On recense désormais 74 fonctions critiques et 59 métiers en pénurie. Parmi eux, des informaticiens, des infirmiers et même des médecins généralistes. Mais aussi des cuisiniers, des boulangers, des conducteurs d'engin de chantier, des ouvriers de travaux publics, des télévendeurs, etc. Soit des métiers qui ne nécessitent pas une formation de longue durée et sont a priori accessibles.
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On recense désormais 74 fonctions critiques et 59 métiers en pénurie. Parmi eux, des informaticiens, des infirmiers et même des médecins généralistes. Mais aussi des cuisiniers, des boulangers, des conducteurs d'engin de chantier, des ouvriers de travaux publics, des télévendeurs, etc. Soit des métiers qui ne nécessitent pas une formation de longue durée et sont a priori accessibles. Pourquoi diable ne parvient-on pas à amener les demandeurs d'emploi vers ces métiers en pénurie ? L'accord de gouvernement régional prévoit " un ciblage " des formations vers les métiers en demande ou en pénurie (ainsi que sur les métiers d'avenir, qu'il ne faut évidemment pas négliger). Mais cet engagement semble, hélas, demeurer très théorique. Comme si cela n'intéressait personne. Même le bureau PwC ne s'y attarde pas dans son évaluation pourtant assez cinglante de l'exécution du contrat de gestion 2012-2016 (aucun chiffre, aucune recommandation spécifique). Et dans le tout nouveau contrat de gestion du Forem, signé cette semaine, on ne trouve que des allusions très générales à ces métiers en demande. S'il n'y avait qu'une seule priorité, ce devrait pourtant être celle-là : aider la main-d'oeuvre disponible à atteindre les compétences pour assumer les emplois disponibles ici et maintenant, les emplois dont les entreprises ont besoin. Quand on le fait, ça marche. Le taux de réinsertion après une formation spécifique atteint les 100 %, oui les 100 % pour les cuisiniers et les mécaniciens de maintenance, et dépasse les 90 % pour les télévendeurs, les 75 % pour les ouvriers en travaux publics, etc. C'est pourquoi le MR a déposé une proposition au Parlement wallon, visant à obliger les accompagnateurs du Forem à proposer aux demandeurs d'emploi peu qualifiés une formation à l'un des métiers en pénurie. Quelles sont les objections à cette idée, a priori frappée du sceau du bon sens ? Le manque de compétences de certains demandeurs d'emploi, qu'il faut parfois d'abord alphabétiser ; la variété géographique des pénuries ; la liberté de choix de tout individu. " Croyez-vous que nous aurons une économie efficace si les gens ne font pas un métier qui leur convient et dans lequel ils s'épanouissent ? , répondait le ministre-président Paul Magnette en janvier dans nos colonnes. Croyez-vous que les travailleurs seront productifs s'ils exercent un métier à contre-coeur ? " L'argument est pertinent. Mais il mérite d'être mis en balance avec cette spécificité belge du chômage à durée indéterminée. Après un temps donné (six mois, un an, deux ans) serait-il vraiment inconvenant de lier le maintien des allocations à une orientation vers les métiers dont la société a besoin ? Ce débat est plus largement lié à celui des formations professionnelles. Alors que la Wallonie souffre d'un chômage de longue durée de personnes peu qualifiées, le nombre d'heures de formation suivies par les demandeurs d'emploi a diminué de 9 % en 2015. A peine un demandeur d'emploi sur trois bénéficiant d'un plan d'accompagnement par le Forem a suivi une formation. Est-ce cela qu'on attend de la part d'un organisme qui gère 2 milliards d'euros (le plus gros poste du budget wallon ! ) ? Les entreprises, partenaires du Forem, ont aussi un rôle à jouer en ce domaine en proposant des formations sur le terrain, ce qui permet de " tester " les éventuels futurs collaborateurs. Malheureusement, le nombre d'heures de stage a aussi diminué de 4 % entre 2012 et 2015. On vous a gardé la meilleure pour la fin : le Forem lui-même peine à recruter des conseillers-référents, ces éléments pourtant indispensables pour sa mission centrale d'accompagnement des demandeurs d'emploi.