Communiquée sobrement par le géant gazier Gazprom, l'annonce a un goût de triomphe pour la Russie, les tensions diplomatiques engendrées par ce projet à 10 milliards d'euros ayant un temps été si fortes que certains pensaient qu'il ne verrait jamais le jour.

Pour ses détracteurs, en Europe comme aux Etats-Unis, le gazoduc va renforcer durablement la dépendance européenne aux hydrocarbures russes et constitue une trahison des intérêts de l'Ukraine, un allié occidental face à Moscou.

Vendredi, la présidence ukrainienne s'est empressée de proclamer que "l'Ukraine allait se battre contre ce projet politique russe jusqu'à son achèvement, après celui-ci et même après le commencement des livraisons". "Nous continuons à nous opposer à ce gazoduc en tant que projet géopolitique russe", a aussi dit à la presse une porte-parole de la diplomatie américaine, Jalina Porter, sans toutefois dire comment.

Tandis que la porte-parole de la diplomatie russe Maria Zakharova a salué "l'une des plus grands constructions énergétiques au monde", le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, lui a appelé à sa mise en service "au plus vite".

Selon Nord Stream 2, qui a diffusé des images montrant les tous derniers raccords, les premiers approvisionnements pourraient intervenir avant la fin de l'année. Le tube doit doubler les livraisons de gaz russe vers l'Allemagne et s'achève à un moment où les prix du gaz en Europe atteignent des records face à des stocks bas avant l'hiver. Il se heurte néanmoins à de nouvelles règles de l'UE sur le transport du gaz, contre lesquelles Gazprom a lancé des recours.

Selon Dmitri Marintchenko, de l'agence de notation Fitch, Gazprom n'a pas augmenté dernièrement ses livraisons malgré cette forte demande européenne. Un moyen sans doute, estime l'analyste, de faire pression et "montrer que l'Europe sera confrontée à un marché du gaz plus restreint sans Nord Stream 2."

Pendant des années, le projet a opposé Washington et Berlin mais aussi les Européens entre eux, ainsi que la Russie et l'Ukraine. Finalement, un surprenant revirement de Washington, après l'arrivée au pouvoir de Joe Biden, a permis l'élaboration d'un compromis germano-américain pour clore le litige.

Un des aspects les plus controversés de Nord Stream 2 est qu'en contournant la voie de livraison traditionnelle via l'Ukraine, il va priver cette dernière d'environ un milliard d'euros par an de frais de transit. Le Bélarus, la Slovaquie, la Pologne et la République tchèque pourraient également perdre de l'argent.

Kiev craint également que cela ne la rende plus vulnérable vis-à-vis de Moscou en lui ôtant un important levier d'influence.

Arme géopolitique

Critiquée sur ce dossier, la chancelière allemande Angela Merkel a souligné fin août en Ukraine que Berlin fera tout pour faire prolonger le contrat de transit russo-ukrainien expirant en 2024 et a soutenu que le gaz ne devait être utilisé par Moscou comme "une arme". Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a toutefois considéré Nord Stream 2 comme une "arme géopolitique dangereuse".

Exploité par Gazprom, le projet a été cofinancé par cinq groupes énergétiques européens (OMV, Engie, Wintershall Dea, Uniper, Shell). L'Allemagne, son principal promoteur en Europe, le présente comme un gazoduc nécessaire pour accomplir sa transition énergétique et pérenniser les livraisons à toute l'Europe.

Washington le voit d'un mauvais oeil, considérant qu'il renforce les intérêts russes, alors que les Américains veulent aussi vendre aux Européens leur gaz de schiste.

L'UE est elle divisée. La Pologne ou les pays Baltes s'inquiètent de voir les Européens plier devant les ambitions russes.

Sous la présidence de Donald Trump, les Etats-Unis avaient adopté en 2019 une loi imposant des sanctions contre les entreprises impliquées dans sa construction. Entamé en avril 2018, le chantier a, de ce fait, été interrompu en décembre 2019 alors qu'il ne restait que 150 kilomètres à poser, avant de reprendre un an plus tard. Joe Biden a renoncé à le bloquer, estimant qu'il valait mieux miser sur l'alliance avec l'Allemagne, dont Washington souhaite s'assurer la coopération dans d'autres dossiers.

