On connait déjà la taxe dite 'intelligente'. Depuis des années, le ministre flamand de la Mobilité, Ben Weyts (N-VA), en parle. Présentée comme une redevance au prorata des kilomètres parcourus, elle a été mise au placard au nord du pays, juste avant les élections. Sujet ô combien sensible vu qu'il touche directement au portefeuille des navetteurs.

L'idée derrière cette redevance est de faire varier son montant en fonction de la distance entre le domicile et le lieu de travail ou de l'heure de la journée à laquelle on prend sa voiture. Via ce système, il sera donc en toute logique plus cher d'emprunter le ring de Bruxelles à 8 heures du matin que d'emprunter une petite route de Flandre-Occidentale en pleine nuit.

Les économistes Stef Proost (KU Leuven) et Bruno De Borger (UAntwerp), spécialisés dans le secteur des transports, ont planché sur un autre système de taxe, plus radicale. Ils parlent ici de "taxe routière super intelligente" ("superslim" en néerlandais). Et selon, eux, grâce à son instauration sur nos routes, il n'y aurait plus d'embouteillages. Le prix varie ici non seulement entre les heures de pointe et les heures creuses, mais aussi pendant les heures de pointe. Les heures de départ des automobilistes sont alors réparties de telle sorte que tous les embouteillages disparaissent.

"En imposant un péage qui varie pendant les heures de pointe, nous encourageons les gens à ajuster leurs heures de départ ", déclare l'économiste Stef Proost au Morgen. "Idéalement, le prix devrait changer toutes les cinq minutes", précise-t-il.

Il s'agirait donc de moduler le paiement à l'intérieur même des heures de pointe. Le prix serait logiquement plus élevé durant le pic. Si l'on considère que les heures de pointe du matin vont de 7h10 à 9h10, les usagers ne paieraient pas en dehors de ces heures. Et à l'intérieur de cette tranche, ils paieraient de plus en plus cher à l'approche de 8h30, prend comme exemple L'Echo. L'objectif étant de décaler les heures de départ et d'arrivée des travailleurs en répartissant mieux le trafic pour éviter la congestion. Le prix maximum serait de 6,66 euros.

Un maximum de 6,66 euros

Autre avantage à la meilleure répartition des voitures sur une tranche horaire restreinte, les travailleurs pourraient prendre la route plus tard dans la matinée. Le système ne conviendrait par contre pas aux travailleurs qui ne disposent pas d'horaires flexibles. Ces derniers se verraient donc obligés de payer la pleine taxe. A cela, les chercheurs ont aussi une proposition: une mini taxe "super intelligente" qui diminuerait le coût préconisé de 6,66 euros maximum à 3,33 euros. Moins efficace, elle ferait tout de même diminuer les files de 75%.

Le coût global du déplacement n'augmente pour personne, selon les calculs de l'étude, précise L'Echo. Rouler sur des routes très encombrées coûte en effet plus cher que si le trafic est fluide. Ce prix à payer pour des embouteillages serait remplacé par ce système de taxe. Les recettes pourraient ainsi être redistribuées aux automobilistes, notamment avec une diminution de la taxe de circulation, estiment les chercheurs louvanistes qui préconisent d'appliquer ce système aux camions également.

Les voitures de société, nombreuses sur nos routes en heures de pointe restent le point délicat à régler dans ce système vu que la tarification routière est une matière régionale alors que le système des voitures de société dépend du Fédéral. Pour que le système fonctionne, il faudrait que les travailleurs disposant d'un véhicule de société paient eux-mêmes la taxe.

Autre souci avancé par l'étude, la coordination entre les Régions. Rappelons que la Wallonie n'est pas favorable à une taxe au kilomètre, mais bien à une vignette. Une concertation entre les différentes parties est de toute façon nécessaire.

Pour l'heure, la note de Bart De Wever (N-VA) pour le nouveau gouvernement flamand ne dit rien sur la tarification routière, même si son partenaire de coalition, le CD&V, a encore insisté sur ce point cette semaine, la redevance devrait au moins s'appliquer aux camions légers. Si l'idée semble alléchante, elle reste encore difficile à mettre en oeuvre dans le contexte actuel.