Il est surprenant de voir que tous les autres membres de ce groupe, y compris les deux partis belges MR et Open Vld, ont accepté de s'incliner face à la demande des Français, certes les plus nombreux dans ce groupe, en étant toutefois loin de la majorité. La liste en question venait en fait de subir une véritable déroute électorale en France, où elle a été vaincue honteusement par la liste d'extrême droite du Rassemblement national.
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Il est surprenant de voir que tous les autres membres de ce groupe, y compris les deux partis belges MR et Open Vld, ont accepté de s'incliner face à la demande des Français, certes les plus nombreux dans ce groupe, en étant toutefois loin de la majorité. La liste en question venait en fait de subir une véritable déroute électorale en France, où elle a été vaincue honteusement par la liste d'extrême droite du Rassemblement national. En supprimant tout lien avec les idées libérales, ce groupe perd toute identité pour devenir un conglomérat centriste privé de fond doctrinal. Le nom choisi, soit en français " Renouveler l'Europe ", est une appellation fourre-tout dénuée de toute portée. Pratiquement tout le monde est d'accord sur le fait que l'Europe a bien besoin d'être renouvelée mais la manière de le faire peut aller d'une intégration plus poussée, de type fédéraliste, comme l'a toujours défendu le président du groupe ALDE Guy Verhofstadt, jusqu'à, au contraire, une simple zone de libre-échange, qui aurait convenu aux plus fermes partisans du Brexit. En somme, l'ancien groupe libéral du Parlement européen fait un peu comme le MR belge : il choisit une dénomination qui ne veut rien dire parce qu'au moins ainsi il ne pourra pas être critiqué. Un mouvement " réformateur " peut en effet, lui aussi, sans renier son appellation, faire n'importe quoi. C'est dans la ligne d'autres partis européens qui choisissent une dénomination lisse pour ne pas trop déplaire : comme les Podemos ou Vox espagnoles pour cacher leur substance communiste ou fasciste, suivant le cas. Mais cette pratique est loin d'être généralisée. Si les socialistes et les écologistes se réfèrent à leur doctrine, pourquoi les libéraux ne le pourraient-ils pas ? C'est que, pour l'ALDE comme pour le MR, le changement de dénomination a suivi, et non précédé, l'abandon des principes. Au cours des dernières mandatures, le groupe ALDE ne s'était en effet pas particulièrement signalé par sa vision libérale de l'Europe. Son président, Guy Verhofstadt, l'ancien " baby Thatcher " belge avant qu'il devienne Premier ministre, était devenu le meilleur avocat d'un fédéralisme européen visant à octroyer aux institutions européennes des pouvoirs de super-Etats s'ajoutant aux compétences des Etats. Des initiatives contre la concurrence fiscale et une participation très activiste à un combat contre la prolifération des plastiques, pour laquelle l'Europe n'assume pratiquement aucune responsabilité, dénotent l'alignement de ce groupe sur des positions difficilement conciliables avec les idées libérales. Certains pourront donc se réjouir du fait que désormais l'étiquette correspond au produit : un groupe du centre privé de doctrine. Il est aussi significatif que cet abandon du libéralisme, même dans l'étiquette, résulte d'une soumission aux intérêts français. Emmanuel Macron est régulièrement catalogué de " libéral " dans son pays, mais il ne l'est que par ses adversaires. Sa politique est pourtant fort peu libérale puisqu'au niveau global, il a maintenu la France au premier rang du niveau de taxation en Europe, a instauré sur le plan des libertés publiques une espèce d'état de siège permanent, ne touche pas à un Code du travail le plus exigeant et vétilleux d'Europe, et soutient lui aussi une intégration européenne aussi poussée que possible. La suppression de la référence au libéralisme dans la dénomination de ce groupe paraît bien être l'ultime abandon, celui qui l'amène à renoncer à son identité même : comment pourra-t-il encore expliquer ce qui le sépare d'un groupe comme celui du PPE, lui aussi modérément conservateur ? Et s'il ne s'agissait que de satisfaire les Français pour " faire nombre ", n'était-il pas plus facile pour les membres de l'ALDE d'intégrer en masse le groupe socialiste ?