Certes, les recettes fiscales ne sont - comme d'habitude, a-t-on envie d'écrire - pas à la hauteur des attentes, en particulier en matière de précompte mobilier et de TVA. Mais au final, il ne manque que 313 millions pour rester dans les clous, selon le Comité de monitoring. Ces 313 millions, c'est une paille face aux 50 milliards du budget de l'Etat et aux 80 milliards de la sécurité sociale. Le genre de somme que les ministres peuvent a priori retrouver sans devoir passer la moindre nuit blanche à Val Duchesse ou au Lambermont.
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Certes, les recettes fiscales ne sont - comme d'habitude, a-t-on envie d'écrire - pas à la hauteur des attentes, en particulier en matière de précompte mobilier et de TVA. Mais au final, il ne manque que 313 millions pour rester dans les clous, selon le Comité de monitoring. Ces 313 millions, c'est une paille face aux 50 milliards du budget de l'Etat et aux 80 milliards de la sécurité sociale. Le genre de somme que les ministres peuvent a priori retrouver sans devoir passer la moindre nuit blanche à Val Duchesse ou au Lambermont. Le gouvernement Michel aurait toutefois intérêt à regarder un peu plus loin que ces 313 millions et à se dégager une petite réserve. Et ce, pour au moins trois raisons. Tout d'abord, pour s'éviter les foudres européennes. L'exercice 2017 est crucial, après une très décevante année 2016 : le déficit nominal s'est aggravé et le déficit structurel n'a pas diminué, alors que toute la population a le sentiment (pas forcément faux, d'ailleurs) de vivre sous une permanente politique d'austérité. La Commission européenne n'a toutefois pas sanctionné cette absence de résultat car la Belgique s'est engagée à redoubler d'efforts en 2017 et à réduire d'un coup son déficit structurel de 4,5 milliards d'euros. Un petit buffer de sécurité ne serait pas du luxe pour parer à tout contretemps. Ensuite, pour préparer la réforme maintes fois annoncée de l'impôt des sociétés. Le ministre des Finances Johan Van Overtveldt l'a mise sur la table il y a un an maintenant. Il y a urgence car la tendance européenne est à la baisse (et le Brexit risque d'accentuer le trait), alors que les rares atouts de la Belgique, comme les intérêts notionnels, sont en voie de disparition. Jusqu'à présent, les quatre partis de la coalition fédérale n'ont pu trouver un accord sur cette réforme qui doit baisser le taux de l'Isoc (34%) tout en élaguant dans les nombreuses niches fiscales existantes. Au départ, cette réforme devait être budgétairement neutre mais désormais, le ministre des Finances convient qu'elle pourrait coûter de l'argent. Cela paraît logique : en cas de neutralité, il y a in fine autant d'entreprises perdantes que gagnantes dans la réforme. Une véritable réforme nécessite donc de se dégager un petit matelas, au moins pour la période de lancement, avant que les profits des entreprises ne se transforment en emplois. Le troisième motif de prudence budgétaire concerne la sécurité sociale. Par rapport aux prévisions initiales, elle accuse un recul de 426 millions d'euros, selon le Comité de monitoring (les organes de gestion de la sécu craignant que ce soit 100 millions de plus ! ). Les dépenses semblent sous contrôle ; il y a même une diminution plus forte que prévu des dépenses de chômage grâce aux créations d'emplois. Mais les recettes pâtissent des faibles rentrées du précompte mobilier et de la TVA, les deux sources du financement alternatif. Une dotation d'équilibre permet de rétablir les comptes, mais elle est désormais soumise à un contrôle gouvernemental strict. Cela fournit un levier pour exiger de nouvelles économies dans les dépenses sociales, au risque de mettre le CD&V en difficultés face à la CSC, de repartir au bras de fer avec les syndicats, (après l'apaisement de l'accord interprofessionnel) et d'enrayer l'embellie économique qui pointe le bout du nez. Cela mérite sans doute de bien veiller à conserver un petit matelas budgétaire.