Quand les politiques se lancent dans des querelles de chiffres, le débat gagne rarement en clarté. Majorité et opposition dénichent toujours l'une ou l'autre étude d'une institution ou d'une université qui viendra étayer leurs affirmations. Le bilan du gouvernement fédéral après deux années ne fait pas exception à la règle. "Les premiers résultats sont là mais nous restons sobres : nous savons qu'il nous reste des défis à relever", a déclaré le Premier ministre à l'issue d'un conseil des ministres extraordinaire le week-end dernier. Une sobriété toute relative car l'équipe de Charles Michel a tout de même eu besoin d'un Powerpoint de 151 pages pour recenser les bienfaits de son action et esquisser les contours de la seconde partie de la législature.
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Quand les politiques se lancent dans des querelles de chiffres, le débat gagne rarement en clarté. Majorité et opposition dénichent toujours l'une ou l'autre étude d'une institution ou d'une université qui viendra étayer leurs affirmations. Le bilan du gouvernement fédéral après deux années ne fait pas exception à la règle. "Les premiers résultats sont là mais nous restons sobres : nous savons qu'il nous reste des défis à relever", a déclaré le Premier ministre à l'issue d'un conseil des ministres extraordinaire le week-end dernier. Une sobriété toute relative car l'équipe de Charles Michel a tout de même eu besoin d'un Powerpoint de 151 pages pour recenser les bienfaits de son action et esquisser les contours de la seconde partie de la législature. Avec le saut d'index, la baisse des cotisations sociales de 33 à 25 % et le zéro-cotisation sur le premier emploi créé par une PME (839 embauches en 2016), le gouvernement fédéral avait choisi l'offensive en faveur des entreprises et de l'emploi. Cette option s'est traduite par la création de 90.000 entreprises en 2015 et de 64.700 emplois depuis octobre 2014. Et cela devrait se poursuivre puisque le Bureau du Plan table sur 74.000 emplois supplémentaires en 2016 et 2017. Le Premier ministre peut ainsi décliner son refrain préféré, le fameux "jobs, jobs, jobs". " N'oublions pas que la politique des régions a aussi une grande influence sur la création d'emplois, nuance cependant le président du PS, Elio Di Rupo. On ne peut en aucun cas attribuer tous ces emplois à la politique du gouvernement fédéral." Charles Michel devrait donc au moins partager les lauriers avec les ministres-présidents Geert Bourgeois, Paul Magnette et Rudi Vervoort. Mais, peut-être n'y a-t-il pas de laurier à partager. C'est la thèse d'Eurostat, l'organisme statistique de l'Union européenne, qui voit une perte de 10.000 emplois entre le troisième trimestre 2014 et le premier trimestre 2016. Mais, admettons-le, on ne comprend pas trop comment les chiffres d'Eurostat peuvent varier à ce point de ceux des instances nationales. Admettons donc l'embellie sur le front de l'emploi. Elle semble toutefois insuffisante pour redresser des taux d'emploi et d'activité, en léger recul depuis l'installation du gouvernement, d'après les statistiques du SPF Economie. "On s'éloigne de l'objectif d'amener le taux d'emploi à 73,2 % en 2020, c'est cela le vrai bilan du gouvernement Michel", assènent Jean-Marc Nollet et Kristof Calvo, chefs du groupe Ecolo-Groen à la Chambre. Comment expliquer un résultat aussi médiocre alors que les entreprises créent de l'emploi et que le chômage diminue (il s'établit désormais à 547.000 unités, le niveau le plus bas depuis 24 ans) ? Une série de dispositions, pas toutes fédérales, contribuent à sortir des dizaines de milliers de personnes des statistiques du chômage : allongement des études supérieures, limitation dans le temps des allocations d'insertion (29.500 jeunes en fin de droit en 2015) et exclusions du chômage. Mais, évidemment, ces personnes demeurent dans les statistiques de population. D'où les évolutions contrastées. L'autre écueil rencontré par le gouvernement concerne les paramètres macroéconomiques. La croissance de l'économie belge est désormais plus faible que celle de la zone euro. Pour dynamiser l'économie, le gouvernement fédéral a placé la réforme de l'impôt des sociétés dans le trio de tête des 25 chantiers d'envergure pour 2017. Si la croissance est faible, l'inflation est, elle, plus forte d'environ un point que chez nos voisins. En soi, ce n'est pas un drame. Mais combiné avec l'indexation automatique des salaires, cela devient vite problématique. Le gain de compétitivité constaté depuis la prise de fonction du gouvernement Michel pourrait s'évaporer rapidement. Tiens, la première des 25 mesures phares annoncées concerne justement la réforme de la loi de 1996 sur la compétitivité...