L'institution, dont la vocation est de réduire la pauvreté dans le monde, doit ouvrir officiellement jeudi le processus de dépôt de candidatures. Il durera jusqu'au 14 mars, pour une annonce prévue avant mi-avril.

Elle attend de la part des prétendants à la succession de Jim Yong Kim, Américain d'origine sud-coréenne qui a démissionné quatre ans avant la fin de son mandat, une solide expérience de direction d'une grande organisation internationale, le sens de la diplomatie et de l'impartialité.

Depuis sa création en 1944, un Américain a toujours été nommé à la tête de la Banque mondiale et un Européen à la direction du Fonds monétaire international (FMI). Mais ce partage des rôles est de plus en plus contesté par les pays émergents.

"Cette fois-ci, toute la question est de savoir si les Européens --qui ne veulent pas d'un pro-Trump-- sont prêts à ne pas soutenir le candidat américain et donc à rebattre les cartes en prenant le risque de perdre la direction du FMI quand Christine Lagarde s'en ira", résume une source européenne.

Simon Johnson, ancien chef économiste du FMI, doute que les Européens soient prêts à prendre un tel risque. "Ils ont toujours besoin" du FMI, estime-t-il, soulignant que ces pays ne sont pas à l'abri d'une nouvelle crise économique.

Il argue en outre qu'ils sont d'autant plus disposés à faire des concessions sur la présidence de la Banque mondiale que le poste est bien moins influent que celui de directeur général du FMI.

- Ivanka -

Les pays en voie de développement semblent avancer en ordre dispersé.

"Il y a six ou huit ans, ils apparaissaient davantage comme un bloc cohérent", souligne M. Johnson. Pourtant, il voit des pays qui auraient des candidats de qualité, à l'instar de l'Inde, avec l'économiste et homme d'affaires Raghuram Rajan, ancien directeur de la banque centrale.

Un autre nom est régulièrement cité par des experts: celui de l'Indonésienne Sri Mulyani Indrawati, directrice générale de la Banque mondiale chargée des opérations. Cette ancienne ministre des Finances est très populaire.

"Je pense que tout va dépendre du candidat américain, s'il s'agit d'une personne connue pour son hostilité envers l'institution ou s'il s'agit de quelqu'un qui dispose d'un CV crédible", estime Mark Sobel, ancien responsable du Trésor.

Tous les yeux sont rivés vers l'administration Trump, très critique envers l'institution, qui doit révéler prochainement son poulain.

La Maison Blanche dénonce en particulier le fait que la Chine bénéficie de programmes de l'institution alors qu'elle est la deuxième économie mondiale.

C'est la fille et conseillère de Donald Trump, Ivanka, qui supervise le processus de sélection, aux côtés du secrétaire au Trésor Steven Mnuchin ainsi que du directeur du budget à la Maison Blanche Mick Mulvaney.

L'agence de presse Bloomberg voit David Malpass, sous-secrétaire pour les Affaires internationales du ministère du Trésor, comme le candidat privilégié par Donald Trump. Une information qui n'a pas été confirmée par la Maison Blanche.

"David Malpass serait un désastre, un choix toxique", a tweeté Tony Fratto, ancien responsable au Trésor sous George W. Bush.

"Ce n'est pas le candidat préféré des Européens", souligne plus sobrement la source européenne, relevant que la présence d'Ivanka Trump dans le comité de sélection "n'est pas une mauvaise chose" car elle est considérée comme une voix modérée de l'administration américaine, une de celles écoutées par son père.

Le président américain Donald Trump et sa fille, Ivanka, "senior advisor" à la Maison Blanche., REUTERS
Le président américain Donald Trump et sa fille, Ivanka, "senior advisor" à la Maison Blanche. © REUTERS

En outre, elle bénéficie d'un certain crédit auprès de la Banque mondiale: elle s'était directement impliquée en 2017 dans le lancement par l'institution d'un fonds pour favoriser la création d'entreprises par des femmes dans les pays en voie de développement.

