Et ils en ont tiré les leçons : la Banque nationale vient d'annoncer que cette " vigoureuse " croissance de l'emploi se prolongera les deux prochaines années, avec 120.000 emplois supplémentaires attendus, et personne n'a sauté de joie. Personne n'a envoyé de communiqué triomphant.
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Et ils en ont tiré les leçons : la Banque nationale vient d'annoncer que cette " vigoureuse " croissance de l'emploi se prolongera les deux prochaines années, avec 120.000 emplois supplémentaires attendus, et personne n'a sauté de joie. Personne n'a envoyé de communiqué triomphant. En revanche, tout le sérail politique retient un autre passage des perspectives de printemps de la BNB : celui qui concerne le déficit budgétaire. Le solde de financement, qui avait été ramené à 0,7% du PIB en 2017, avant de se dégrader en fin de législature, poursuivrait sa dégringolade pour atteindre les 2,1% du PIB en 2021. Conséquence : pour respecter la trajectoire de retour à l'équilibre, il faudrait retrouver la bagatelle de 11 milliards d'euros en deux ans. Rien de neuf sous le soleil, cela faisait des mois que la Banque nationale, le Bureau du plan et la Commission européenne pointaient la dégradation des finances publiques belges. Le gouvernement bottait en touche et l'opposition n'en faisait pas trop, soucieuse de ne pas gommer d'autorité toutes les marges budgétaires nécessaires à la réalisation de l'une ou l'autre promesse électorale. Longtemps, la Belgique a vécu sous le mythe de la relance de l'emploi. Les dernières perspectives budgétaires semblent nous indiquer aujourd'hui que les créations d'emplois ne suffisent pas à combler les déficits publics. Certes, l'Etat réduit ses dépenses de chômage et augmente ses recettes fiscales (impôts sur le revenu et la consommation), mais cela reste dramatiquement insuffisant pour rééquilibrer les comptes. Le mal budgétaire belge est plus profond qu'on ne le pensait. Il semble en particulier que le coût des pensions n'ait pas été suffisamment anticipé. Retrouver 11 milliards dans le budget de l'Etat est un effort " tout à fait réalisable ", estime la BNB, mais il implique de poser des choix politiques. Et de ne pas trop traîner, histoire de pouvoir infléchir les trajectoires esquissées " à politiques inchangées ". Le duo d'informateurs Didier Reynders et Johan Vande Lanotte a bien rappelé que la Belgique ne pouvait pas se permettre de longs mois de vacance du pouvoir comme en 2010. Notamment parce que, contrairement à la situation de l'époque, le gouvernement sortant ne dispose plus d'une majorité parlementaire. Jusqu'à présent, les partis ont pris soin de ne prendre aucune initiative régionale susceptible de compliquer plus encore la situation fédérale. L'expérience de la législature écoulée a montré qu'il était préférable de bâtir des majorités les plus cohérentes possibles entre les différents niveaux de pouvoir. Les balises ont été posées dès le soir des élections ou presque. Avec d'une part Bart De Wever déclarant que le prochain exécutif fédéral devrait impérativement disposer d'une majorité dans le rôle linguistique flamand, ce qui signifie mathématiquement l'appui de la N-VA. Et d'autre part Elio Di Rupo confiant son souhait de réunir une large majorité avec les quatre familles politiques, contournant donc les nationalistes. Le dilemme n'a pas bougé depuis. Mais il ne pourra s'éterniser. On notera que les très discrets informateurs royaux ont pris le soin de préciser qu'ils avaient ouvert leur mission en recevant le climatologue Jean-Pascal van Ypersele et que celui-ci a rendu publiques ses recommandations au prochain gouvernement. Difficile de ne pas y voir un appel du pied aux écologistes ou, à tout le moins, une invitation à ne pas refermer prématurément des possibilités d'alliance après une campagne durant laquelle libéraux et écologistes ne se sont pas épargnés.