"Le résultat du référendum change peu à la situation de l'économie et des banques italiennes", estimait Jeroen Dijsselbloem, le président de l'Eurogroupe, le club des ministres des Finances de la zone euro. "Les problèmes d'aujourd'hui sont les mêmes que ceux d'hier. Il est primordial de s'y attaquer."

Cette opinion est également partagée par les marchés financiers, qui ont réagi de manière plutôt tiède au résultat du référendum en Italie. Le fait que le nom de Pier Carlo Padoan circule comme principal candidat pour succéder au Premier ministre Renzi, a probablement contribué au calme. Padoan a, en tant que ministre des Finances, établi quelque crédibilité en tant que personne désireuse de s'emparer des problèmes du pays.

Petits épargnants

L'Italie fait face, depuis des années déjà, à une stagnation économique et à une dette astronomique. Le manque de croissance est en partie dû à la mauvaise situation des banques italiennes. Elles traînent 360 milliards d'euros de crédits problématiques dans leurs bilans, par lesquels elles sont virtuellement en faillite et non capables d'assumer leur rôle de financier de l'économie réelle.

Padoan réalise mieux que quiconque qu'une recapitalisation des banques italiennes est absolument nécessaire. Ce n'est que de cette manière que les banques peuvent amortir plus de pertes et libérer de l'argent pour des nouveaux crédits. L'Italie est prête à injecter de l'argent de l'Etat dans son secteur bancaire, mais l'Europe ne l'autorise pas.

Les nouvelles règles européennes exigent que, s'il y a intervention de l'aide de l'Etat pour les banques, les actionnaires et les créanciers doivent d'abord ingérer 8% des pertes. Mais puisque les banques italiennes ont, dans le passé, vendu beaucoup de titres de créance (obligations) à leurs clients, un grand nombre de familles et d'entrepreneurs risquent de devenir les victimes de cette situation.

Dans les difficultés

Huit banques italiennes sont en difficulté et ont besoin de capital frais de toute urgence. La principale est la Banca Monte dei Paschi di Siena, la troisième banque du pays. Elle doit, à la requête de la Banque Centrale Européenne (BCE), retirer 28 milliards d'euros de mauvais crédits de son bilan avant la fin de l'année. Pour couvrir les pertes sur ces transactions, l'institution a besoin de 5 milliards de capitaux frais. Cette argent doit en partie venir d'une augmentation de capital et en partie de dettes en capital.

Cette dernière opération a démarré la semaine dernière. Mais le succès était limité. Des 4,3 milliards d'euros d'obligations visés, seul 1 milliard a été converti en actions. Dans ce contexte, il apparaît que Monte dei Paschi doit lever plus de capital qu'initialement estimé. De plus en plus de doutes émergent quant à la capacité de la banque à persuader suffisamment d'investisseurs.

"Ces prochaines semaines, je prévois plutôt quelques tensions autour de Monte dei Paschi", estime Peter Vanden Houte, l'économiste en chef d'ING Belgique. "La chance est réelle que la banque obtienne plus de temps de la part de la BCE pour exécuter son plan de relance. Et si elle ne parvient pas à lever suffisamment de capital privé, la pression augmentera sur les autorités italiennes pour sauver la banque. Cela signifierait toutefois que les 2,1 milliards d'euros d'obligations subordonnées qui sont dans les mains des petits épargnants seront utilisés pour ne pas faire tomber la banque, et que des détenteurs de grands dépôts prendront probablement la tasse. Ce sujet est politiquement très sensible, car cela fait le jeu des populistes italiens.

Moyens frais

L'avenir de Monte dei Paschi donnera l'orientation pour les autres banques italiennes en difficulté comme Veneto Banca, Banca Popolare di Vicenza et Banca Carige. Ces institutions ont déjà dû être sauvées plus tôt, mais elles ont encore toujours trop peu de capital pour survivre de manière autonome. Ensemble, elle sont à la recherche d'au moins 3 milliards d'euros de moyens frais.

Il n'y a pas qu'à propos des plans de capitalisation de Monte dei Paschi que le doute prend de l'ampleur. La principale banque du pays, Unicredit, désire lever 13 milliards d'euros début de l'année prochaine. Ce timing semble maintenant aussi compromis. Unicredit est mieux capitalisé que Monte dei Paschi, mais elle fait également face à une grande quantité de mauvais crédits. La banque est proche de la vente de Pioneer, ses activités de gestion d'actifs, au groupe français Amundi pour 3 milliards d'euros. Le 13 décembre, Unicredit fera connaître ses plans.