Un tel éparpillement atteste d'une opinion publique déboussolée et, surtout, sans enthousiasme. En mai dernier, chacun revendiquait le titre de " Macron belge " mais aucune personnalité ne semble aujourd'hui en mesure de générer un effet d'entraînement à la mesure du président français (effet d'entraînement passablement écorné après à peine quelques semaines de pouvoir, soit dit en passant).
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Un tel éparpillement atteste d'une opinion publique déboussolée et, surtout, sans enthousiasme. En mai dernier, chacun revendiquait le titre de " Macron belge " mais aucune personnalité ne semble aujourd'hui en mesure de générer un effet d'entraînement à la mesure du président français (effet d'entraînement passablement écorné après à peine quelques semaines de pouvoir, soit dit en passant). Deux lames de fond, parfois contradictoires, traversent l'opinion publique du sud du pays : le rejet du PS et la peur de la N-VA. Elles expliquent la montée des uns, l'écroulement des autres et, sans doute, le plafonnement de tous. Le MR pourrait par exemple décoller grâce à l'embellie économique générale, à son retour au pouvoir en Wallonie et à la déglingue de son grand rival socialiste. Mais il est rattrapé par son alliance avec la N-VA qui, à tort ou à raison, continue de faire peur à une bonne part de l'opinion francophone et l'empêche dès lors de bondir au-delà des 20 %. Et nous voyons déjà le même épouvantail s'afficher devant les yeux du cdH... A l'inverse, DéFI connaît une belle progression (avec lui, tout accord avec la N-VA semble exclu), mais sa récente proximité avec le PS agit aussi comme un repoussoir pour d'autres électeurs. Résultat : nous avons une addition de petits partis, ce qui ne facilitera pas la formation des futures coalitions. D'autant plus que la campagne électorale risque de se focaliser sur les deux lames de fond évoquées, comme si nous étions dans un scrutin de type majoritaire. La droite tentera de convaincre l'électeur de renvoyer le PS dans l'opposition à tous les étages, ajoutant au passage de nouveaux couplets sur le spectre communiste. La gauche répliquera avec les dangers de la reconduction d'un gouvernement fédéral dominé par les indépendantistes flamands. Une domination plus forte que jamais car, pour contourner mathématiquement la N-VA, il faudrait - selon les sondages actuels - réunir au moins quatre partis flamands. C'est dire le rôle de pivot qu'auront les nationalistes, ce qui ne manquera pas d'effrayer l'électorat francophone. Une fois n'est pas coutume, Bart De Wever tente d'aider ses partenaires francophones. Il a affirmé dans une interview au Laastste Nieuws qu'il mettrait entre parenthèses ses aspirations confédérales durant la campagne de 2019. Il miserait plutôt sur l'économie, la sécurité et l'identité. Des thèmes porteurs, à en voir la popularité, y compris au sud du pays, du secrétaire d'Etat à l'Asile, Théo Francken. L'objectif est la prolongation du gouvernement Michel, avec l'appoint devenu indispensable du cdH. Crédible ? On se permettra d'en douter. Bart De Wever a à peu près autant de chances de convaincre l'opinion de sa récente conversion à la maison Belgique qu'Elio Di Rupo (ou son successeur...) en aura de convaincre la même opinion que tous les parvenus ont effectivement été chassés des rangs socialistes. Cette ligne de départ de la prochaine campagne apparaît bien triste : la volonté de barrer la route à untel ou unetelle l'emporte sur l'ambition de susciter un élan d'espoir dans la population. Pas de quoi réenchanter la politique et combattre la tendance au " Plus rien à foutre ", décrite par le politique français Brice Teinturier et que Trends-Tendances a largement répercuté. A moins que les éclaircies ne viennent des (encore) plus petits partis.