Les Allemands seraient-ils devenus de fervents partisans du PTB, qui plaide pour la semaine de 30 heures en conservant le même salaire ? Pas tout à fait. En fait, l'accord - difficile - conclu voici quelques jours ne ressemble pas du tout, mais alors pas du tout, au programme de Raoul Hedebouw.
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Les Allemands seraient-ils devenus de fervents partisans du PTB, qui plaide pour la semaine de 30 heures en conservant le même salaire ? Pas tout à fait. En fait, l'accord - difficile - conclu voici quelques jours ne ressemble pas du tout, mais alors pas du tout, au programme de Raoul Hedebouw. D'abord, il ne touche pour l'instant que 900.000 travailleurs de l'industrie sidérurgique, du plastique, du bois et du textile de ce land qui jouxte la France et la Suisse. Ensuite, la réduction du temps de travail n'est proposée qu'aux salariés qui présentent au moins deux ans d'ancienneté dans leur emploi actuel. Ils pourront demander de ne plus travailler que 28 heures par semaines (contre 35 heures en moyenne aujourd'hui), mais pendant une durée maximale de deux ans et sans compensation salariale à la clé. Ceux qui justifient cette réduction de temps de travail par la nécessité d'élever leurs jeunes enfants ou de s'occuper de leurs vieux parents pourront cependant transformer les hausses salariales en journées de congés, atténuant un peu la baisse de leurs revenus. A l'issue de cette période de temps de travail réduit, les travailleurs auront la garantie de pouvoir retrouver leur poste à temps plein. Enfin, cette mesure ira de pair avec une revalorisation des salaires, combinant primes annuelles et hausses qui, l'une dans l'autre, aboutissent à une augmentation moyenne d'environ 3,5 % par an au cours de cette année et en 2019. Enfin, pour ne pas pénaliser l'industrie allemande qui tourne à plein régime, ces mesures s'accompagnent aussi de la possibilité d'augmenter le temps de travail : les travailleurs qui le désirent pourront prester jusqu'à 40 heures par semaines (contre 35 heures en moyenne aujourd'hui). Pourquoi s'attarder à ce " deal " somme toute limité et temporaire ? Parce que s'il est amené à se généraliser, il constituerait alors un tournant majeur pour l'Allemagne et peut-être même pour l'Europe. Ce qui est neuf aujourd'hui, ce ne sont pas les revendications salariales - elles existent depuis longtemps - mais l'importance des hausses qui ont été consenties. Des avancées qui devraient aussi marquer le coup d'envoi d'autres revendications salariales, dans d'autres länder et d'autres secteurs d'activités. Les fonctionnaires allemands viennent d'ailleurs de réclamer entre 6 et 10 % d'augmentation. Ces dernières années, la progression moyenne des salaires allemands tournait aux alentours de 2 à 2,5 %. Il semble désormais que l'on assiste à une accélération bien supérieure à l'évolution des prix. Si le pouvoir d'achat des Allemands s'accroît, l'effet sur l'inflation se fera sentir tôt ou tard. Pour le grand bonheur de la Banque centrale européenne, qui pourra relever ses taux sans craindre la déflation, ce qui devrait aussi entraîner toute la courbe des taux vers le haut. Si, dans un an, vous observez un renchérissement des crédits hypothécaires ou du taux de votre livret... Ayez une pensée pour IG Metall. Et puis, cet accord symbolise aussi la prééminence du temps sur l'argent : les syndiqués d'IG Metall, qui désiraient au départ une hausse de 6 %, ont finalement consenti à abaisser leur revendication en échange d'une plus grande flexibilité du temps de travail. Une flexibilité, on l'aura noté, qui fonctionne dans les deux sens. C'est intelligent, non seulement pour les entreprises, qui ne risquent pas de souffrir d'un assèchement de la main-d'oeuvre, mais aussi parce que dans une vie de travail, il est des moments où l'on désire travailler davantage, et des moments où l'on veut lever le pied. Une inspiration pour nos partenaires sociaux ?