Venue de Paris, cette chef d'entreprise travaillant dans le tourisme au Pérou devait rejoindre Bogota.

Elle avait choisi la compagnie colombienne Avianca, mais son escale à Caracas s'est brusquement prolongée quand l'entreprise a suspendu ses vols le 27 juillet, invoquant des "limitations opérationnelles et de sécurité".

En séjour forcé dans la capitale vénézuélienne, Jeanne n'a pas vraiment fait de tourisme: elle raconte être restée enfermée dans son hôtel, pendant qu'elle entendait au dehors les détonations des affrontements entre manifestants et forces de l'ordre.

Ces rassemblements exigeant le départ du président Nicolas Maduro, sur fond de naufrage économique, ont fait 125 morts depuis avril.

Pour Jeanne, le calvaire a pris fin le 1er août, quand elle a pu embarquer sur un vol d'une autre compagnie.

"Nous voulons poursuivre Air France (qui assurait le trajet Paris-Caracas, ndlr) et Avianca, qui savaient très bien ce qui allait se passer une fois que nous serions là", témoigne-t-elle à l'AFP.

En réalité, les compagnies aériennes internationales ont commencé à fuir le Venezuela dès 2014, quand les prix du pétrole -source de 96% des devises du pays- se sont mis à chuter.

Dettes

Cela a entraîné une pénurie de dollars -que le gouvernement monopolise depuis 2003, via un strict contrôle des changes- et une accumulation de dettes pour 3,8 milliards de dollars auprès des compagnies, selon l'Association internationale du transport aérien (Iata).

Dans l'impossibilité de rapatrier leurs gains au Venezuela, la majorité d'entre elles ont cessé de vendre des billets en bolivars en 2016, selon une source du secteur, ne proposant désormais qu'une offre en ligne et en dollars.

Certaines ont tout simplement choisi l'exode: entre 2014 et 2015, sont notamment parties Air Canada, Aeroméxico, Alitalia et Gol (Brésil). Depuis 2016 ont suivi les Américaines Dynamic, United et Delta, l'Allemande Lufthansa, puis Avianca.

"Elles ont décidé de le faire car la liaison n'était pas assez rentable pour justifier les risques pris", explique à l'AFP Humberto Figuera, président de l'Association des compagnies aériennes du Venezuela (Alav).

Selon une source du secteur, le départ d'Avianca pourrait être lié aux tensions entre le Venezuela et la Colombie, qui accuse M. Maduro d'instaurer une "dictature".

Résultat: Caracas est de plus en plus isolé. En 2013 on comptait 57.000 sièges disponibles, au départ et à l'arrivée. Désormais il n'y en a plus que 19.000, à des prix toujours plus élevés.

A cela s'ajoutent les ennuis techniques.

Selon une source interne, Aerolineas Argentinas a suspendu son vol du 9 août car à Caracas on manquait notamment de combustible et d'aliments pour l'équipage.

Craintes des pilotes

Humberto Figuera assure pourtant qu'aucun problème de contrôle aérien, d'état de la piste ou de fourniture de carburant n'a été signalé.

Mais il reconnaît que les coûts d'utilisation de l'aéroport et les taxes de survol sont plus élevés qu'ailleurs dans la région.

Pour Henry Harteveldt, président du cabinet Atmosphere Research Group, la situation risque d'empirer: "Aucun patron de compagnie aérienne ne mettra en danger la vie de ses collègues ni ne courra le risque que ses avions (...) restent coincés dans un pays qui peut s'effondrer".

Pour l'instant, il reste une douzaine de compagnies étrangères. Certaines ont réduit leurs fréquences, comme American Airlines ou Air France.

On y trouve aussi l'Espagnole Air Europa, dont les pilotes réclament la suspension des vols les obligeant à passer la nuit au Venezuela ou de pouvoir dans ce cas dormir dans un pays voisin, en raison de la violence à Caracas.

Les pilotes de l'Espagnole Iberia dorment déjà à Saint Domingue quand c'est nécessaire, indique M. Figuera.

Ces craintes ne sont pas exagérées: le 8 août un Vénézuélien a été abattu à un guichet de l'aéroport de Caracas. En mars 2016 un Egyptien avait été tué en résistant à un vol face au terminal, dans ce pays qui est l'un des plus dangereux au monde.

Malgré tout, Jeanne aimerait découvrir mieux le Venezuela. "Je veux revenir un jour, quand tout sera fini", dit-elle.

