Dans la nuit de mercredi à jeudi, Donald Trump a, de manière inattendue, remporté la présidence des Etats-Unis. La crainte d'une réaction de panique s'est rapidement avérée injustifiée. Les bourses européennes n'ont plus baissé de plus d'un pourcent autour de midi et la tendance s'est même inversée depuis. La réaction la plus importante a été observée sur les marchés obligataires, où le taux d'intérêt américain a augmenté de 20 points de base. "Dans son discours qui a suivi sa victoire, Trump est apparu déjà beaucoup plus modéré que pendant la campagne", ce qui explique le calme relatif, selon l'économiste en chef de Belfius Geert Gielens.
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Dans la nuit de mercredi à jeudi, Donald Trump a, de manière inattendue, remporté la présidence des Etats-Unis. La crainte d'une réaction de panique s'est rapidement avérée injustifiée. Les bourses européennes n'ont plus baissé de plus d'un pourcent autour de midi et la tendance s'est même inversée depuis. La réaction la plus importante a été observée sur les marchés obligataires, où le taux d'intérêt américain a augmenté de 20 points de base. "Dans son discours qui a suivi sa victoire, Trump est apparu déjà beaucoup plus modéré que pendant la campagne", ce qui explique le calme relatif, selon l'économiste en chef de Belfius Geert Gielens.La plupart des économistes s'attendent à encore pas mal de volatilité sur les marchés au cours des prochains jours. "L'expérience du Brexit nous apprend toutefois que cela ne durera pas trop longtemps", estime Peter Vanden Houte, économiste en chef chez ING.Ce que la présidence de Trump représentera pour l'économie n'est pas tout-à-fait clair. Les plans économiques du nouvel homme le plus puissant du monde sont restés relativement vagues au cours de la campagne. Le magnat de l'immobilier n'a laissé voir ses cartes que quelques fois, comme hier matin dans son discours."Il est cependant bien clair désormais que Trump mènera une politique expansionniste", dit Bart Van Craeynest, économiste en chef chez Econopolis. "Il désire diminuer les impôts, surtout pour les revenus plus élevés. Et il va largement investir dans l'infrastructure. Cette politique donnera probablement un boost à la croissance."Luc Aben (Van Lanschot Bankiers) pense également que les plans de Trump ne devraient pas être si mauvais à court terme. "A un peu plus long terme, il apparaîtra plus clairement que le compte n'y est pas. Et la question se posera alors si sa politique est réellement finançable." En outre, Aben prévoit aussi une augmentation de l'inflation.L'amélioration sur les marchés boursiers montre que la politique économique de Trump n'est pas nécessairement une catastrophe du point de vue des investisseurs. Si l'économie s'améliorera effectivement, ce sera une bonne nouvelle pour les bénéfices des entreprises. Une inflation plus prononcée, et donc une augmentation des prix, n'est également pas une mauvaise chose pour les entreprises. "Mais l'incertitude pourrait toutefois s'avérer un frein à la consommation", estime Aben. "Et si la hausse des taux d'intérêts persiste, cela pourrait également peser sur les cours des actions."Un consensus semble exister concernant la poursuite de la hausse des taux d'intérêt américains, ce qui signifie une diminution des cours des obligations. "Mais je ne prévois pas de choc", nuance Etienne de Callataÿ. "L'augmentation des dépenses poussera les taux d'intérêt à la hausse, mais je ne prévois pas que les Etats-Unis auront des problèmes pour obtenir un financement de leurs déficits."Tout comme pour les taux d'intérêt, pas mal de points d'interrogation existent concernant le dollar. La banque centrale américaine semblait décidée à augmenter pour la deuxième fois les taux d'intérêt depuis la crise en décembre. Mais ces plans seront-ils encore mis en oeuvre ? Les économistes sont partagés sur la question. Tout le monde s'accorde toutefois sur une plus faible probabilité d'une augmentation des taux d'intérêt en décembre.Ce que Trump signifie à plus long terme ? Est-il réellement un danger pour l'économie mondiale ? Ou cette tempête va-t-elle aussi se calmer rapidement ? Les économistes voient trois grands points d'interrogation:Tout d'abord, Trump va maintenant commencer la constitution de son équipe. "C'est la première chose que nous sommes impatients de connaître", dit Geert Gielens. "Qui sera dans son staff ? Qui a une chance d'avoir un portefeuille ministériel ? Y aura-t-il surtout des conservateurs radicaux ou retrouverons-nous des figures plus modérées ?"La deuxième grande question est la relation entre Trump et le Congrès, qui reste complètement dominé par les républicains. Luc Aben: "Les cartes politiques ont clairement été distribuées de manière moins compliquée que les années précédentes. Mais le parti républicain héberge un large spectre de convictions politiques. Dans quelle proportion le parti suivra Trump dans ses plans, cela reste un point d'interrogation."Le troisième point d'interrogation, le plus important, tourne autour des futures conséquences pour le libre-échange, et donc pour l'économie mondiale. "Au niveau du protectionnisme, Trump est en contradiction flagrante avec une partie de son parti", explique Van Craeynest. "Je m'attends à ce que le mouvement vers plus de libre-échange s'interrompe. Mais il n'obtiendra pas facilement une marche arrière des accords existants."Les éventuelles limitations du commerce détermineront dans une large mesure l'ampleur de l'inflation à laquelle nous devons nous attendre. Des droits de douane draconiens rendraient les produits importés beaucoup plus chers, et donc aussi le coût de la vie aux Etats-Unis. Cela obligerait également la Fed à mener une politique plus stricte, ce qui pourrait entraîner des chocs économiques et financiers.De Callataÿ reste optimiste: "je ne prévois pas de guerre commerciale. Plutôt des mesures symboliques, avec probablement des limitations commerciales pour certains pays ou produits". Gielens ajoute: "Trump a surtout un retard de communication à rattraper". "Il devra encore éclaircir beaucoup de choses au cours des prochains mois, mais en avril au plus tard, nous devrions déjà y voir beaucoup plus clair."(Jasper Vekeman)