Mais l'amélioration économique actuelle fait un peu vite oublier qu'il y a à peine cinq ans, le risque de désintégration de la zone euro, non pas pour un motif politique, mais pour un motif économique, était bel et bien présent. Alors au-delà des risques politiques toujours présents, qu'en est-il du volet économique : la zone euro a-t-elle gagné en viabilité ?

Parmi les critères que l'on peut utiliser pour mesurer la viabilité d'une zone partageant la même monnaie, la dynamique économique joue un rôle important : on sait en effet que compte tenu de sa configuration et en particulier en raison de l'absence de transferts fiscaux entre les Etats membres de la zone euro, celle-ci craque de toutes parts lorsque les dynamiques de croissance sont très différentes. Dans ce domaine, les chiffres des dernières années sont plutôt rassurants : tous les pays de la zone euro ont connu une progression de l'activité économique. Certes, les taux de croissance sont parfois très différents, mais ils sont tous positifs. Pour l'ensemble de la zone euro, la progression atteint un peu plus de 7 % sur les trois dernières années. On soulignera la performance de l'Espagne, dont l'activité économique a même progressé de plus de 10 % sur la même période. Sans surprise, la Grèce ferme le classement, ayant enregistré une très modeste croissance de 1,6 % sur cette période. Mais au moins le pays avance dans la même direction que ses " partenaires ". Et la Belgique dans tout cela, me direz-vous ? Avec une progression de l'activité économique de 4,7 % au cours des trois dernières années, notre pays est loin derrière la moyenne de la zone euro. Néanmoins, dans la mesure où l'activité s'est moins contractée durant les " mauvaises " années (2008-2009 et 2012-2013), il est assez logique qu'elle progresse un peu moins vite lorsque cela va mieux.

Le retournement du cycle économique, que l'on espère le plus lointain possible, sera LE véritable test de viabilité de la zone euro.

D'ailleurs, si l'on prend un peu plus de recul et que l'on examine l'évolution de l'activité économique au cours des 10 dernières années (ce qui nous ramène en 2008, juste avant la crise), la Belgique monte en tête de peloton, avec une croissance accumulée de 9,5 %. Seuls le Luxembourg, l'Allemagne et l'Autriche performent mieux. Dans le cas de l'ensemble de la zone euro, la progression est de 8 %. Mais ce même regard sur les 10 dernières années montre l'écart important qui demeure entre les pays de la zone euro, malgré la progression commune des dernières années. Ainsi, des pays comme le Portugal, la Finlande, l'Italie ou la Grèce n'ont pas encore, à ce jour, retrouvé le niveau d'activité qui prévalait avant la crise ! Dans le cas de la Grèce, le niveau actuel est toujours 25 % inférieur à celui-ci.

Au-delà de la dynamique économique, on peut certainement affirmer que d'importants efforts ont été entrepris pour assainir les finances publiques des pays de la zone euro. De même, les écarts de compétitivité entre les Etats membres se sont réduits, même s'ils sont loin d'avoir disparu. Or, ces éléments ont été à l'origine des menaces d'implosion de la zone euro à partir de 2010. Leur amélioration actuelle agit donc comme un ciment sur la zone euro. Cependant, pour poursuivre la métaphore, le ciment n'est pas encore sec, et donc friable. Même s'ils se sont réduits, les déséquilibres structurels entre les Etats membres sont toujours présents, et les mécanismes de solidarité entre les pays sont insuffisants pour les compenser.

Dès lors, il faut vraiment espérer que la période de bonne croissance économique dans la zone euro se poursuive le plus longtemps possible, car en renforçant les fondamentaux économiques, la croissance économique permet de limiter davantage les déficits publics et rend les mesures améliorant la compétitivité plus acceptables. Car ensuite, le retournement du cycle économique, que l'on espère le plus lointain possible, sera LE véritable test de viabilité de la zone euro. Rien n'est encore acquis !