En 2017, la peur et l'autocritique vont dominer la France, propulsant au premier plan une politique identitaire extrêmement clivante. Les électeurs choisiront le successeur de François Hollande entre le 23 avril et le 7 mai, puis éliront un nouveau Parlement en juin. Des questions urgentes comme la relance de l'Europe et la réduction du chômage seront éclipsées par un débat populiste sur les églises, les mosquées, le foulard, la viande de porc et l'identité française.
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En 2017, la peur et l'autocritique vont dominer la France, propulsant au premier plan une politique identitaire extrêmement clivante. Les électeurs choisiront le successeur de François Hollande entre le 23 avril et le 7 mai, puis éliront un nouveau Parlement en juin. Des questions urgentes comme la relance de l'Europe et la réduction du chômage seront éclipsées par un débat populiste sur les églises, les mosquées, le foulard, la viande de porc et l'identité française. Marine Le Pen, présidente du Front national (FN), placera le débat sur le terrain nationaliste. Sa position de favorite au premier tour transformera la campagne en une course pour l'affronter au second tour. Pour élargir sa base de soutien et dédiaboliser le FN, elle a commencé par changer les références au parti et son logo, préférant mettre en avant la marque Marine. Elle se présentera comme la candidate de tous les Français, mais tiendra un discours clivant, s'en prenant aux musulmans et aux migrants, de Menton à Calais. Elle invoquera le précédent du Brexit pour réclamer un référendum sur l'organisation d'un " Frexit ". Son habileté à exploiter le climat national de peur pourrait rapporter à son parti des dizaines de sièges au Parlement, un score historique qui modifierait l'équilibre politique. La présidente du FN est-elle en mesure d'accéder à l'Elysée ? La question paraît absurde. En dépit de leurs réserves sur les autres candidats, une majorité d'électeurs tendront à s'allier au second tour pour faire barrage au FN. Une victoire de Marine Le Pen reste hautement improbable et, si elle advenait, elle enverrait une onde de choc à travers la France et dans toute l'Europe. Cependant, le refrain populiste que l'on entend ailleurs donne à penser qu'il serait imprudent d'afficher un optimisme béat. Sa campagne doit être suivie de très près. Il est fort possible que Marine Le Pen se retrouve face à François Fillon, ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy de 2007 à 2012 et gagnant de la primaire de la droite organisée en novembre. Il promet des réformes économiques, une baisse des dépenses publiques et de la fiscalité, un recul de l'âge de la retraite et davantage d'heures de travail. Un cocktail qui risque de provoquer grèves et manifestations. S'il est élu président, François Fillon s'est engagé à repenser le droit du travail et à réduire l'influence de l'Etat. Ses adversaires le brocardent, le présentant déjà comme un Thatcher à la française(*). Sur le plan diplomatique, il sera également symbole de changement, puisqu'il prône un rapprochement avec la Russie et une coopération stratégique avec Bachar El-Assad contre Daech en Syrie. Mais pour espérer vaincre Marine Le Pen, le candidat des Républicains devra avant tout maintenir son emprise sur la droite du parti, tout en tendant la main à la gauche et au centre au second tour. A côté de ces candidats connus, soutenus sans grand enthousiasme par les Français, un néophyte mérite l'attention : Emmanuel Macron, ancien ministre des Finances de François Hollande, qui se présente à l'élection, mais indépendamment du Parti socialiste. A gauche, le président sortant s'est désisté en faveur de son Premier ministre Manuel Valls. Mais c'est surtout la candidature d'Emmanuel Macron qui désorganisera le PS et irritera la droite en cherchant à attirer les progressistes proeuropéens des deux camps. Ce novice en politique, qui n'a pas de parti établi et qui est raillé par de nombreux socialistes, a de faibles chances de l'emporter. Mais la France a soif de nouveauté et, en pareil cas, les règles politiques peuvent voler en éclats. La campagne se déroulera dans un contexte assombri par le terrorisme. Le pays restera en état d'alerte, avec, dans les écoles, des exercices de simulation d'attentat qui auront un effet plus anxiogène que rassurant sur les élèves. D'autres attentats sont malheureusement probables. Les Français devront apprendre à vivre avec la peur. Le pays aura du mal à limiter l'attrait du djihad au sein d'une minorité en rébellion, et les mesures de déradicalisation ne suffiront pas. La France demeurera une cible des réseaux terroristes, mais cela ne dissuadera pas le pays de combattre le djihadisme à l'étranger, en particulier dans la région du Sahel. Les Français peuvent-ils retrouver leur joie de vivre ? Leur moral a été profondément plombé par les carnages des terroristes, et les promesses non tenues de François Hollande n'ont pas arrangé les choses. Néanmoins, la France continuera à inspirer la confiance grâce à ses chercheurs et à ses ingénieurs de niveau mondial, son travail de haute qualité et son attrait pour la slow life qui consiste à ralentir son rythme de vie et alléger son empreinte sur la planète. L'année 2017, qui sera marquée par le 40e anniversaire du Centre Pompidou, pourrait être l'occasion de célébrer le goût de la France pour une pensée novatrice et une esthétique audacieuse. A moins que le conservatisme politique et un nationalisme clivant n'exacerbent le doute qui s'est emparé des Français. (*) En français dans le texte. Par Sophie Pedder, chef du bureau de Paris de "The Economist".