Mohamed El-Erian, chef économiste du groupe européen d'assurances Allianz qui a été auditionné la semaine dernière, pourrait faire consensus. Cet économiste respecté a trois nationalités: américaine, égyptienne et française.

Le quotidien des affaires Wall Street Journal a évoqué la piste de l'ancienne patronne de PepsiCo Indra Nooyi, d'origine indienne. Mais son passé de chef d'entreprise fait redouter une politique de coupes drastiques. Et son intérêt pour un tel poste n'a pas été confirmé.

La Banque mondiale au service du développement

La Banque mondiale, dont un nouveau président doit être nommé d'ici mi-avril, est une organisation internationale dont la mission essentielle est de réduire la pauvreté dans le monde en soutenant des projets de développement.

Comme son institution-soeur, le Fonds monétaire international (FMI), elle a été créée en 1944 à la conférence de Bretton Woods aux Etats-Unis. Depuis, elle a financé plus de 12.000 projets de développement via des prêts, des crédits sans intérêts et des dons.

Elle compte aujourd'hui 189 Etats membres et plus de 10.000 collaborateurs dans le monde entier. Son siège est à Washington, à deux pas de celui du FMI, et elle dispose de plus de 130 antennes à travers le monde.

Au fil du temps, la Banque mondiale (BM) est passée d'une seule institution internationale à un groupe désormais composé de cinq entités. Les plus importantes sont la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) et l'Association internationale de développement (IDA), qui oeuvrent toutes deux auprès des pouvoirs publics.

La première prête aux pays à revenu intermédiaire et aux pays pauvres solvables. La seconde accorde des prêts ou crédits sans intérêts et des dons aux pays les plus pauvres.

Pour l'année fiscale 2018, la BIRD avait un encours de prêts total de 183,58 milliards de dollars. Les pays lui ayant le plus emprunté l'an passé sont l'Inde (3,45 milliards), l'Egypte (2,18 milliards), l'Indonésie (1,8 milliard), la Chine (1,78 milliard) et la Turquie (1,4 milliard).

Dans le même temps, ceux ayant le plus emprunté à l'IDA ont été l'Ethiopie (3,12 milliards de dollars), le Bangladesh (2,99 milliards), le Nigeria (2,58 milliards), le Pakistan (1,94 milliard) et le Kenya (1,28 milliard).

S'y ajoutent trois entités travaillant avec le secteur privé:

- la Société financière internationale (IFC), qui propose des financements pour stimuler l'investissement privé dans les pays en développement;

- l'Agence multilatérale de garantie des investissements (Miga), qui offre aux investisseurs des garanties contre les pertes associées aux risques non commerciaux dans les pays en développement;

- le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), qui propose des mécanismes internationaux de conciliation et d'arbitrage des différends liés aux investissements.

La Banque mondiale se présente elle-même comme "une coopérative, dans laquelle les actionnaires sont ses 189 pays membres".

"Ces actionnaires sont représentés par un Conseil des gouverneurs, qui est l'organe de décision suprême" de l'institution. Les gouverneurs sont en général les ministres des Finances ou du Développement des pays membres.

Au Conseil, les Etats-Unis détiennent le plus de droits de vote. Les Européens pèsent fortement aussi.

La Banque mondiale fait l'objet de critiques récurrentes pour son fonctionnement bureaucratique.

L'administration de Donald Trump a dénoncé en 2018 l'anomalie qui selon elle permet à la deuxième économie mondiale, la Chine, de bénéficier de programmes de l'institution. Le Trésor américain a estimé que Pékin ne devait plus bénéficier de ce soutien.

En avril 2018, les pays membres de la Banque mondiale ont approuvé une augmentation de capital de 13 milliards de dollars pour financer les pays les plus pauvres, grâce à un revirement des Etats-Unis qui s'y étaient jusqu'alors opposés.

