...

En janvier 2013, David Cameron créait la stupeur. Il annonçait son intention de renégocier la place du Royaume-Uni dans l'Union européenne puis, sur cette base, de demander aux Britanniques s'ils veulent rester ou non dans l'UE. On savait que les Anglais avaient un rapport ambigu à l'Europe, qu'ils freinaient l'exercice de compétences en commun, qu'ils se méfiaient de l'union politique ou encore qu'ils raillaient l'euro. Mais là, c'était jouer avec le destin du continent (même si un précédent existe : un premier référendum en 1975). Pourquoi ? Parce que la crise de l'euro a poussé les 19 pays de la zone vers plus d'intégration et que Londres aurait préféré qu'on approfondisse le marché unique. Parce que la crise financière a mené à plus de régulation et que la City n'adore pas cet exercice. Parce que l'immigration intra- et extra-européenne a considérablement enflé ces dernières années et que le Royaume-Uni veut y mettre un frein. Et enfin, parce que les europhobes du parti UKIP et les eurosceptiques d'une frange du parti conservateur plaident pour retrouver plus de souveraineté. Le 2 février, cette affaire du Brexit (British exit) a connu un nouveau développement. Le locataire du 10 Downing Street est parvenu à ficeler un compromis avec le président du Conseil Donald Tusk et avec des émissaires français et allemands. Il a reçu des réponses aux quatre points - très terre à terre - qu'il demandait. Un : un mécanisme va être trouvé pour que les neuf pays non-membres de l'euro puissent être mis au courant des décisions en matière économique et bancaire des 19 pays de l'eurozone. Deux : un effort va être mené pour réduire les charges réglementaires sur les entreprises. Trois : les parlements nationaux pourront contrecarrer un projet législatif de la Commission européenne, si leur poids atteint 55 % dans l'UE. Et quatre : malgré les principes d'égalité et de libre-circulation des personnes, un pays pourra limiter ses aides sociales aux immigrés intra-européens s'il fait face à un afflux " exceptionnel". Conclusion ? L'UE se dote d'un bricolage de plus ; les 28 sont invités à adopter ce compromis lors du sommet des 18 et 19 février ; le référendum britannique est programmé pour la fin juin ; David Cameron va faire campagne en faveur de l'adhésion et les europhobes anglais vont moquer ce texte comme étant une Cam's Scam, " une arnaque de Cameron". Quant à l'Europe, elle joue sa survie sur un autre problème : la crise des migrants et le retour des frontières. Shakespearien ? Yes indeed !