Comme le rappelait récemment au micro d'une radio française Matthieu Courtecuisse, consultant pour de grandes entreprises dans le digital et l'intelligence artificielle : " Aujourd'hui, l'économie européenne représente 25% du PIB mondial. Le secteur technologique européen moins de 2% de la tech mondiale. Si l'économie de demain, c'est la technologie d'aujourd'hui, nous avons un énorme problème structurel ".
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Comme le rappelait récemment au micro d'une radio française Matthieu Courtecuisse, consultant pour de grandes entreprises dans le digital et l'intelligence artificielle : " Aujourd'hui, l'économie européenne représente 25% du PIB mondial. Le secteur technologique européen moins de 2% de la tech mondiale. Si l'économie de demain, c'est la technologie d'aujourd'hui, nous avons un énorme problème structurel ". Face à l'Asie (Chine, Japon, Corée du Sud) et aux Etats-Unis, nous avons déjà une bonne dizaine d'années de retard dans le développement de ces secteurs d'avenir. Et si nous ne réagissons pas vite et fort, nous n'aurons plus que le choix d'opter pour l'écosystème américain ou chinois. Il y a deux grandes causes à ce retard. La première est l'absence de volonté politique, la seconde l'absence d'une structure d'investissement. Le volet politique, d'abord : en Europe, on sait la difficulté de créer des champions. Ursula von der Leyen, la nouvelle présidente de la Commission européenne, a certes dans ses cartons le projet de créer un fonds doté de 100 milliards d'euros pour créer des champions susceptibles de rivaliser avec les géants américains ou chinois. Mais le montant évoqué montre à lui seul que le niveau politique n'a pas pris, ici, la mesure du défi. Cent milliards, c'est vraiment une goutte d'eau. Rien que le budget de recherche et développement d'Amazon représentait l'an dernier près de 23 milliards de dollars. On parle de la création d'un cloud européen pour échapper au " Cloud Act " qui permet aux autorités américaines d'avoir accès aux informations des entreprises européennes stockées dans le cloud américain. On parle également, ces derniers jours, d'un système de paiement européen capable de concurrencer Visa ou Mastercard. Ce sont de bonnes idées, mais on attend encore leur concrétisation. Alors l'Europe est, certes, à la pointe dans la protection des données privées et de la taxation des activités numériques, et ce n'est pas négligeable. Mais réfléchissons à ceci : aujourd'hui, celui qui possède le plus de données est le roi du pétrole. Il est à même de constituer les algorithmes les plus fins. A ce jeu, la Chine, qui permet à ses géants de disposer des milliards de milliards de données émis par sa population, est d'ailleurs en train de gagner. Au final, nous aurons certes l'impression fugace d'avoir protégé notre vie privée, mais nous serons soumis aux intelligences artificielles étrangères qui se seront développées sans nous.... Attardons-nous maintenant sur le volet financier. En Chine, les champions chinois sont soutenus par le capitalisme d'Etat. Aux Etats-Unis, les géants du numérique bénéficient parfois de plantureux contrats de l'Etat, tel celui à 10 milliards de dollars du Pentagone qui a échu à Microsoft, et ils ont été portés par les grands investisseurs institutionnels comme les fonds de pension, les fonds souverains ou les assureurs. Et ces actionnaires pensent à long terme. Ils cherchent donc à investir dans l'industrie du futur et ont la patience de soutenir pendant des années des entreprises telles qu'Amazon. Aujourd'hui, la société de Jeff Bezos dispute avec Apple et Microsoft le titre de principale capitalisation boursière. Mais en Europe, avec peu de fonds de pension, avec des Etats désargentés et avec des assureurs qui, en raison notamment des directives européennes, sont poussés à acheter des obligations d'Etat et non des actions, le terreau qui devrait voir pousser ces entreprises de l'avenir est bien sec. S'il y a un dossier urgent à traiter par nos pays et par la Commission européenne, c'est donc bien celui-là : débloquer les cadenas financiers, réglementaires et culturels qui empêchent la création d'acteurs européens importants dans le monde digital de demain. Sans quoi, oui, nous allons inexorablement être colonisés.