Le débat actuel sur le pouvoir d'achat serait-il largement importé de France ? L'analyse de trois économistes de la KU Leuven (André Decoster, Toon Vanheukelom et Gerlinde Verbist) tend à confirmer cette hypothèse. Ils affirment en effet que, sur la période 2014-2020, le pouvoir d'achat des Belges aura augmenté de 5,2%, un chiffre largement supérieur à celui constaté sous les gouvernements Dehaene, Verhofstadt, Leterme et Di Rupo.
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Le débat actuel sur le pouvoir d'achat serait-il largement importé de France ? L'analyse de trois économistes de la KU Leuven (André Decoster, Toon Vanheukelom et Gerlinde Verbist) tend à confirmer cette hypothèse. Ils affirment en effet que, sur la période 2014-2020, le pouvoir d'achat des Belges aura augmenté de 5,2%, un chiffre largement supérieur à celui constaté sous les gouvernements Dehaene, Verhofstadt, Leterme et Di Rupo. Cette progression s'explique essentiellement par les allègements à l'impôt des personnes physiques et, dans une moindre mesure, par des améliorations sociales, en particulier la revalorisation des pensions les plus basses. Une autre étude de Deloitte, qui compare l'évolution salariale en Europe, évoque même une progression de... 20% du salaire net pour un travailleur avec deux enfants à charge et qui gagne 25.000 euros brut par an. Ces conclusions contrastent avec les déclarations alarmistes de l'opposition et des syndicats. Y aurait-il donc de la mauvaise foi dans l'air ? Pas forcément car ces études parlent de " moyennes ". Des moyennes dans le temps d'abord : l'étude de la KU Leuven s'étend jusqu'en 2020. Or, ce n'est que maintenant que les mesures fiscales du tax shift vont jouer à plein avec le relèvement de la quotité exemptée d'impôt et la suppression de la tranche d'imposition à 30%. En d'autres termes, les bonnes nouvelles vont seulement arriver alors que la mauvaise - le saut d'index - est, elle, effective depuis 2015, donnant ainsi un signal de compression du pouvoir d'achat, signal durablement ancré dans les esprits. L'évolution du revenu disponible des ménages semble confirmer ce décalage dans le temps : après une croissance molle de 0,4% sur la période 2008-2016, le revenu disponible devrait augmenter de 1,8% cette année et de 1,9% l'an prochain, selon les perspectives du Bureau du Plan. Revenons à nos moyennes. Elles peuvent aussi être décortiquées selon les niveaux de revenus. Les économistes de la KU Leuven montrent ainsi que le pouvoir d'achat a progressé bien plus vigoureusement pour les ménages situés entre le cinquième et le neuvième décile de revenus. Parce que la réforme fiscale leur est plus favorable et parce que la hausse des accises et de la TVA sur l'électricité pèse proportionnellement moins sur leur revenu disponible. Cette inégalité dans les déciles provient du choix revendiqué par le gouvernement de favoriser fiscalement les personnes qui travaillent. Cela se traduit dans " l'indicateur de participation " : plus il est élevé, moins vous avez un intérêt financier à travailler. Depuis 2014, cet indicateur a chuté de 77 à 70% pour les plus bas salaires. Cette mesure, combinée aux réductions de cotisations sociales, a contribué à la création de quelque 100.000 emplois en deux ans, toujours selon les chiffres du Bureau du Plan.