L'institution, dont la vocation est de réduire la pauvreté dans le monde, doit ouvrir officiellement jeudi le processus de dépôt de candidatures. Il durera jusqu'au 14 mars, pour une annonce prévue avant mi-avril.Elle attend de la part des prétendants à la succession de Jim Yong Kim, Américain d'origine sud-coréenne qui a démissionné quatre ans avant la fin de son mandat, une solide expérience de direction d'une grande organisation internationale, le sens de la diplomatie et de l'impartialité.Depuis sa création en 1944, un Américain a toujours été nommé à la tête de la Banque mondiale et un Européen à la direction du Fonds monétaire international (FMI). Mais ce partage des rôles est de plus en plus contesté par les pays émergents."Cette fois-ci, toute la question est de savoir si les Européens --qui ne veulent pas d'un pro-Trump-- sont prêts à ne pas soutenir le candidat américain et donc à rebattre les cartes en prenant le risque de perdre la direction du FMI quand Christine Lagarde s'en ira", résume une source européenne.Simon Johnson, ancien chef économiste du FMI, doute que les Européens soient prêts à prendre un tel risque. "Ils ont toujours besoin" du FMI, estime-t-il, soulignant que ces pays ne sont pas à l'abri d'une nouvelle crise économique.Il argue en outre qu'ils sont d'autant plus disposés à faire des concessions sur la présidence de la Banque mondiale que le poste est bien moins influent que celui de directeur général du FMI.Les pays en voie de développement semblent avancer en ordre dispersé."Il y a six ou huit ans, ils apparaissaient davantage comme un bloc cohérent", souligne M. Johnson. Pourtant, il voit des pays qui auraient des candidats de qualité, à l'instar de l'Inde, avec l'économiste et homme d'affaires Raghuram Rajan, ancien directeur de la banque centrale.Un autre nom est régulièrement cité par des experts: celui de l'Indonésienne Sri Mulyani Indrawati, directrice générale de la Banque mondiale chargée des opérations. Cette ancienne ministre des Finances est très populaire."Je pense que tout va dépendre du candidat américain, s'il s'agit d'une personne connue pour son hostilité envers l'institution ou s'il s'agit de quelqu'un qui dispose d'un CV crédible", estime Mark Sobel, ancien responsable du Trésor.Tous les yeux sont rivés vers l'administration Trump, très critique envers l'institution, qui doit révéler prochainement son poulain.La Maison Blanche dénonce en particulier le fait que la Chine bénéficie de programmes de l'institution alors qu'elle est la deuxième économie mondiale.C'est la fille et conseillère de Donald Trump, Ivanka, qui supervise le processus de sélection, aux côtés du secrétaire au Trésor Steven Mnuchin ainsi que du directeur du budget à la Maison Blanche Mick Mulvaney.L'agence de presse Bloomberg voit David Malpass, sous-secrétaire pour les Affaires internationales du ministère du Trésor, comme le candidat privilégié par Donald Trump. Une information qui n'a pas été confirmée par la Maison Blanche."David Malpass serait un désastre, un choix toxique", a tweeté Tony Fratto, ancien responsable au Trésor sous George W. Bush."Ce n'est pas le candidat préféré des Européens", souligne plus sobrement la source européenne, relevant que la présence d'Ivanka Trump dans le comité de sélection "n'est pas une mauvaise chose" car elle est considérée comme une voix modérée de l'administration américaine, une de celles écoutées par son père.En outre, elle bénéficie d'un certain crédit auprès de la Banque mondiale: elle s'était directement impliquée en 2017 dans le lancement par l'institution d'un fonds pour favoriser la création d'entreprises par des femmes dans les pays en voie de développement. Mohamed El-Erian, chef économiste du groupe européen d'assurances Allianz qui a été auditionné la semaine dernière, pourrait faire consensus. Cet économiste respecté a trois nationalités: américaine, égyptienne et française.Le quotidien des affaires Wall Street Journal a évoqué la piste de l'ancienne patronne de PepsiCo Indra Nooyi, d'origine indienne. Mais son passé de chef d'entreprise fait redouter une politique de coupes drastiques. Et son intérêt pour un tel poste n'a pas été confirmé.