Le slogan " jobs, jobs, jobs ", tout le monde l'a retenu. Et c'est donc avant tout à partir de cela qu'il convient d'évaluer la politique du gouvernement fédéral. Une bonne chose pour Charles Michel, car en dépit des drames sociaux chez Caterpillar, Axa, ING et consorts récemment, l'emploi a progressé de 74.000 unités entre octobre 2014 et juin 2016, selon les statistiques de la Banque nationale. Et cela devrait se poursuivre avec la création de 118.000 emplois supplémentaires d'ici la fin 2018, apprend-on dans les perspectives du Bureau du Plan.
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Le slogan " jobs, jobs, jobs ", tout le monde l'a retenu. Et c'est donc avant tout à partir de cela qu'il convient d'évaluer la politique du gouvernement fédéral. Une bonne chose pour Charles Michel, car en dépit des drames sociaux chez Caterpillar, Axa, ING et consorts récemment, l'emploi a progressé de 74.000 unités entre octobre 2014 et juin 2016, selon les statistiques de la Banque nationale. Et cela devrait se poursuivre avec la création de 118.000 emplois supplémentaires d'ici la fin 2018, apprend-on dans les perspectives du Bureau du Plan. Bien entendu, le pétrole bas et l'euro faible ont joué dans ce contexte. Mais la diminution du coût du travail via le saut d'index et la baisse des cotisations patronales de 33 à 25 % aussi. Grâce à cela, le handicap salarial creusé avec les pays voisins depuis 1996 devrait être résorbé sous cette législature. Le gouvernement Michel peut donc légitimement s'approprier une partie des lauriers. Mais sans excès. D'une part, la progression de l'emploi provient notamment de statuts précaires et, d'autre part, elle reste plus faible que la croissance démographique. Conséquence : le taux d'emploi, c'est-à-dire la proportion de travailleurs parmi les 15-64 ans, est en léger recul (61,6 contre 61,9%) entre le deuxième trimestre 2014 et le premier trimestre 2016, nous apprennent les données les plus récentes du SPF Economie. La montée en puissance de la réduction des cotisations patronales les deux prochaines années inverseront peut-être la tendance. A moins que l'inflation continue à se montrer plus vive en Belgique que dans la plupart des pays européens, ce qui se répercutera dans les salaires via l'indexation. Paradoxe : cette inflation s'explique essentiellement par des hausses de TVA et d'accises, décidées par le gouvernement Michel et qui, en plus, ne génèrent pas les rendements escomptés. Autre source d'inquiétude, la croissance de l'économie belge ne semble plus pouvoir tenir le rythme, pourtant pas bien élevé, de la croissance de la zone euro. Jusqu'il y a peu, c'était l'inverse, l'économie belge était un peu plus dynamique que la moyenne. Faut-il en déduire que Charles Michel a tout faux ? Pas trop vite. Si la Belgique a mieux traversé la crise que d'autres, c'est en partie grâce aux dépenses publiques et à des salaires élevés qui ont soutenu la demande. Mais, ces éléments ont aussi fragilisé la situation budgétaire et nui à la compétitivité. Aujourd'hui que la machine repart (timidement), la Belgique se fait dribbler par des pays comme l'Espagne ou les Pays-Bas qui ont réformé pendant la crise et en récoltent aujourd'hui les fruits. " N'oublions pas que la Belgique a été soumise à des chocs peu maîtrisables, rappelle Bernard Jurion, professeur d'économie à l'ULg. Je suis convaincu que nous sous-estimons l'impact des attentats terroristes sur notre économie. " Cela pèse sur les marges budgétaires disponibles (les budgets de la sécurité ont été augmentés), ainsi que sur la confiance des consommateurs et des entrepreneurs. Une série de nouveaux leviers ont été placés dans les mains des acteurs économiques, de la baisse du travail au soutien fiscal à l'investissement dans les start-up en passant par l'amélioration du statut des indépendants et le " zéro cotisation " sur les premiers emplois créés par une PME. Le contexte général n'incite toutefois pas suffisamment à l'optimisme pour que ces leviers soient utilisés à plein. Nous ne saurons donc jamais ce qu'aurait donné cet arsenal sans les attentats, comme nous ne saurons jamais ce qu'aurait généré le Plan Marshall sans l'éclatement de la crise de 2007-2008, juste au moment où il prenait bien ses marques. On ajoutera que le positionnement frontal et conflictuel avec les syndicats ne contribue pas non plus à l'émergence