Venue de Paris, cette chef d'entreprise travaillant dans le tourisme au Pérou devait rejoindre Bogota.Elle avait choisi la compagnie colombienne Avianca, mais son escale à Caracas s'est brusquement prolongée quand l'entreprise a suspendu ses vols le 27 juillet, invoquant des "limitations opérationnelles et de sécurité".En séjour forcé dans la capitale vénézuélienne, Jeanne n'a pas vraiment fait de tourisme: elle raconte être restée enfermée dans son hôtel, pendant qu'elle entendait au dehors les détonations des affrontements entre manifestants et forces de l'ordre.Ces rassemblements exigeant le départ du président Nicolas Maduro, sur fond de naufrage économique, ont fait 125 morts depuis avril.Pour Jeanne, le calvaire a pris fin le 1er août, quand elle a pu embarquer sur un vol d'une autre compagnie."Nous voulons poursuivre Air France (qui assurait le trajet Paris-Caracas, ndlr) et Avianca, qui savaient très bien ce qui allait se passer une fois que nous serions là", témoigne-t-elle à l'AFP.En réalité, les compagnies aériennes internationales ont commencé à fuir le Venezuela dès 2014, quand les prix du pétrole -source de 96% des devises du pays- se sont mis à chuter.DettesCela a entraîné une pénurie de dollars -que le gouvernement monopolise depuis 2003, via un strict contrôle des changes- et une accumulation de dettes pour 3,8 milliards de dollars auprès des compagnies, selon l'Association internationale du transport aérien (Iata).Dans l'impossibilité de rapatrier leurs gains au Venezuela, la majorité d'entre elles ont cessé de vendre des billets en bolivars en 2016, selon une source du secteur, ne proposant désormais qu'une offre en ligne et en dollars.Certaines ont tout simplement choisi l'exode: entre 2014 et 2015, sont notamment parties Air Canada, Aeroméxico, Alitalia et Gol (Brésil). Depuis 2016 ont suivi les Américaines Dynamic, United et Delta, l'Allemande Lufthansa, puis Avianca."Elles ont décidé de le faire car la liaison n'était pas assez rentable pour justifier les risques pris", explique à l'AFP Humberto Figuera, président de l'Association des compagnies aériennes du Venezuela (Alav).Selon une source du secteur, le départ d'Avianca pourrait être lié aux tensions entre le Venezuela et la Colombie, qui accuse M. Maduro d'instaurer une "dictature".Résultat: Caracas est de plus en plus isolé. En 2013 on comptait 57.000 sièges disponibles, au départ et à l'arrivée. Désormais il n'y en a plus que 19.000, à des prix toujours plus élevés.A cela s'ajoutent les ennuis techniques.Selon une source interne, Aerolineas Argentinas a suspendu son vol du 9 août car à Caracas on manquait notamment de combustible et d'aliments pour l'équipage.Craintes des pilotesHumberto Figuera assure pourtant qu'aucun problème de contrôle aérien, d'état de la piste ou de fourniture de carburant n'a été signalé.Mais il reconnaît que les coûts d'utilisation de l'aéroport et les taxes de survol sont plus élevés qu'ailleurs dans la région.Pour Henry Harteveldt, président du cabinet Atmosphere Research Group, la situation risque d'empirer: "Aucun patron de compagnie aérienne ne mettra en danger la vie de ses collègues ni ne courra le risque que ses avions (...) restent coincés dans un pays qui peut s'effondrer".Pour l'instant, il reste une douzaine de compagnies étrangères. Certaines ont réduit leurs fréquences, comme American Airlines ou Air France.On y trouve aussi l'Espagnole Air Europa, dont les pilotes réclament la suspension des vols les obligeant à passer la nuit au Venezuela ou de pouvoir dans ce cas dormir dans un pays voisin, en raison de la violence à Caracas.Les pilotes de l'Espagnole Iberia dorment déjà à Saint Domingue quand c'est nécessaire, indique M. Figuera.Ces craintes ne sont pas exagérées: le 8 août un Vénézuélien a été abattu à un guichet de l'aéroport de Caracas. En mars 2016 un Egyptien avait été tué en résistant à un vol face au terminal, dans ce pays qui est l'un des plus dangereux au monde.Malgré tout, Jeanne aimerait découvrir mieux le Venezuela. "Je veux revenir un jour, quand tout sera fini", dit-elle.