Pour justifier cette réponse très guerrière, le chef de la diplomatie américaine a pris la défense de Donald Trump en précisant que ce langage guerrier était uniquement destiné à Kim Jung-Un, qui ne semble guère comprendre le langage diplomatique. Mais hélas, ce langage très viril n'a pas eu beaucoup d'impact sur le dictateur nord-coréen puisqu'il a aussitôt riposté en disant qu'il étudiait la possibilité d'une frappe nucléaire sur les Etats-Unis ! Bref, cette escalade verbale est une source de tensions, notamment pour les marchés financiers qui redécouvrent soudain que le risque géopolitique existe.
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Pour justifier cette réponse très guerrière, le chef de la diplomatie américaine a pris la défense de Donald Trump en précisant que ce langage guerrier était uniquement destiné à Kim Jung-Un, qui ne semble guère comprendre le langage diplomatique. Mais hélas, ce langage très viril n'a pas eu beaucoup d'impact sur le dictateur nord-coréen puisqu'il a aussitôt riposté en disant qu'il étudiait la possibilité d'une frappe nucléaire sur les Etats-Unis ! Bref, cette escalade verbale est une source de tensions, notamment pour les marchés financiers qui redécouvrent soudain que le risque géopolitique existe. L'agence financière Bloomberg s'est posé les bonnes questions à ce propos. Premièrement : peut-on frapper de manière chirurgicale la Corée du Nord, histoire d'éviter un bain de sang ? Non, car des missiles nucléaires sont disséminés un peu partout dans ce pays très montagneux. Et les Etats-Unis ne peuvent pas se permettre de faux pas, car Séoul, la capitale de la Corée du Sud, n'est pas loin de la frontière et abrite 10 millions de personnes. La région de Tokyo (et ses 38 millions d'habitants) est également à proximité. Deuxième question : les Etats-Unis peuvent-ils procéder en interne à un changement de régime par élimination du dictateur ? Non, car la clique de militaires qui entoure le dictateur actuel adopte exactement le même raisonnement. Faire assassiner le numéro un n'aurait aucun intérêt, car il serait immédiatement remplacé. Et la liste des dignitaires nord-coréens à assassiner serait trop longue. Sans compter que la Chine ne voudrait pas d'un tel scénario, de peur de voir arriver une vague d'immigration nord-coréenne sur son territoire. Troisième question : n'est-ce pas préférable d'envahir physiquement la Corée du Nord pour démanteler les armes nucléaires mais aussi conventionnelles ? Là encore, une opération de débarquement demanderait une logistique considérable (forcément visible) et le régime nord-coréen pourrait frapper préventivement des cibles américaines ou pro-américaines pour éviter ce scénario. N'importe quelle analyse coût-bénéfice montre que ce serait une hérésie. Ensuite, le coût économique d'une guerre avec la Corée du Nord serait énorme pour la croissance mondiale. N'oublions pas que la Corée du Sud abrite des conglomérats comme Samsung ou Hyundai, sans oublier que cela impacterait la chaîne de nombreux fournisseurs d'équipements électroniques. Bref, même si le dictateur d'en face est irrationnel, il n'y a pas d'autre choix que la discussion, estiment les spécialistes. Et dans ce sens, l'analyste américain Noah Feldman a raison de dire que la réponse machiste de Donald Trump était quelque peu ridicule. En disant qu'il riposterait lourdement, il a tenu un engagement qu'il ne pourra pas respecter. Exactement comme quand Barack Obama avait déclaré qu'il n'autoriserait pas l'emploi d'armes chimiques en Syrie. En d'autres termes, Trump a encore fait du Trump, et dans une période aussi délicate, avoir un locataire aussi novice à la Maison- Blanche fait peur. Pire encore, il a joué le jeu des Nord-Coréens. En effet, ceux-ci apprennent dès leur plus jeune âge à haïr les Etats-Unis. Dans chaque école maternelle, il y a deux classes sans élève. L'une dont les murs sont remplis de photos ou de dessins montrant des missionnaires américains brutalisant des enfants coréens ou des soldats courant avec des chiens derrière des petites filles coréennes. L'autre salle montre des armes-jouets avec lesquelles le David nord-coréen est censé se battre contre le Goliath américain. Il existe même un musée des atrocités américaines que visitent tous les élèves nord-coréens. Bref, l'anti-américanisme est ancré viscéralement au sein de la population. C'est comme cela que la Corée du Nord arrive à justifier que 20 % du maigre budget national soit consacré à l'armée. Plus que jamais, les spécialistes recommandent de revenir au langage de la diplomatie, à l'implication des " partenaires " locaux (Chine) pour éviter le pire. Sinon, il faudra se résoudre, comme le disait avec humour une éditorialiste américaine, à abandonner le régime amaigrissant qu'on se promettait de démarrer à la rentrée. A quoi bon le démarrer si la fin du monde est proche ?