La perspective de la sortie rapide de la Grande-Bretagne, combinée aux tensions commerciales internationales, "nous donne des maux de tête", a averti la chancelière allemande lors d'une conférence sur l'aéronautique à Leipzig, alors que l'économie allemande, comme celle de toute l'Europe, traverse un trou d'air.

"C'est la raison pour laquelle je vais naturellement discuter aujourd'hui avec le Premier ministre britannique, qui me rend visite, des moyens d'avoir une sortie du Royaume-Uni sans trop de frictions, car nous devons nous battre pour notre croissance économique", a-t-elle dit.

Le successeur de Theresa May est attendu vers 16H00 GMT à Berlin, où il recevra les honneurs militaires avant de s'entretenir avec Angela Merkel. Les experts redoutent qu'un Brexit "dur", avec le retour abrupt notamment des contrôles des marchandises et personnes aux frontières entre la Grande-Bretagne et l'UE, n'entraîne des pénuries et ne pèse sur les échanges commerciaux et la croissance dans tout le continent.

Jeudi, "BoJo", qui effectue cette semaine ses premiers déplacements à l'étranger en tant que de gouvernement, sera reçu à l'Elysée par Emmanuel Macron, tenant d'une ligne encore plus dure que la chancelière dans ce dossier empoisonné.

Cette séquence diplomatique se conclura à Biarritz dans le sud-ouest de la France par la première participation du dirigeant conservateur à un sommet du G7, marquée en particulier par un entretien avec Donald Trump, fervent partisan d'un Brexit sans concession.

- Trump "impatient" -

Le président américain s'est dit "impatient" de rencontrer celui que certains surnomment le "Trump britannique". Il devrait lui accorder sa première entrevue bilatérale et lui faire miroiter une fois de plus un alléchant accord commercial bilatéral.

Les entretiens avec Mme Merkel et M. Macron s'annoncent plus crispés, tant est large le fossé sur le Brexit entre les deux dirigeants européens et celui qui veut à tout prix faire sortir son pays de l'Union européenne.

"Nous allons quitter l'UE le 31 octobre et faire de ce pays l'endroit où il fait le mieux vivre au monde", a promis mercredi M. Johnson dans un tweet aux accents trumpiens, accompagné d'une vidéo intitulée "Ma vision pour la Grande-Bretagne".

Au coeur des discussions de Berlin: les nouvelles propositions de M. Johnson pour tenter d'éviter une sortie "dure". Mais qui sont déjà rejetées par les Européens.

M. Johnson a réaffirmé lundi son opposition à la disposition controversée sur l'Irlande, dite "backstop", ou filet de sécurité. Elle est contenue dans l'accord de retrait de l'UE conclu par le précédent gouvernement de Mme May.

Ce dispositif prévoit que, faute de meilleure solution à l'issue d'une période transitoire, et pour éviter le retour d'une frontière entre la province britannique d'Irlande du Nord et la République d'Irlande, le Royaume-Uni tout entier reste dans un "territoire douanier unique" avec l'UE. Ce que les Brexiters excluent.

Le président du Conseil européen Donald Tusk a toutefois adressé une fin de non recevoir immédiate. "Ceux qui sont contre le +backstop+ et qui ne proposent pas d'alternatives réalistes sont en réalité favorables au rétablissement d'une frontière", a-t-il répondu.

- "Farce" -

Mme Merkel a elle aussi expliqué, lors d'un déplacement en Islande mardi, que l'UE était certes "disposée" à tenter de trouver des "solutions concrètes" pour éviter le "backstop" mais sans renégocier l'accord.

Ces premières visites à l'étranger du nouveau Premier ministre doivent aussi lui permettre, relève la presse allemande, de s'adresser aux électeurs britanniques.

La majorité du dirigeant conservateur ne tient qu'à une voix et le Labour de Jeremy Corbyn se tient en embuscade pour faire tomber le gouvernement.

"Les Britanniques sont censés avoir le sentiment que l'absence d'accord est un moindre mal par rapport au fait que Londres cède à Bruxelles", décrypte mercredi le quotidien Süddeutsche Zeitung, convaincu que "l'+offre+ à Bruxelles était une farce" et que "BoJo" se "dirige" vers une sortie sans accord.