Alors bien sûr, soyons prudents : Emmanuel Macron, le patron d'En Marche !, est donné gagnant dans les sondages, mais on attendra le verdict des urnes avant de saluer sa victoire. Cependant, sa première place obtenue dimanche dernier à l'issue du premier tour de ces élections atypiques est déjà pleine d'enseignements.
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Alors bien sûr, soyons prudents : Emmanuel Macron, le patron d'En Marche !, est donné gagnant dans les sondages, mais on attendra le verdict des urnes avant de saluer sa victoire. Cependant, sa première place obtenue dimanche dernier à l'issue du premier tour de ces élections atypiques est déjà pleine d'enseignements. Charisme, jeunesse, espoir d'une génération voulant briser l'ancien establishment et de redonner un coup de fouet à l'économie, ouverture aux nouvelles technologies : beaucoup d'éléments - jusqu'aux images du candidat saluant la foule - rappellent chez Emmanuel Macron le phénomène JFK un demi-siècle plus tôt. La presse, surtout internationale, a très vite perçu le rapprochement : la France tient là une personnalité qui peut lui faire connaître la révolution dont elle rêve. Car ces élections ont montré que le pays veut sortir du marasme. La France déprime ? Oui. C'est frappant pour tous ceux qui vivent dans l'Hexagone. Mais une partie des électeurs a clamé dimanche qu'elle en avait assez de ce pessimisme général. Ces électeurs sont prêts à nommer à la tête de la deuxième économie d'Europe un brillant (même pas encore) quadra, disposé à lui insuffler une énergie nouvelle. En portant Emmanuel Macron, les Français semblent prêts à adopter un programme qui, on l'oublie trop souvent, a été préparé par eux. Contrairement aux propositions des vieux partis qui procèdent généralement d'une démarche top-down, le manifeste d'En Marche ! a été concocté par plusieurs milliers de citoyens réunis dans 3.000 ateliers. Cela devrait faciliter grandement l'adhésion aux réformes dont le pays a besoin sur le marché du travail, dans l'enseignement, dans la politique d'intégration, etc. Toutefois, les résultats de ce premier tour montrent aussi que ces changements constitueront un exercice délicat. En Marche ! ne dispose pas d'une majorité éclatante. Les scores du Front National de Marine Le Pen et de la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon rappellent que 40 % des Français sont disposés à adopter une voie politique extrême. C'est même près d'un Français sur deux si l'on comptabilise les voix recueillies par les petits candidats. Ce radicalisme a des racines. Le Front national a été porté par l'existence d'une réelle fracture territoriale, entre la France de l'intérieur qui a du mal à nouer les deux bouts et s'estime méprisée par les " élites ", et la population des grandes métropoles. La montée spectaculaire de Jean-Luc Mélenchon s'ancre, elle, auprès des nombreux électeurs de gauche qui se radicalisent, car ils ne croient plus aux bienfaits de la croissance et de l'économie de marché. Un comportement avivé par le fait que de nombreux Français n'ont pas encore recouvré le pouvoir d'achat qu'ils avaient avant la crise et cherchent des boucs émissaires à leur malheur.Fracture sociale et territoriale, chômage, stagnation du pouvoir d'achat... Le problème de la France est celui que vivent bien des pays européens. Face à ces défis, Emmanuel Macron propose de réinventer, en s'inspirant du modèle scandinave, une société économiquement plus dynamique, audacieuse, socialement plus apaisée et apte à l'intégration. Elles sont là les " nouvelles frontières " que cherche à franchir Emmanuel Macron. S'il réussit, son modèle pourrait réveiller l'Europe. Mais s'il échoue, d'infâmes démons risquent de renaître pour de bon.