On ironise volontiers sur le manque d'ambition de la Wallonie. Alors, ne boudons pas notre plaisir de voir aujourd'hui le gouvernement régional viser rien de moins que de prendre la place de... la Chine. Pas de toute la Chine, rassurez-vous, mais de sa place centrale sur le marché du recyclage des plastiques usagés. Actuellement, à peine un tiers des plastiques sont recyclés. Et quand ils le sont, cela se passe principalement hors d'Europe, surtout en Chine. Cette dernière en a assez d'être " la poubelle du monde " et a annoncé l'arrêt des importations de plusieurs types de déchets, dont les pl...

On ironise volontiers sur le manque d'ambition de la Wallonie. Alors, ne boudons pas notre plaisir de voir aujourd'hui le gouvernement régional viser rien de moins que de prendre la place de... la Chine. Pas de toute la Chine, rassurez-vous, mais de sa place centrale sur le marché du recyclage des plastiques usagés. Actuellement, à peine un tiers des plastiques sont recyclés. Et quand ils le sont, cela se passe principalement hors d'Europe, surtout en Chine. Cette dernière en a assez d'être " la poubelle du monde " et a annoncé l'arrêt des importations de plusieurs types de déchets, dont les plastiques. Au même moment, l'Europe décide d'imposer la généralisation du plastique recyclable pour 2030. Bref, il y a un marché à prendre. Rapatrier l'activité chez nous pourrait générer 350 emplois directs et autant d'emplois indirects, estiment les ministres de l'Economie et de l'Environnement Pierre-Yves Jeholet (MR) et Carlo Di Antonio (cdH), associés dans ce projet d'économie circulaire. Utopique ? " Non, car le projet wallon a l'intelligence d'aller plus loin que la collecte et le recyclage et d'envisager, dès le départ, la filière en aval pour utiliser les matériaux recyclés, répond Cédric Slegers, en charge des dossiers économiques chez Go4circle, la fédération de l'économie circulaire. Cela reste, certes, un pari ambitieux mais quand on a lancé Recupel il y a une vingtaine d'années, qui osait parier que la filière allait se développer, que des usines allaient se créer ? " La Wallonie dispose d'atouts réels avec, d'une part, d'intéressantes réserves foncières, et d'autre part, déjà la présence d'entreprises dans ce secteur, comme Ravago (Virton) ou le projet en cours pour le traitement des plastiques à Ghlin-Baudour mené par Suez et l'intercommunale Idea. A terme, quelque 200.000 tonnes de déchets plastiques pourraient être recyclées en Wallonie, de préférence dans plusieurs petites unités, correspondant aux différents types de plastique. Le gouvernement wallon, qui a consulté tous azimuts ces derniers mois, place maintenant la balle dans le camp des industriels : à eux d'imaginer des projets innovants afin de concrétiser cette ambition. " Ils y réfléchissent depuis un certain temps et je pense vraiment que des projets surprenants, par exemple dans la construction ou l'automobile, sortiront de l'appel d'offres lancé par le gouvernement wallon ", confie Cédric Slegers. Les pouvoirs publics sont prêts à injecter jusqu'à 75 millions d'euros dans l'aventure pour prendre des participations (on parle bien de co-investissements, pas de subsides ! ) dans les sociétés qui se créeront dans ce segment d'activité. Tout cela doit être bouclé dans les deux ans, faute de quoi d'autres acteurs seront venus sur le marché. Quand on connaît la capacité d'enlisement dans les méandres administratifs, c'est un défi dans le défi pour l'économie wallonne.