du climat serein dont a besoin l'économie. Malgré tout cela, la mesure " Zéro cotisation " du ministre des Classes moyennes Willy Borsus a reçu un accueil très positif avec une augmentation de 24 % du nombre de primo-employeurs sur le premier semestre 2016 par rapport à 2015 et de 38 % du nombre d'entreprises d'au moins 10 travailleurs. Nous verrons dans quelques mois, quand les statistiques seront disponibles, si un nombre significatif de Belges a choisi de profiter du tax shelter pour investir dans des jeunes entreprises plutôt que de ronchonner sur le rendement quasi nul des livrets d'épargne. Ce sera un bel indice de la confiance, ou pas, en l'avenir de notre économie. Parmi les éléments qui plombent cette confiance, il faut évidemment mentionner cette incapacité à sortir de l'ornière budgétaire. En dépit des coupes dans les dépenses sociales et la fonction publique, le déficit stagne toujours juste en-dessous des 3 % du PIB. Le retour à l'équilibre (qui avait discrètement été reporté de 2016 à 2018 lors de la formation du gouvernement) pourrait à nouveau être reporté d'un an ou deux. En soi, ce n'est pas un problème, surtout si la marge ainsi créée permet d'amorcer le financement du Pacte national d'investissements suggéré par le Premier ministre. Mais ça le devient, quand on sait que le tax shift n'est pas intégralement financé et qu'une réforme de l'impôt des sociétés pourrait alourdir l'ardoise. La crainte de nouveaux tours de vis budgétaires ne facilite certainement pas le retour de la confiance. Cela étant, l'objectif budgétaire est peut-être devenu un peu moins prégnant grâce à la réforme des pensions et des prépensions. Celle-ci réduit les charges liées au vieillissement de 2,1 points à l'horizon 2030. Grâce à cela, l'Europe ne demande plus à la Belgique de dégager des surplus budgétaires les prochaines années mais " simplement " de revenir à l'équilibre, réduisant ainsi de facto les efforts budgétaires. Cette réforme, qui durcit les mesures du gouvernement Di Rupo, semble déjà avoir un impact sur l'emploi. Alors que, on l'a vu, le taux d'emploi stagne en général, il s'améliore légèrement depuis 2014 pour les plus de 50 ans, en passant de 55,2 à 55,9 %. Le gouvernement Michel est aussi celui qui a fait entrer la N-VA de Bart De Wever dans les plus hautes sphères de l'Etat fédéral. A-t-il fait entrer le loup dans la bergerie ? " L'alternance politique est a priori une bonne chose, répond Etienne de Callataÿ (Orcadia). Ces deux années montrent que les problèmes économiques de notre pays sont complexes et qu'il était vain de chercher l'explication facile du bouc émissaire. Ce gouvernement sans le PS ne mène pas une politique radicalement différente de celle de ses prédécesseurs. " Les ministres nationalistes ont certes suscité la polémique par certains propos très limites sur l'accueil des étrangers ou sur la collaboration mais cela n'empêche pas Jan Jambon et Théo Francken d'afficher des cotes de popularité en Wallonie à faire pâlir plus d'un président de parti francophone. " Une partie du succès de la N-VA en 2014 repose sur cette idée, aujourd'hui très porteuse, d'un parti anti-establishment, analyse le politologue Pascal Delwit (ULB). Or, la N-VA fait aujourd'hui clairement partie de cet establishment, par ailleurs désormais localisé plus à Anvers, chez Bart De Wever, qu'à Bruxelles. Elle pourra difficilement jouer sur le même registre aux prochaines élections. " Conséquence : plus les échéances approcheront, plus le parti nationaliste devrait être tenté de revenir à son traditionnel fonds de commerce. " Ce n'est pas un hasard si le premier parti a souhaité exercer les portefeuilles de l'Intérieur, de la Défense et de l'Asile, poursuit Pascal Delwit. Il apporte une dimension sécuritaire et ethno-centriste que nous avions rarement vue. Ses partenaires doivent assumer une approche qui se situe parfois aux frontières de l'acceptable pour un parti démocratique. " Le politologue note aussi une inflexion de la politique européenne de la Belgique. " Nous avions coutume de camper sur des positions centristes de recherche du consensus, dit-il. Dans une série de dossiers, la Belgique a adopté des positions très affirmées dans un sens conservateur. Nous avons perdu, je le crains, une partie de notre crédibilité dans ce rôle de go-between qui a souvent été le nôtre au sein de l'Union européenne. "