Communiquée sobrement par le géant gazier Gazprom, l'annonce a un goût de triomphe pour la Russie, les tensions diplomatiques engendrées par ce projet à 10 milliards d'euros ayant un temps été si fortes que certains pensaient qu'il ne verrait jamais le jour. Pour ses détracteurs, en Europe comme aux Etats-Unis, le gazoduc va renforcer durablement la dépendance européenne aux hydrocarbures russes et constitue une trahison des intérêts de l'Ukraine, un allié occidental face à Moscou.Vendredi, la présidence ukrainienne s'est empressée de proclamer que "l'Ukraine allait se battre contre ce projet politique russe jusqu'à son achèvement, après celui-ci et même après le commencement des livraisons". "Nous continuons à nous opposer à ce gazoduc en tant que projet géopolitique russe", a aussi dit à la presse une porte-parole de la diplomatie américaine, Jalina Porter, sans toutefois dire comment.Tandis que la porte-parole de la diplomatie russe Maria Zakharova a salué "l'une des plus grands constructions énergétiques au monde", le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, lui a appelé à sa mise en service "au plus vite".Selon Nord Stream 2, qui a diffusé des images montrant les tous derniers raccords, les premiers approvisionnements pourraient intervenir avant la fin de l'année. Le tube doit doubler les livraisons de gaz russe vers l'Allemagne et s'achève à un moment où les prix du gaz en Europe atteignent des records face à des stocks bas avant l'hiver. Il se heurte néanmoins à de nouvelles règles de l'UE sur le transport du gaz, contre lesquelles Gazprom a lancé des recours.Selon Dmitri Marintchenko, de l'agence de notation Fitch, Gazprom n'a pas augmenté dernièrement ses livraisons malgré cette forte demande européenne. Un moyen sans doute, estime l'analyste, de faire pression et "montrer que l'Europe sera confrontée à un marché du gaz plus restreint sans Nord Stream 2."Pendant des années, le projet a opposé Washington et Berlin mais aussi les Européens entre eux, ainsi que la Russie et l'Ukraine. Finalement, un surprenant revirement de Washington, après l'arrivée au pouvoir de Joe Biden, a permis l'élaboration d'un compromis germano-américain pour clore le litige.Un des aspects les plus controversés de Nord Stream 2 est qu'en contournant la voie de livraison traditionnelle via l'Ukraine, il va priver cette dernière d'environ un milliard d'euros par an de frais de transit. Le Bélarus, la Slovaquie, la Pologne et la République tchèque pourraient également perdre de l'argent. Kiev craint également que cela ne la rende plus vulnérable vis-à-vis de Moscou en lui ôtant un important levier d'influence.Critiquée sur ce dossier, la chancelière allemande Angela Merkel a souligné fin août en Ukraine que Berlin fera tout pour faire prolonger le contrat de transit russo-ukrainien expirant en 2024 et a soutenu que le gaz ne devait être utilisé par Moscou comme "une arme". Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a toutefois considéré Nord Stream 2 comme une "arme géopolitique dangereuse".Exploité par Gazprom, le projet a été cofinancé par cinq groupes énergétiques européens (OMV, Engie, Wintershall Dea, Uniper, Shell). L'Allemagne, son principal promoteur en Europe, le présente comme un gazoduc nécessaire pour accomplir sa transition énergétique et pérenniser les livraisons à toute l'Europe.Washington le voit d'un mauvais oeil, considérant qu'il renforce les intérêts russes, alors que les Américains veulent aussi vendre aux Européens leur gaz de schiste. L'UE est elle divisée. La Pologne ou les pays Baltes s'inquiètent de voir les Européens plier devant les ambitions russes. Sous la présidence de Donald Trump, les Etats-Unis avaient adopté en 2019 une loi imposant des sanctions contre les entreprises impliquées dans sa construction. Entamé en avril 2018, le chantier a, de ce fait, été interrompu en décembre 2019 alors qu'il ne restait que 150 kilomètres à poser, avant de reprendre un an plus tard. Joe Biden a renoncé à le bloquer, estimant qu'il valait mieux miser sur l'alliance avec l'Allemagne, dont Washington souhaite s'assurer la coopération dans d'autres dossiers.