S'il avait plu au président Macron et à sa majorité de voter un " impôt pour la reconstruction de Notre-Dame ", à charge des milliardaires et des entreprises concernées, l'opinion publique aurait applaudi avec enthousiasme. Lorsque les mêmes sommes sont payées par les mêmes personnes de façon volontaire, cela leur est reproché.
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S'il avait plu au président Macron et à sa majorité de voter un " impôt pour la reconstruction de Notre-Dame ", à charge des milliardaires et des entreprises concernées, l'opinion publique aurait applaudi avec enthousiasme. Lorsque les mêmes sommes sont payées par les mêmes personnes de façon volontaire, cela leur est reproché. Depuis la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat en 1905, la cathédrale Notre-Dame appartient à l'Etat, qui en laisse la disposition à l'Eglise pour les cultes. Mais c'est un choix politique de l'Etat de vouloir être propriétaire. Par ailleurs, par un choix d'ordre économique, l'Etat français a décidé de ne pas s'assurer. On peut comprendre cette position : propriétaire de milliers d'immeubles, l'Etat préfère supporter de temps en temps un sinistre que de payer des primes, puisqu'il sait bien qu'il n'y a aucune raison que tous ses immeubles partent en fumée en même temps. Ce que font les milliardaires, c'est en réalité un don pur et simple à l'Etat. Cela se résume à cela : il est évident que même sans les dons, l'Etat aurait reconstruit Notre-Dame, le prestige de la France étant en jeu. Les donateurs n'agissent bien sûr pas par pure générosité. La vraie générosité est muette et secrète : ils auraient parfaitement pu faire un don discret, sans l'annoncer. Au contraire, ils ont cherché à " communiquer ", pour que leur geste soit connu. C'est bien là leur erreur. Ils devaient se rendre compte qu'en France, leur geste serait vu pour ce qu'il est réellement, de la simple et maladroite communication, et que la population en retiendrait que ces gens sont tellement riches qu'ils peuvent se permettre une " petite dépense de poche " de 100 ou de 200 millions pour la réfection d'une cathédrale, à condition qu'on parle beaucoup de leur geste, alors qu'ils ne font rien pour des drames humanitaires sans doute plus criants. Paradoxalement, ils n'auraient pas encouru de telles avanies si, en milliardaires qu'ils sont, ils avaient acheté un yacht destiné à être utilisé deux ou trois fois par an ou pris en location le château de Versailles pour y organiser des fêtes dignes du Roi Soleil. Cela leur aurait été pardonné à condition de faire preuve de discrétion. Ils n'ont pas compris qu'en France (et sans doute de plus en plus en Wallonie), la richesse est critiquée comme telle, qu'on y voue un culte à une espèce de religion égalitaire qui entend gommer toutes les différences même lorsqu'elles résultent du libre exercice des libertés reconnues à chacun. Les milliardaires ont certes fait preuve d'une grossière maladresse. Mais il n'appartient pas aux foules de critiquer l'usage que chacun fait de son patrimoine privé. Elles ont en revanche le droit de critiquer l'usage que l'Etat fait des deniers, qui sont publics. Les politiciens aussi préfèrent reconstruire des cathédrales que d'aider les SDF, parce que c'est plus visible. Mais eux utilisent l'argent prélevé par la force sur le patrimoine de chacun, Bernard Arnault dépense le sien. Malheureusement, des tranches entières de la population ne veulent pas comprendre cela. Ils sont égalitaristes par principe, et ne peuvent accepter les inégalités liées aux choix et au travail de chacun. Le seul fondement de l'égalitarisme ambiant relève de la jalousie : personne ne réclame jamais que ceux qui ont gagné au Lotto soient contraints de partager leurs gains, parce qu'il n'y a aucun mérite à gagner à ce jeu. En revanche, les salaires les plus élevés, les dividendes des actionnaires, qui sont le produit du travail et de l'esprit d'entreprise, font l'objet de critiques de ceux qui auraient bien aimé tirer le même profit, mais qui n'ont pas fait les bons choix ou dont le travail ne s'est pas révélé aussi productif. Si ces riches avaient décidé de donner la même somme à une fondation venant en aide aux SDF - ce qui est assurément un meilleur choix sur le plan humanitaire que de faire un don à l'Etat pour la reconstruction d'une cathédrale qui aurait de toute façon été reconstruite -, ils auraient fait l'objet des mêmes critiques parce que ce que les gens ne supportent pas, c'est tout simplement leur richesse.