Personne ne sait aujourd'hui si Armand De Decker est coupable ou innocent de ce qui lui est reproché. Il est inculpé, ce qui, en droit, signifie qu'on mène une enquête sur lui, personnellement, et qu'il dispose de certains droits pour se défendre. Cela suffit à son président de parti pour exiger d'un homme au service de ce même parti depuis 40 ans, qu'il abandonne tous ses mandats, c'est-à-dire qu'il subisse une interdiction professionnelle. Ledit président fait ainsi semblant d'ignorer que l'inculpation n'est ni une condamnation, ni même une accusation, et que dans notre système judiciaire, certes imparfait, elle est décidée par un juge instructeur de manière unilatérale, sans aucune audience permettant de se défendre, et même sans nécessairement avoir dû entendre la personne inculpée. La politique est certainement le seul métier où l'on peut se retrouver, d...

Personne ne sait aujourd'hui si Armand De Decker est coupable ou innocent de ce qui lui est reproché. Il est inculpé, ce qui, en droit, signifie qu'on mène une enquête sur lui, personnellement, et qu'il dispose de certains droits pour se défendre. Cela suffit à son président de parti pour exiger d'un homme au service de ce même parti depuis 40 ans, qu'il abandonne tous ses mandats, c'est-à-dire qu'il subisse une interdiction professionnelle. Ledit président fait ainsi semblant d'ignorer que l'inculpation n'est ni une condamnation, ni même une accusation, et que dans notre système judiciaire, certes imparfait, elle est décidée par un juge instructeur de manière unilatérale, sans aucune audience permettant de se défendre, et même sans nécessairement avoir dû entendre la personne inculpée. La politique est certainement le seul métier où l'on peut se retrouver, du jour au lendemain, à la fois privé de son travail et mis dans l'impossibilité d'en trouver un autre dans le même secteur. Lorsqu'Yvan Mayeur, ancien bourgmestre de Bruxelles, se plaint d'une situation comparable dans une interview, il ne recueille, de la part des médias, que des sarcasmes réservés, même pas aux condamnés, mais aux vaincus. Personne ne l'écoute lorsqu'il dit, de manière assez raisonnable, que les quelques centaines d'euros mensuels perçus par lui d'un organisme social, ont correspondu à un travail effectif et que la gestion d'un tel organisme doit être confiée à des professionnels, dûment rémunérés. On aurait parfaitement compris qu'il dût quitter son poste en raison de sa politique très impopulaire, et notamment de son fameux piétonnier qui a acculé un tas de commerçants à la ruine. Mais non, aujourd'hui, un homme politique disparaît de la scène, non pas en raison de choix réprouvés par ses électeurs, mais d'accusations non jugées, proférées suite à des fuites, parfois savamment calculées, et qui profitent toujours à quelqu'un. Lorsqu'il s'avère que les accusations étaient juridiquement mal fondées, cela semble ne plus intéresser personne, et en particulier ne pas émouvoir les médias eux-mêmes qui ont provoqué la chute du politicien en question. Il fallait être particulièrement attentif, ces derniers jours, pour apprendre, au fond des pages intérieures des journaux, que Didier Donfut, après avoir été acquitté en première instance, l'a encore été, définitivement cette fois, en appel. Il y a quelques années, l'opinion, les journaux et son propre parti le classaient parmi les " parvenus " et il était devenu infréquentable, sans que cela ait été décidé ni par les juges, ni par les électeurs, qui, dans le domaine politique, devraient être les seuls à évincer ou non leurs mandataires de leurs fonctions. Tout cela se fait au mépris de la présomption d'innocence, alors même que des décisions judiciaires ultérieures montrent qu'on aurait précisément mieux fait de croire en l'innocence des personnes simplement inculpées, ou même vaguement accusées par quelques organes de presse ou la vox populi, sans faire l'objet d'aucune enquête judiciaire. Pourtant, cette présomption d'innocence est un des droits les plus importants de la personne humaine, et elle seule confère une légitimité à l'appareil judiciaire. Des présidents de partis, qui ont acquis pratiquement un droit de vie ou de mort sur leurs troupes, devraient s'en souvenir. Ils doivent aussi se rendre compte que de telles situations détournent de la politique ceux qui pourraient être les plus talentueux. Personne n'apprécie d'être jugé par l'opinion sans avoir eu le moindre droit de se défendre, et sans être même écouté, de pouvoir perdre son métier à tout moment pour une accusation quelconque souvent instiguée par des " amis " de son propre parti, et d'être présenté à tout le monde, là encore sans recours, comme un pourri, un vendu ou un parvenu. Si l'on dégoûte les meilleurs, il ne restera plus que les plus mauvais. Ceux qui chercheront toujours à marcher dans le sens de ceux qui ont le pouvoir, sans faire d'ombre à personne, sans initiative prêtant à controverse, bien lisses pour ne donner prise à aucune attaque. Il restera les médiocres, les bureaucrates, les apparatchiks, les inutiles. Sans défauts et sans qualités.