Une zone euro "inquiète" se penche sur le budget italien

05/11/18 à 15:05 - Mise à jour à 15:04

Source: Afp

Les ministres des Finances de la zone euro, réunis lundi à Bruxelles, devraient prendre le parti de la Commission européenne dans son bras de fer avec la coalition populiste au pouvoir en Italie, dont le budget a été rejeté il y a deux semaines.

Une zone euro "inquiète" se penche sur le budget italien

© Getty Images/iStockphoto

"Tout le monde est inquiet", assure un haut responsable européen, qui observe circonspect l'affrontement entre la Commission, garante des règles budgétaires de l'UE, et le gouvernement italien, bien décidé à défendre son budget 2019, pourtant totalement en dehors des clous.

Les ministres de la zone euro (l'Eurogroupe) "voudront encourager le dialogue avec les Italiens", explique une source diplomatique. Mais ils auront aussi "à coeur de rappeler leur soutien à la Commission (...) Les règles sont les règles".

Bruxelles a rejeté le 23 octobre le projet de budget italien, une première dans son histoire, fustigeant "une déviation claire, nette, assumée" par rapport aux règles européennes.

La Commission reproche à la coalition populiste au pouvoir à Rome, formée de la Ligue (extrême droite) et du Mouvement Cinq Etoiles (M5S, antisystème) d'avoir présenté un déficit de 2,4% du produit intérieur brut (PIB) pour 2019, très au-dessus de ce que prévoyait le précédent gouvernement de centre gauche (0,8%).

L'Italie a jusqu'au 13 novembre pour fournir un budget révisé, sans quoi elle s'expose à une "procédure pour déficit excessif", susceptible d'aboutir à des sanctions financières. "Ce sera inévitable" si rien ne change, promet une source européenne.

"La procédure sera engagée mais il y aura une phase de dialogue", a répondu lundi dans le Financial Times, Luigi Di Maio, le chef de file du M5S. "Je ne pense pas que nous irons jusqu'aux sanctions financières".

Le vice-premier ministre se dit convaincu qu'il est possible de "réduire considérablement la dette publique avec un budget important" et que la "recette" italienne fera des émules si elle fonctionne.

Le patron de la Ligue, Matteo Salvini, également vice-premier ministre, a, lui, appelé ses partisans à manifester le 8 décembre à Rome pour dire "pacifiquement" aux "messieurs de Bruxelles: laissez-nous travailler, vivre et respirer". "Plus jamais une Italie à genoux", a-t-il lancé.

"Basta !"

La situation économique et sociale en Italie est préoccupante avec un taux de chômage à 10,1%, très au-dessus de la moyenne de la zone euro (8,1%), et une stagnation de l'activité au troisième trimestre (+0,0%), une première depuis trois ans, qui pourrait avoir des conséquences dans la bataille avec Bruxelles.

La coalition a en effet bâti son budget 2019 sur une prévision de croissance très optimiste de 1,5%, quand le Fonds monétaire international (FMI) ne table que sur 1% et la Commission européenne - qui doit présenter de nouvelles prévisions jeudi - sur 1,1%.

Or si la croissance est plus faible que prévu, le déficit risque d'être encore plus important.

Pour ne rien arranger, Rome, qui ploie déjà sous une énorme dette de 2.300 milliards d'euros (131% de son PIB), a vu la note de son endettement dégradée par l'agence Moody's, tandis que Standard & Poor's a abaissé sa perspective, de stable à négative.

"La coalition est à l'épreuve dans ce bras de fer", analyse Sébastien Maillard, directeur de l'institut Jacques Delors.

"Mais je pense que l'électorat de la Ligue va être tenté de dire +basta !+ parce que l'Italie s'isole", ajoute-t-il, surtout "si le spread (l'écart très surveillé entre les taux d'emprunt allemand et italien à dix ans, ndlr) devient inquiétant".

Le "spread" oscille désormais autour de 300 points de base, contre une moyenne de 130 enregistrée sur les quatre premiers mois de l'année.

Le gouverneur de la Banque d'Italie, Ignazio Visco, a d'ailleurs exprimé ses inquiétudes quant aux conséquences de la hausse des taux d'emprunt italiens.

Les banques italiennes, réputées fragiles, s'en sont cependant bien sorties lors des tests de résistances publiés vendredi par l'Autorité bancaire européenne, au cours desquels les banques de l'UE étaient confrontées à un scénario fictif pessimiste.

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