Quel est donc le problème ? L'endettement global de la Chine a explosé ces dernières années, au point d'atteindre environ 200 % du PIB, ainsi que les autorités de Pékin le reconnaissent implicitement, mais en usant du vocable très (trop) innocent de "financement social". A noter qu'officiellement, l'endettement n'atteint que 45 % de ce PIB. Ce ne serait pas nécessairement un drame si le processus ne s'était largement produit en dehors du cadre bancaire. Ce sont de nouveaux intermédiaires, notamment des trusts, qui ont accordé ces financements en récoltant l'épargne des citoyens. Parfois en association avec les banques officielles, qui peuvent ainsi échapper aux carcans légaux en matière de montants et de taux. Ces nouveaux acteurs ont toutefois accordé du crédit avec un brin d'insouciance, trop souvent à des entreprises à la santé précaire, aux bilans peu explicites. Et tout ceci avec des relations assez opaques entre les parties.

On a longtemps imaginé que ce n'était pas très grave, la philosophie de Pékin ayant jusqu'ici été de venir au secours des entreprises en difficulté, industrielles comme financières. Or, l'accident de Chaori a brutalement mis en lumière le changement de cap radical décidé à Pékin. Dorénavant, le soutien à la croissance économique passe par les forces du marché, ont expliqué les autorités. En d'autres termes, si les forts prospèrent, tant mieux. Si les faibles flanchent, tant pis. On n'est pas loin de la "destruction créatrice" chère à l'économiste Joseph Schumpeter. C'est un virage à 180 degrés !

Faut-il s'en inquiéter ? Pour les analystes de BlackRock, premier gestionnaire d'actifs de la planète, la situation n'est pas à prendre à la légère : les défauts seront nombreux cette année. Ce n'est pas pour rien que, tout en restant assez modestes dans l'absolu, les amortissements actés par les banques sur leurs crédits ont, en 2013, plus que doublé par rapport à 2012. Ce n'est probablement qu'un début. En témoigne la très faible valorisation de ces banques : leur cours est en moyenne inférieur de 15 % à leur valeur comptable, ce qui est étonnant pour un pays en forte croissance, fût-elle moindre que par le passé. Visiblement, les investisseurs se méfient sérieusement des banques chinoises.

Nul ne s'attend cependant à des krachs spectaculaires, car Pékin interviendra sans nul doute en cas de situation dangereuse pour le pays. Il reste que le système financier chinois de l'ombre est en train de flancher et qu'il devra se débrouiller tout seul, tandis que nombre d'entreprises risquent de sombrer. Un clignotant s'est allumé pour les gestionnaires d'actifs et les entreprises occidentales actives là-bas...

GUY LEGRAND, Senior writer

Quel est donc le problème ? L'endettement global de la Chine a explosé ces dernières années, au point d'atteindre environ 200 % du PIB, ainsi que les autorités de Pékin le reconnaissent implicitement, mais en usant du vocable très (trop) innocent de "financement social". A noter qu'officiellement, l'endettement n'atteint que 45 % de ce PIB. Ce ne serait pas nécessairement un drame si le processus ne s'était largement produit en dehors du cadre bancaire. Ce sont de nouveaux intermédiaires, notamment des trusts, qui ont accordé ces financements en récoltant l'épargne des citoyens. Parfois en association avec les banques officielles, qui peuvent ainsi échapper aux carcans légaux en matière de montants et de taux. Ces nouveaux acteurs ont toutefois accordé du crédit avec un brin d'insouciance, trop souvent à des entreprises à la santé précaire, aux bilans peu explicites. Et tout ceci avec des relations assez opaques entre les parties. On a longtemps imaginé que ce n'était pas très grave, la philosophie de Pékin ayant jusqu'ici été de venir au secours des entreprises en difficulté, industrielles comme financières. Or, l'accident de Chaori a brutalement mis en lumière le changement de cap radical décidé à Pékin. Dorénavant, le soutien à la croissance économique passe par les forces du marché, ont expliqué les autorités. En d'autres termes, si les forts prospèrent, tant mieux. Si les faibles flanchent, tant pis. On n'est pas loin de la "destruction créatrice" chère à l'économiste Joseph Schumpeter. C'est un virage à 180 degrés ! Faut-il s'en inquiéter ? Pour les analystes de BlackRock, premier gestionnaire d'actifs de la planète, la situation n'est pas à prendre à la légère : les défauts seront nombreux cette année. Ce n'est pas pour rien que, tout en restant assez modestes dans l'absolu, les amortissements actés par les banques sur leurs crédits ont, en 2013, plus que doublé par rapport à 2012. Ce n'est probablement qu'un début. En témoigne la très faible valorisation de ces banques : leur cours est en moyenne inférieur de 15 % à leur valeur comptable, ce qui est étonnant pour un pays en forte croissance, fût-elle moindre que par le passé. Visiblement, les investisseurs se méfient sérieusement des banques chinoises. Nul ne s'attend cependant à des krachs spectaculaires, car Pékin interviendra sans nul doute en cas de situation dangereuse pour le pays. Il reste que le système financier chinois de l'ombre est en train de flancher et qu'il devra se débrouiller tout seul, tandis que nombre d'entreprises risquent de sombrer. Un clignotant s'est allumé pour les gestionnaires d'actifs et les entreprises occidentales actives là-bas... GUY LEGRAND, Senior writer