transitoire. Dès cette date, le commerce avec la Grande-Bretagne changera du tout au tout. C'est une évidence qui s'impose de plus en plus clairement.

" Depuis le fameux référendum sur le Brexit en 2016, les entreprises vivent dans l'incertitude ", déplore Bert Gevers. " Chacun comprend que beaucoup de choses vont changer, mais les modalités pratiques restent vagues. Cette indécision n'a toutefois pas empêché de nombreuses grandes entreprises à se préparer de manière structurelle ". Gevers pense notamment aux investissements " greenfield " grâce auxquels une entreprise lance un établissement dans un autre pays. Les entreprises le font en Grande-Bretagne, mais l'inverse est également vrai. Il s'agit alors souvent de capacité de stockage, de pôles de distribution et même de centres de production. " Cette stratégie vous permet de garder un pied sur des marchés où vous êtes actif si l'importation de marchandises est soudainement soumise à des règles différentes ", explique Bert Gevers.

Bert Gevers

Les acquisitions sont une autre manière de " garder un pied à l'intérieur ". Lorsqu'une entreprise britannique acquiert un pair européen, elle s'assure un marché, mais aussi les licences cruciales pour opérer dans un secteur réglementé comme le secteur financier, par exemple. Il en va de même pour les acteurs européens à la recherche de " proies " de l'autre côté de la Manche. " Ce qui frappe, c'est que les synergies ne sont pas le premier objectif dans ces cas ", note Bert Gevers. " Elles sont certes toujours une bonne chose, mais l'essentiel est d'avoir un pied ailleurs... "

Changement de paradigme

Les mesures que prennent certaines entreprises sont parfois assez radicales. Après tout, ouvrir une nouvelle succursale n'est pas une décision que l'on prend à la légère. Ces mesures sont toutefois assez simples à comprendre à la lumière des profonds changements qui toucheront le commerce entre l'Europe et la Grande-Bretagne.

La Grande-Bretagne deviendra un État tiers, à l'instar des États-Unis ou de l'Inde, par exemple

Natalie Reypens et Bert Gevers passent en revue les principales nouveautés qui interviendront dès le 30 mars 2019 et après. " Avant tout, la Grande-Bretagne ne sera plus concernée par la politique européenne harmonisée en matière de TVA, de droits de douane et d'accise ", avertit Bert Gevers. En ce sens, la Grande-Bretagne deviendra un État tiers, à l'instar des États-Unis ou de l'Inde, par exemple. " Les marchandises ne pourront plus circuler librement et il y aura à nouveau des contrôles et des droits de douane ". Il en ira de même pour les services, en particulier dans les secteurs hautement réglementés tels que la finance. Un éventuel accord avec la Grande-Bretagne du type " soft Brexit " pourrait atténuer ce problème, sans pour autant complètement l'éliminer.

Natalie Reypens

" Sur le plan de la fiscalité directe, l'harmonisation n'est pas allée aussi loin ", tempère Natalie Reypens. " Différentes directives européennes prévoient néanmoins un certain niveau d'harmonisation au sein de l'UE. Les récentes actions que l'Europe a entreprises dans sa lutte contre l'ingénierie fiscale et qui prévoient des dispositions anti-abus que tous les États membres doivent mettre en oeuvre en sont un bel exemple. Elles permettent de résoudre la problématique de la concurrence fiscale déloyale entre les États membres au sein de l'UE. Suite au Brexit, la Grande-Bretagne tombera hors du champ de ces directives. Dès lors, quel sera l'impact sur la position concurrentielle du Royaume-Uni par rapport aux États membres ? "

Les PME doivent également se préparer

En bref : faire des affaires avec la Grande-Bretagne ne sera plus jamais pareil. Et l'impact de cet état de fait ne se limite pas aux grandes entreprises. Bert Gevers : " On estime que des dizaines de milliers de PME traitent avec la Grande-Bretagne, mais sans avoir la moindre expérience du commerce avec des pays non membres de l'UE. Elles n'ont ni le temps ni les moyens de mettre sur pied une équipe Brexit interne afin de se préparer aux conséquences ". Le conseil des deux avocats est, dès lors, limpide : " Même les petites organisations doivent se pencher sur certains aspects assez simples. Passez toute votre chaîne d'approvisionnement en revue ", recommande Natalie Reypens. " À quelles phases de la chaîne d'approvisionnement y a-t-il une interaction avec le Royaume-Uni ? Les coûts plus élevés éventuellement liés au commerce avec la Grande-Bretagne sont-ils alors encore justifiables ? Les produits que vous importez ou exportez peuvent aussi être soumis à des exigences techniques spécifiques qui pourront changer quand la Grande-Bretagne quittera l'Union. Pensez aussi à examiner vos contrats et vos conditions de livraison afin d'éviter de mauvaises surprises. Si des droits de douane s'appliquent dès le 30 mars 2019, mieux vaut penser avant à les imputer ". Car un chef d'entreprise bien préparé en vaut deux...

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